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Forces armées nationales du Burkina: combattre les injustices et les frustrations

Jusqu’à la chute de Blaise Compaoré, des mouvements d’humeur répétitifs ont été enregistrés au sein des Forces de défense et de sécurité du Burkina Faso. Le pic a été atteint au premier semestre de l’année 2011 avec les mutineries des soldats et des policiers et pour lesquelles près de 700 d’entre eux ont été radiés définitivement des effectifs. Les revendications étaient fondamentalement corporatistes. Il s’agit principalement des injustices. Avec le recul, les raisons suffisantes des mutineries ne font que se renforcer, malgré les dérives constatées.

Des soldats burkinabè de retour d'une mission onusienne
Des soldats burkinabè de retour d’une mission onusienne

A la suite des mutineries de 2011, les Forces de défense et de sécurité ont vu certaines de leurs doléances résolues. De la satisfaction des revendications à la réforme des Forces armées nationales en passant par la radiation de plus 700 militaires et policiers, les pouvoirs publics ont cru mettre fin à des facteurs d’instabilité. Pour autant, et à l’heure actuelle, peut-on dire qu’il règne plus de justice et d’équité au sein de nos forces armées? Le principe de la «grande muette» ne permet pas de répondre objectivement à cette interrogation mais, des témoignages qui ressortent, il est clair que nos forces armées ont encore beaucoup de chemin à parcourir pour aboutir à une situation plus juste et équitable en leur sein.
Dans la situation actuelle, le mécontentement s’enregistre au sein des subalternes. Dans les débats de réforme des forces armées, les troupes qui sont sur les terrains de combats, disons les soldats, n’ont pas leur mot à dire. Or, ils sont les mieux placés, plus que des officiers supérieurs «embourgeoisés» en tout cas, pour exprimer les difficultés rencontrées dans leurs missions de tous les jours. Il urge donc de prendre en compte l’avis de toutes les composantes des Forces armées nationales aux fins d’aboutir à des réformes plus élaborées et utiles.
A cela, il faut ajouter la nécessité de dénouer le nœud cornélien des missions à l’étranger en établissant des critères objectifs dans les choix des hommes.
En effet, les missions, surtout internationales, constituent une rente financière pour les soldats et c’est pour cette raison d’ailleurs qu’elles sont ardemment désirées. Selon certains témoignages, des deals subsistent dans le choix des hommes. En règle générale, ceux qui ont des «bras longs» bénéficieraient toujours des privilèges pour aller dans les missions, notamment onusiennes. Mais une chose est d’y aller et une autre est d’en revenir sur pieds et non les pieds devant, comme on le constate ces derniers temps sur le théâtre des opérations au Mali.
L’autre problème collé à cette question est le paiement des frais de mission. A plusieurs reprises, des soldats rentrés de mission ont exigé les sommes qui leur sont dues, dénonçant au passage des systèmes de gestion opaque et une ponction faite sur leurs dus. Au profit de qui? On ne saurait y répondre.
Dans tous cas, peut-on croire, comme on le dit, qu’un pourcentage des frais de mission des soldats est prélevé pour satisfaire à d’autres objectifs? Doit-on croire aussi que le soldat qui n’est pas disposé à reverser une partie de sa rente à un supérieur n’a aucune chance d’aller à une mission?
L’un dans l’autre, les Forces armées nationales, dans la dynamique du changement impulsé à tous les niveaux, doivent combattre les injustices et les autres facteurs de frustrations en leur sein. Quand un soldat, un gendarme ou un policier vous dit que dès qu’il aura «mieux» ailleurs il démissionnera, c’est un mauvais indice pour la construction d’une armée professionnelle et républicaine. Certes, on dit souvent que l’armée est à l’image de la société. Mais la «spécificité» reconnue à l’armée ne lui permet pas tous les errements de la société.
Wendpuiré Balboné

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