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Absence de motivation dans la Fonction publique: l’injustice y est pour beaucoup

Affairisme, absentéisme et manque de ponctualité sont, entre autres, des vices reprochés à nombre d’agents de la Fonction publique burkinabè. A l’instar des autres systèmes animés par des êtres humains, la Fonction publique a ses travers à cause de l’existence en son sein d’agents indélicats qui cherchent toujours à exploiter ses failles pour récolter là où ils n’ont pas semé.

L'immeuble de la Modernisation, siège du ministère de la Fonction publique
L’immeuble de la Modernisation, siège du ministère de la Fonction publique

Ce n’est pas pour autant qu’il faut jeter l’eau sale de ce système sans prendre le soin d’en extraire le bébé qu’elle contient, à savoir des employés qui le servent avec dévouement, honnêteté et loyauté. Ces derniers, et bien d’autres parmi ses brebis galeuses qui ternissent déjà son image, ont pour la plupart intégré la Fonction publique avec enthousiasme, heureux de servir une administration publique incarnant l’intérêt national. Ce sont souvent les conditions dans lesquelles ils sont amenés à évoluer qui finissent par émousser la motivation de ces travailleurs qui, bien qu’étant en quête de moyens pour subvenir à leurs besoins, étaient pourtant mus par la volonté de rendre service, d’acquérir une certaine autonomie financière tout en restant probes et intègres.
Sans vouloir nier, ni justifier, ni même excuser le fait que des agents publics soient malintentionnés en intégrant la Fonction publique ou succombent à la tentation du gain facile par la suite, il faut juste reconnaître que certaines pratiques officielles ou officieuses mais surtout dénoncées sans être jamais combattues réellement par les autorités publiques sont largement responsables de la persistance des maux qui gangrènent l’administration publique. Le cas d’injustice le plus connu qui peut démotiver bien des agents publics et les pousser à adopter des comportements répréhensibles pour rechercher le manque à gagner ailleurs est l’octroi d’un fonds commun, d’un statut particulier impactant la rémunération, et d’autres avantages aux agents de certains ministères et pas à ceux d’autres ministères.
Les travailleurs des ministères en charge des Finances, de la Sécurité et des Mines, pour ne mentionner que ces trois exemples, sont ainsi au vu et au su de tous des agents privilégiés au regard du traitement de faveur dont ils bénéficient. Cette faveur n’est pas seulement visible sur leurs rémunérations, elle est également perceptible à travers leurs cadres de travail et les moyens mis à leur disposition pour faire leur travail. Absolument rien à cirer avec les locaux vétustes, exigus, mal entretenus et mal équipés dans lesquels travaillent des agents d’autres ministères. Il ne faut donc pas être surpris de constater que ces derniers, salariés du même employeur que les privilégiés, ne travaillent pas avec le même engouement et le même entrain que ceux qui ont des raisons, pour ne pas dire des obligations, voire des intérêts à être à la fois assidus, ponctuels et productifs pour ne pas se voir mutés dans un autre ministère où ils n’auront même pas un dixième des avantages dont ils se délectent.
Et cette injustice est d’autant plus insupportable quand elle est vécue à l’intérieur du même ministère, comme c’est le cas aux Finances, ou au sein d’une même direction comme c’est le cas à l’Agence générale de recrutement de l’Etat, où certains agents semblent dotés du don d’ubiquité. Si vous consultez effectivement les notes de service établissant la liste des acteurs participant à l’organisation des concours dont la gestion financière est assurée par l’OCECOS, dont les taux de prise en charge sont nettement plus élevés que ceux des autres concours, vous verrez des agents, surtout les responsables, dont le nom figurent sur presque toutes les notes de services. Quand on sait que le paiement se fait par note de service, l’on devine le pactole que ces derniers, qui ne font réellement pas le travail sur le terrain comme le suggère la présence multiple de leur nom sur les listes, empochent par session. Alors que les autres agents qui ont chacun leur nom sur une seule liste et qui font donc réellement le travail se contentent d’un seul paiement, les privilégiés qui font juste la ronde par délégation en voitures de service, sont payés autant de fois qu’il y a de concours organisés. Il serait peut-être intéressant que l’Autorité supérieure de contrôle d’Etat et de lute contre la corruption y fasse un tour pour vérifier l’orthodoxie, la légalité ou la bonne gouvernance d’une telle pratique.
JPS

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