Accueil » Société » 146 terroristes neutralisés à Kain: le MBDHP dénonce des exécutions sommaires de 60 personnes

146 terroristes neutralisés à Kain: le MBDHP dénonce des exécutions sommaires de 60 personnes

Le Mouvement burkinabè des droits de l’Homme et des peuples (MBDHP) a suite à plusieurs interpellations, mené une mission d’établissements des faits sur les circonstances de la « neutralisation » des 146 terroristes à Kain. Du rapport de cette mission, il ressort que soixante victimes dans les localités de Kain, Sounam, Tiabéwal, Guingui, Daybara et Somme sur les 146 tués ont été sommairement exécutés. Dace à cette situation, le MBDHP a au cours d’une conférence de presse, condamné cette  pratique qui ouvre selon lui, la voie à toutes les dérives possibles.

le présidium lors du point de presse

« Nous tirons la sonnette d’alarme et condamnons la pratique des exécutions sommaires et extrajudiciaires », a déclaré le président du MBDHP, Cryzogone Zougmoré.

En effet dans un communiqué, l’état-major général des armées informait l’opinion publique qu’une attaque terroriste produite à Kain dans la nuit du 3 au 4 février 2019 faisait quatorze victimes civiles au sein de la population. En riposte, précisait le communiqué, les Forces de défense et de sécurité ont engagé des opérations de ratissage dans les départements de Kain, de Banh et de Bomboro, opérations qui ont conduit à la « neutralisation » de cent quarante-six terroristes et de légers blessés du côté des FDS. Cette annonce avait suscité des réactions d’approbation ainsi que des interrogations au sein de l’opinion sur les circonstances et les modalités de l’opération. Au regard de cette situation, le MBDHP à la demande des parents des personnes « neutralisées » a décidé de mener une mission d’établissement des faits dans plusieurs localités des départements concernés. « Nos militants et les parents des victimes ont mis la pression sur nous pour que nous diligentions une enquête. Ils nous ont dit : si vous ne publiez pas un communiqué, ils reviendront nous éliminer tous », a relevé Cryzogone Zougmoré.

le président du MBDHP, Cryzogone Zougmoré

Cette mission s’est donc déroulée durant tout le mois de février et la première semaine du mois de mars 2019. « 65 entretiens ont été réalisés avec des victimes, parents de victimes et témoins des évènements», a confié M.Zougmoré

Selon les témoignages recueillis, renseigne le président du MBDHP, les 60 victimes recensées dans les localités de Kain, Sounam, Tiabéwal, Guingui, Daybara et Somme sur les 146 terroristes tués ont été sommairement exécutées. La preuve, avance-il, selon des témoins rencontrés, des hommes armés en tenues militaires burkinabè et décrits par ces témoins comme étant des militaires ont encerclé des zones d’habitations, arrêtés des personnes qu’ils ont par la suite exécutés froidement. « Nombre de ces victimes ont été exécutées pendant qu’ils dormaient. On les a fait sortir, sans même demandé leur identité et on les a mitraillés. Il y en a à qui on a demandé des pièces d’identité avant de les liquider », a-t-il déploré précisant que les enquêtes réalisées à Kain-Ouro ont montré que huit femmes et un adolescent de 17 ans faisaient partis des 60 personnes « neutralisés ».

En plus de cela, pour Cryzogone Zougmoré une autre preuve vient confirmer le MBDHP que ces exécutions étaient sommaires et extra judiciaires. « Nous sommes allés voir les champs de combat et nous avons vu des douilles de balles, près de 200 que nous avons pu ramasser avec une aisance extraordinaire à proximité immédiate des concessions des victimes qui ont été neutralisées ».

une vue douille de  munitions

Toute chose qui n’est pas acceptable pour les défenseurs des droits de l’homme. « Lorsque vous soupçonnez quelqu’un à l’heure actuelle d’être terroriste ou complice de terroriste, la meilleure des attitudes à avoir c’est de l’exécuter ou bien vous le cuisinez pour élargir le champ des investigations et avoir la chance d’avoir le maximum d’informations sur les réseaux terroristes ? », s’est interrogé Cryzogone Zougmoré. Pour lui,  personne ne peut prouver que ces 60 personnes étaient des terroristes ou des complices. « C’est quand même curieux. Des terroristes qui se regroupent, qui dorment tranquillement chez eux, on vient on les prend, on les bousille. Ce n’est pas possible. Vous exécutez des sources d’information sans même être surs que ce sont des terroristes ou des complices », s’est-il indigné avant de poursuivre : « Nous avons une prison de haute sécurité à Loumbila. S’il n’y a pas suffisamment de places, dressez des tentes, vous les maintenez la bà pour les interroger, même si cela va durer des années ».

Concernant la suite à tenir, le président du MBDHP a été clair : « Nous allons transmettre ces douilles à qui de droit pour une expertise balistique pour qu’il nous dise quelles sont les forces qui sont habilitées à utiliser les munitions ayant crachées ces douilles. Nous ne disons pas que c’est l’armée. Nous disons que ce sont des éléments de force de défense et de sécurité », a-t-il conclu. Aussi, il a informé que les familles de ces personnes neutralisées ont aussi fait appel un avocat en la personne de Maitre Farama Ambroise.

Madina Belemviré

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *