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«Nous on s’en fout d’où ça vient» ne reflète pas l’idée que le peuple se fait de l’Assemblée nationale et de son président!

L’Assemblée nationale se situe au cœur de notre démocratie. Y être en tant que député est très symbolique. Il ne s’agit plus de l’élu d’un cadre géographique restreint, la circonscription, mais le député de la nation. Il agi et parle au nom de l’intérêt général. Surtout après l’incendie (vindicte populaire) de l’Assemblée nationale en 2014 pour fustiger et condamner le comportement égoïste et immoral de certains députés qui se croyaient tout permis, nos élus à l’hémicycle (7ème législature) devraient de plus en plus travailler à rétablir la perception parfois altérée et lointaine qu’ont les Burkinabè de la représentation nationale. Cela suppose des comportements exemplaires, la décence langagière. «Nous on s’en fout d’où ça vient» de Salifou Diallo en réponse à la polémique sur les Tablettes Huawei réceptionnées par son institution, exprime une certaine suffisance du président de l’Assemblée nationale et l’agacement des députés face à ce cadeau empoisonné.

Salifou Diallo, président par interim du MPP
Salifou Diallo, président de l’Assemblée nationale. Agacé par l’affaire des tablette a lâché: « nous en ‘en fout d’où ça vient »…

Des personnalités de la trempe du président Diallo ne doivent pas tomber aussi bas, quelle que soit la gêne, l’embarras et le malaise qui les animent. Se foutre de quelque chose, c’est ne pas y accorder de l’importance. Dans ce sens, nos représentants nationaux peuvent-ils ne pas se soucier de la provenance de ce qu’ils reçoivent comme don? Bien sûr qu’ils doivent se poser mille et une questions avant d’accepter n’importe quel cadeau. Ils devaient donc être reconnaissants envers le peuple qui a attiré leur attention sur ce cadeau qui peut remettre en cause leur intégrité.

Si les émoluments des députés peuvent leur permettre de s’acheter des tablettes, ce qui prouve qu’ils ne peuvent pas se laisser corrompre par de si petites choses sans valeur, pourquoi les avoir accepté puis les rendre sous pression au gouvernement? De plus, nos élus qui ont entre autres le rôle de contrôler l’action du gouvernement peuvent-ils recevoir des cadeaux du même gouvernement et rester impartiaux?

Tout compte fait, la réaction spontanée des citoyens burkinabè face à ce don de tablettes rappelle une vérité crue qu’on a tendance à oublier: les locataires d’institutions, les responsables de la chose publique et les tenants du pouvoir en place sont scrutés et suivis dans leurs faits et gestes. L’esprit insurrectionnel est en hibernation. Il n’est pas mort. Attention, même à votre langage. Il ne s’agit plus du peuple de «Yélkayé» du temps de Blaise Compaoré, mais bien de celui de «rien ne sera plus comme avant».

L’autre leçon de cette affaire des tablettes est que le président de l’Assemblée à, par sa réaction épidermique, montrer son faible pour les contradictions le concernant. Oui, Salifou n’aime pas la critique fondée. Même politiquement expérimenté, il n’a pas mesuré à sa juste valeur l’acte qu’il a posé en recevant officiellement les 130 tablettes. Il n’a pas apprécié la juste critique du peuple. Il en veut au peuple «minoritaire» de vouloir lui donner des leçons sur la gestion de son institution. Pour ce faire, il n’a pas su faire honneur à l’idée que les Burkinabè se font du député et du président de l’Assemblée: une personne qui sait se mettre toujours au dessus de la mêlée, par son comportement, ses actes et ses paroles.

A sa place j’aurais présenté mes excuses au peuple pour écarts de langage. Mais un Salifou Diallo trop sûr de lui-même osera-t-il un jour reconnaître ses torts devant le peuple? Pas si sûr.

Ce qui est par contre sûr, c’est que nombre de nos concitoyens, il faut bien l’admettre, entretiennent toujours un ensemble de clichés disparates et, somme toute, assez réducteurs de la vie parlementaire. Joutes verbales, affrontements politiciens, débats trop techniques, manœuvres d’obstruction, procédures peu compréhensibles, gestes d’humeurs… voilà à quoi se réduit souvent dans l’opinion publique le quotidien de notre institution. Mais, cette vision sévère a quand même certains fondements. Il faut donc travailler à changer cette vision en prouvant que la vie de l’Assemblée est aussi celle d’un espace institutionnel où l’on travaille, où l’on débat, où l’on améliore, amende et contrôle la Loi généralement rédigée par le Gouvernement. Ce n’est pas «en se foutant» éperdument d’une meilleure connaissance de l’Assemblée par le peuple que les vrais changements s’opéreront.

Théophile MONE

 

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