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Burkina: une Constitution de la Ve République avec ou sans la peine de mort?

La peine de mort est diversement considérée selon les époques et les pays du Monde. Elle est une question de société hautement sensible qui a toujours divisé les hommes dans l’histoire de tous les peuples. Tandis que les Etats-Unis, le Japon, l’Iran, l’Arabie saoudite, et bien d’autres pays l’appliquent, les États abolitionnistes, Angola, Benin, Côte d’Ivoire, Gabon, Sénégal, Togo, Rwanda, France, Espagne, Italie, Brésil, Belgique, Argentine, Colombie, Costa Rica, Panama Paraguay, etc. sont aujourd’hui majoritaires dans le monde. Dans les pays comme la France, «Nul ne peut être condamné à la peine de mort». Mais certains de ses citoyens auraient souhaité l’abolition de la peine de mort en temps de paix, histoire de se donner la faculté de la rétablir pour des actes commis en temps de guerre. La majorité, elle, a refusé cette réserve et a opté pour une abolition de la peine de mort en toutes circonstances. D’où son inscription dans le marbre constitutionnel français.

Pour les pays qui sont pour la peine de mort, ils mettent en avant les cas d’homicides volontaires contre les mineurs, les délinquants crapuleux, certaines folies meurtrières de psychopathes. Pour eux, lorsque l’existence de la Nation est menacée, la peine de mort doit être mise en exécution.

Le peuple du Burkina n’étant pas en marge de ce choc des convictions pro et anti abolitionnistes, la question est de savoir s’il faut oui ou non inscrire l’abolition de la peine capitale dans la nouvelle Constitution du Burkina en rédaction. En d’autres termes, la peine de mort doit-elle être abolie dans notre pays?

 

Dans la perspective d’un référendum constitutionnel pour passer à la Vème république au Burkina Faso, s'inspirer de ce sui s'est passé en Côte d'Ivoire est une bonne chose
Dans la perspective d’un référendum constitutionnel pour passer à la Vème république au Burkina Faso, quelle place accordée à la peine de mort?

La peine de mort, ou peine capitale, est une peine prévue par la loi consistant à exécuter une personne ayant été reconnue coupable d’une faute qualifiée de «crime capital». La sentence est prononcée par l’institution judiciaire à l’issue d’un procès. Elle est prévue par le Code pénal burkinabè. Au Burkina Faso, la peine capitale est exécutée par fusillade. Fusillade à laquelle devra assister le juge ayant prononcé cette peine. La dernière fois où elle a été appliquée dans notre pays, remonte à 1978. Mais depuis cette date, bien que cette peine existe encore dans notre système judiciaire, elle est restée inappliquée. Peut-être jusqu’à ce que l’on arrête un de ces terroristes qui refuse de se repentir et qui croit fermement qu’il lui faut absolument tuer assez de «païens» pour espérer dîner avec le Tout-Puissant.

Justement, du fait que les terroristes se montrent de plus en plus têtus et barbares, les défenseurs de la peine capitale estiment que cette sanction suprême est le seul moyen de dissuader les disciples des tueurs à gage qui peuvent nourrir des intentions de commettre eux aussi des crimes graves.

Dans le sens, la peine de mort est un moyen de prévenir le retour des dangereux criminels dans la société et ainsi d’éventuelles récidives.

Ce camp soutient également que la peine de mort permet d’afficher clairement la sévérité des populations et des pays à l’encontre des crimes particulièrement graves. De leur avis, les personnes qui commettent des crimes inhumains ne méritent pas de vivre. Un argument de taille qui peut amener les ‘bad boys ‘à mettre de l’ordre dans leur vie sous la pression de la mort imminente et atroce. Comme la notion de l’Enfer et du Paradis met au pas des êtres humains.

Pour donc les adeptes de la peine de mort, il faut, en ces temps de guerre permanente, l’inscrire dans notre future Constitution à titre préventif et dissuasif.

Désormais aucun président démocratiquement élu ne pourra aller au-delà de son mandat constitutionnel. Un acquis fondamental à préserver
L’opportunité sera donnée aux Burkinabè de se prononcer avec responsabilité sur la peine de mort dans la nouvelle Constitution

Pour les abolitionnistes de la peine de mort, par contre, il faut bannir définitivement cette peine barbare. Car on ne doit pas répondre à l’horreur par la barbarie. Pour ce faire, ils préconisent la peine à perpétuité comme sanctions pour protéger la société et offrir aux délinquants des opportunités de se réinsérer. Et ce d’autant plus que le fait d’exécuter un criminel n’apporte pas de satisfaction totale à la famille de la victime. Ceux qui militent pour l’abolition totale et universelle de la peine capitale soutiennent que la vie humaine est sacrée et de cet fait, ne devrait pas être banalisée par une exécution comme le font allégrement les assassins. Ils renchérissent en disant que le droit ne doit pas être déshumanisé. Si tant est que les criminels ont vendu leur âme au diable, pourquoi les imiter et faire autant qu’eux?, se posent-ils la question dans un monde où la justice n’est pas infaillible!

Comme on le voit, chaque camp a des arguments valables et pertinents. Mais le constat est que le peuple Burkinabè est très croyant et a des valeurs qu’il défend et qu’il veut porter dans le monde entier. En effet, notre démocratie doit être plus forte que le crime, notre République plus forte que les terroristes, notre justice plus forte que la pire des injustices. Symboliquement donc, inscrire dans notre future Constitution que «Nul ne sera condamné à mort», c’est affirmer solennellement que jamais plus au Burkina il n’y aura de justice qui tue. Ce qui serait conforme à la foi du peuple burkinabè pour qui la vie est sacré et inviolable; et Dieu seul à le pouvoir de vie et de mort sur l’Etre humain. De profondes convictions qui devraient militer en faveur de l’abolition de la peine de mort dans notre prochaine Constitution. Encore faut-il que tous les Burkinabè acceptent que la loi de Talion, «Œil pour œil, dent pour dent», est révolue.

Théophile MONE

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