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Djihadisme au Burkina Faso: entre liberté de croyance et impératifs sécuritaires, quelle politique adopter?

Le 15 janvier 2016, le Burkina Faso a été victime d’attaques terroristes d’ennemis venus d’ailleurs.

Depuis le mois de mai, des assaillants font régulièrement incursion au Nord du pays et font des victimes parmi les éléments des forces de l’ordre.

Au mois de décembre dernier, un certain Malam Ibrahim Dicko, prédicateur radical burkinabè, a revendiqué une attaque contre des militaires burkinabè à Nassoumbou où douze soldats ont perdu la vie.

Le 1er janvier 2017, deux commandos de l’organisation religieuse dirigée par Malam ont mené des opérations de représailles contre des individus déserteurs du groupe pour les empêcher de livrer des informations aux services de sécurité. Une situation qui pose avec acuité le problème de la radicalisation par le biais des prédications religieuses. Aussi, une question légitime se pose: maintenant que des violences dans le Nord sont entre autres liées à un prédicateur radical bien connu, quelle politique les autorités peuvent-elles adopter à l’encontre de certains fous de Dieu dans un contexte de liberté de croyance et d’impératifs sécuritaires?

Malam Mohamed Dicko, le nouveau visage du Djihadisme au Burkina
Malam Mohamed Dicko, le nouveau visage du Djihadisme au Burkina

D’emblée, dans cette situation où le nom d’un prédicateur musulman est évoqué, il faut éviter de jeter l’anathème sur tous les musulmans. Il faut éviter de céder aux amalgames, aux stigmatisations. Il est clair que la majorité des musulmans n’est pas adepte de l’islamisme radical. En effet, ce ne sont pas tous les musulmans qui prônent le changement à travers l’action armée et l’usage de la violence.

Seuls certains musulmans comme les salafistes défendent une vision ultra-conservatrice de l’islam, un retour à l’islam des origines. Pour ce courant de pensée, il est nécessaire de revenir à une version puritaine et littéraliste de l’islam pour résoudre les problèmes que peuvent connaître les sociétés. Le salafisme contemporain fonde sa légitimité religieuse sur une approche au pied de la lettre des versets coraniques et de la tradition prophétique.

Mais beaucoup de musulmans ici et ailleurs critiquent cette approche salafiste, qui donnerait trop d’importance aux textes, au détriment du contexte et de l’esprit.

Pour les combattre, il est nécessaire de mobiliser un contre-discours, des arguments religieux pour déconstruire l’idéologie djihadiste. Cela incombe aux leaders religieux soucieux de prôner un islam tolérant et de paix. Dans ce sens, les musulmans burkinabè ont un rôle à jouer pour faire entendre une autre voix de l’islam! Cette approche éducative à plus de chance d’avoir un impact sur les candidats au radicalisme.

Par ailleurs ce serait une grave erreur que de considérer que seuls les musulmans ont un rôle à jouer. Dans le contexte actuel, chaque burkinabè à un rôle à jouer. L’ensemble de la société civile ne doit pas croiser les bras et attendre tout des leaders musulmans. L’État doit mettre en place des programmes de lutte contre la radicalisation, mêlant à la fois une politique répressive et une stratégie de dialogue politique avec ceux qui prêchent le radicalisme religieux. Ce qui suppose de bons renseignements et une meilleure connaissance de la complexité du monde musulman et de ses courants de pensées.

En effet, chaque musulman qui se reconnaît comme tel entretient une relation directe avec Dieu par l’intermédiaire du Coran; il en existe donc autant d’interprétations. La preuve est que le radicalisme tue aussi beaucoup de musulmans soi-disant apostats. Ce n’est donc pas dans le Coran qu’il convient de chercher une explication à la violence néo-Djihadiste. Il convient de ne pas diaboliser l’islam en soi. Il convient ensuite de s’interroger sur le terreau social de ce radicalisme. Sur les raisons qui ont poussé des citoyens à être en rupture avec la république. A prendre du plaisir à tuer des gens.

Souvent ceux qui s'engagent dans le radicalisme armées intellectuellement pour faire face aux discours complotistes et obscurantistes de leurs maîtres
Souvent ceux qui s’engagent dans le radicalisme religieux sont  mal armés intellectuellement pour faire face aux discours complotistes et obscurantistes de leurs maîtres

De prime à abord, on a l’impression d’avoir affaire à des personnes- les disciples des gourous- mal armées intellectuellement pour faire face aux discours complotistes et obscurantistes de leurs maîtres islamistes. En fait, le djihadisme propose à des egos froissés d’accéder au statut valorisant de héros de l’islam.

Les djihadistes combattent la démocratie parce que la souveraineté populaire usurpe le droit à produire la Loi, qui n’appartient qu’à Dieu, et parce que ce faisant, elle met l’homme à la place de Dieu.

Ensemble donc les autorités politiques doivent travailler avec l’ensemble des musulmans-les leaders surtout- pour faire passer le message à tous que le véritable islam n’est pas violent.

En outre, certains discours et lieux doivent être suivis pour s’assurer qu’ils ne promeuvent pas une idéologie radicale, contraires aux valeurs de la république et susceptibles de constituer des risques graves d’atteinte à la sécurité et à l’ordre publics. Et toujours en accord avec les leaders musulmans, certains lieux de culte au sein desquels sont tenus des propos constituant une provocation à la haine ou à la violence ou une provocation à la commission d’actes de terrorisme ou faisant l’apologie de tels actes pourraient être fermés.

Enfin, des questions fondamentales à se poser: pourquoi les Burkinabè sont-ils maintenant ciblés par des Djihadistes? Est-ce pour ce qu’ils sont? Est-ce à cause d’une certaine politique d’exclusion ou parce qu’ils apportent leur soutien à certains Etats-amis? Ces questions parce que le terrorisme est un moyen d’action utilisé par certains groupes djihadistes. S’il y a un but dans ce mode d’action, c’est de créer, par un acte brutal, une pression psychologique sur un pouvoir politique. Commettre des actes brutaux n’est pas le but en soi du terrorisme. Limiter l’objectif du terrorisme à ses seuls actes brutaux et destructeurs pourrait être une volonté de déni des véritables raisons de ces actes.

Dans cette vision, au Sahel dont fait partie le Burkina, prétendre combattre les groupes djihadistes sans chercher activement à résoudre la question touareg est un non-sens qui mènera toujours à une impasse.

Théophile MONE

Un commentaire

  1. Je partage très largement l’analyse de Mr MONE.
    Il faut évier les amalgames et la stigmatisation facile qui sont contreproductives. En réalité les terroristes qui ont été secrétés par ceux qui y ont intérêt cherchent à diviser les sociétés. Pour eux, tous les moyens sont bons et surtout la religion! Soyons suffisamment intelligents pour ne pas tomber dans ce piège qui fait tant de dégâts autour de nous. Qu’ALLAH nous soutienne et nous protège! Ameen.

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