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Résolution de la crise post-électorale: le piège gambien évité

Face au problème gambien, les chefs d’Etat de la CEDEAO ont envisagé toutes les options dont l’usage de la force pour rétablir la vérité des urnes. Ainsi veulent-ils justifier la conviction selon laquelle «La diplomatie sans les armes, c’est la musique sans les instruments». Pourtant quand il y a eu crises post électorales au Congo Brazzaville et au Gabon, aucune intervention militaire n’a été envisagée. Pourquoi le cas Gambien ferait-il exception? Jusqu’à preuve du contraire, le dialogue reste la seule arme efficace même face aux dictateurs. La force de l’argument est toujours meilleure à l’argument de la force. Les chefs d’Etat de la CEDEAO l’ont compris peut-être tardivement.

Ellen Johnson Sirleaf , présidente du Libéria qui faisait partie des émissaires convoyés par la CEDEAO.
Ellen Johnson Sirleaf , présidente du Libéria qui faisait partie des émissaires convoyés par la CEDEAO en Gambie.

Quelle opérationnalité d’une intervention militaire en Gambie sans victimes civiles? Toute intervention armée en Gambie serait plus émotionnelle que réaliste. Et ne respecterait pas la souveraineté de l’Etat gambien. Dieu merci que les chefs d’Etat aient choisi fondamentalement de «résoudre la situation gambienne en toute diplomatie».

La démocratie est une valeur qui mérite d’être défendue, mais que serait le monde s’il faut à chaque coin de la planète envoyer des troupes pour arrêter un dictateur ou un usurpateur qui s’accroche au pouvoir? L’impasse politique qu’est en train de créer le président Jammeh est inadmissible. Mais cette crise n’aura de solution durable que par le dialogue et par la pression internationale.

Le dialogue fait partie des mots à connotation positive, car il s’oppose à de nombreuses attitudes condamnables comme le repli sur soi, l’autoritarisme, la violence, le mépris des autres… Dialoguer, c’est être tolérant, ouvert aux autres et dire la vérité en toute honnêteté en respectant sa parole donnée.

Le dialogue entendu comme échanges des points de vue dans la recherche commune et désintéressée de la vérité, est le lieu où, des «contradictions, naît le sens». D’ailleurs le proverbe français dit à juste titre: «de la discussion jaillit la lumière», sous-entendant par là qu’on a plus de chances de trouver la vérité en la cherchant à plusieurs, par le dialogue c’est-à-dire par la confrontation de positions différentes, voire antagonistes.

Le but du dialogue inter-gambien, après le recours du président Jammeh qui sera étudié le 10 janvier par la Cour Suprême, est de rétablir la vérité des urnes. La clef de la crise post-électorale gambienne est que l’ancien président de la république accepte sa défaite en restituant au peuple gambien et à Adama Barrow leur victoire.

S’il refuse sa défaite, la communauté internationale pourrait procéder au recomptage des voix sur la base des originaux des procès verbaux dont le représentant de chaque candidat avait droit.

Ce recomptage des voix pourrait se faire sous la supervision de l’Organisation des Nations Unies, l’Union Européenne, l’Union Africaine, et l’Organisation internationale de la francophonie, les Etats-Unis d’Amérique, le Canada, la France et le Royaume Uni.

Si l’ancien Président, Yaya Jammeh, par honte, refuse le recomptage des voix, la seule issue possible pour résoudre cette crise post-électorale serait l’organisation d’une nouvelle élection présidentielle comme lui-même le souhaite. Pour ce faire, il faudrait mettre en place un gouvernement de transition avec un Premier ministre qui aura les pleins pouvoirs.

La mission principale de ce gouvernement serait d’organiser l’élection présidentielle en mettant l’accent sur la gouvernance électorale. Cette transition pourra durer 5 à 10 mois maximum.

Au moment où le Ghana fait figure d’alternance réussie, force est de constater que sur notre continent, de nombreux scrutins ont été contestés en 2016 et accompagnés de violences meurtrières. Dommage que des leçons ne sont pas tirées de ces crises post-électorales qui contribuent, malheureusement,  à ternir l’image et à ruiner l’Afrique.

Théophile MONE

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