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Anarchistes, le Burkina n’en veut pas!

L’anarchisme, pensée philosophique niant la légitimité et combattant l’autorité, part du principe que les hommes n’ont pas besoin de conférer leur pouvoir à d’autres personnes mais que justement, la société peut et doit s’organiser de façon à ce que chacun garde le pouvoir qui lui est propre, le pouvoir de décider pour sa propre vie.

Au Burkina Faso, l’incivisme, l’indiscipline et la défiance de l’autorité, corolaires de l’anarchisme gagnent de plus en plus du terrain alors qu’ils désintègrent notre société et nos valeurs. Face à ces écarts de comportements moyenâgeux, notre justice doit agir dans toute sa rigueur. Car nous sommes en Etat de droit.

La défiance dé l'autorité se constate partout. Ici en circulation
La défiance de l’autorité se constate partout. Ici en circulation

Au Burkina Faso, depuis que le régime de Blaise Compaoré a mis une grande distance entre ceux qui sont envoyés au Parlement et ceux qui restent dans la rue, des citoyens honnêtes ont été déçus, considérant qu’ils n’étaient pas guidés par des politiciens compétents, honnêtes, corrects et loyaux.

D’où la défiance populaire qui a provoqué l’insurrection d’octobre 2014. En effet, se sentant négligé, le peuple s’est vu contraint de descendre dans la rue pour défendre ses «droits». Sa lutte avait un objectif précis, dire un NON sec à un projet étatique qui déniait les principes démocratiques.

Les élections de 2015 avaient pour but de rechercher et de trouver quelqu’un qui se révèle à la hauteur des exigences. Avec le slogan: « plus rien ne sera comme avant », tant pour les gouvernants que pour les populations.

Ici à Dédougou les manifestants défient les forces de lordre après le décès de Bocoum un présumé délinquant
Ici à Dédougou.  Des manifestants défient les forces de l’ordre après le décès de Bocoum, un présumé délinquant

Mais depuis un certain temps, ce contrat social est entrain d’être violé par des groupuscules anarchistes et libertaires qui préfèrent se rendre eux-mêmes justice qui plus est, par la violence. C’est ce qui s’est passé le jeudi 26 janvier 2017 à Bagré suite à l’arrestation d’une exciseuse et  de 7 de ses complices. Une centaine d’individus ont manifesté devant les locaux de la Brigade territoriale de Gendarmerie de Bagré, Province du Boulgou. Ils exigeaient clairement la libération de ces dames présumées coupables d’excision sur 6 petites filles (entre 1 à  5 ans). «Pour éviter un affrontement qui aurait pu se révéler tragique, dit un communiqué de la Gendarmerie, les quelques gendarmes en poste n’ont pas opposé une forte résistance et ces dames qui étaient gardées dans le hall de la Brigade ont finalement été libérées». Ces hors-la-loi ont causé des dégâts matériels dans la Brigade, symbole de la loi et de l’autorité. Un comportement inquiétant de «rebelles» dans une nation républicaine!

Aux dernières nouvelles, 37 personnes ont été arrêtées et 5 activement recherchées. Elles devraient être déférées devant le procureur pour répondre de leurs agissements. Car face à l’incivisme force doit rester à la loi.

L'incivisme est un monstre
L’incivisme est un monstre

Malheureusement, ce mal social ne date pas d’aujourd’hui. Il est la conséquence de plusieurs années d’impunité et de violences sourdes. Pendant longtemps, le Burkina était un pays où la justice ne sanctionnait pas assez (ou assez longtemps), en tout cas, pas les plus dangereux.

Des pères de famille pouvaient transporter 3 enfants sur une moto, brûler le feu rouge réglementant la circulation et insulter au passage le policier qui les interpelle. Après cela, cogner et tuer un policier dans l’exercice de ses fonctions, semble être dans l’ordre des choses.

Un Burkina où des koglwéogo (milices armées, affectueusement appelés groupes d’auto-défense) violents font des jugements extra judiciaires, mêlant colère et traditions, inquiètent.

Un Burkina où on casse et brûle le drapeau national, mais aussi des maisons et engins d’enseignants. Mieux, des postes de police pour libérer des violeurs et des criminels en menaçant de mort la mère de la fille violée. Après tout, il ne fallait pas qu’elle s’habille de telle manière ou qu’elle refuse les avances. Ce qui se passe actuellement n’est que la démonstration d’une colère enfouie depuis longtemps, l’incivisme grandi et il est en train de désintégrer notre société et nos valeurs. Il faut donc que l’Etat agisse très fermement en ne pensant pas qu’aux échéances électorales.

Notre justice doit agir dans toute sa rigueur. Une justice qui est la même pour tous.

D’autre part, pour juguler ce monstre qu’est l’incivisme, des cours de civisme dans toutes les écoles, lycées et universités s’imposent. Sinon pourquoi s’étonner que les citoyens se fassent justice eux-mêmes?

Ici un véhicule brûlé par des riverains en colère
Ici un véhicule brûlé par des riverains en colère

L’incivisme est un frein au développement. Quel investisseur viendra investir pour qu’au moindre problème on brûle tous ses biens et le poste de gendarmerie de son quartier? Nous sommes en démocratie pas dans l’anarchie.

Seuls l’éducation, l’équité, la communication, et le respect des valeurs de l’Etat de droit peuvent nous permettre de venir à bout de cette défiance, de ces frustrations. Nous avons fait la fierté de tout un continent en 2014 puis en 2015, tâchons de demeurer fiers de nous-mêmes.

Face à cette crise des valeurs, à l’incivisme et à l’indiscipline qui touchent presque toutes les couches de la population, il est urgent, d’intervenir, tant le mal semble s’agglutiner dans la vie des Burkinabè et présente un coût économique, social et moral important pour le pays. En réponse à cette situation, le gouvernement pourrait entreprendre l’élaboration d’une Charte nationale de civisme.

Une charte qui se fixe comme objectif d’inculquer et de développer les valeurs civiques et républicaines dans le cœur et l’esprit des citoyens qui les conduiront à s’engager et à participer  activement à la  préservation des valeurs et biens communs.

Théophile MONE

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