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Quand la religion s’immisce dans le football!

La religion prend-elle de plus en plus d’importance sur les terrains? Apparemment oui. Pour la plupart des joueurs, religion et football professionnel ne sont pas incompatibles. Sans gêne, ils vivent leur pratique au grand jour. A chaque heure de gloire, but marqué ou match gagné (situation fréquente), ils le montrent au public et aux caméras. Signe de croix pour les chrétiens, la main levée pour les musulmans, séance de prière collective pour remercier Dieu, les gestes d’affirmation religieuse indisposent certaines personnes qui souhaiteraient qu’il n’y ait pas de confusion entre la religion et le sport. Pour eux, il ne faut pas laisser les considérations religieuses investir les stades.

Au contraire, les croyants défendent les gestes religieux dans les stades qui n’ont pas selon eux «pour but d’inspirer la violence». Mais d’exprimer la liberté de croyance et de conscience. Ils voient la prière comme un symbole d’amitié, de fraternité, de tolérance, d’unité, de solidarité, de liberté, de bonheur…. A condition qu’elle ne soit pas ostentatoirement provocatrice.

Etalons du Burkina et leurs encadreurs: prière collective avant chaque entrainement et match
Etalons du Burkina et leurs encadreurs: prière collective avant chaque entrainement et match

Et la laïcitédans tout cela?

Les diverses pratiques religieuses traduisent des changements profonds dans notre univers. Elles sont l’expression d’une société tolérante. Dans ce sens, le football en est l’image amplifiée et éclairée qui prouve qu’on peut faire cohabiter les religions.

Toutes les questions qui se posent sur la laïcité et la cohabitation des religions dans les entreprises privées et dans la sphère publique au Burkina comme ailleurs, les clubs y ont répondu en avance. Parce qu’ils y sont confrontés depuis longtemps: le football constitue un monde aussi diversifié que la plupart des entreprises. Dans ce milieu, les responsables essaient de respecter la foi de chacun et de tous. Par exemple, servir des plats de viande halal aux repas ou mettre des salles à la disposition des joueurs pour ceux qui souhaitent se recueillir.

Le Ramadan qui implique que les joueurs adoptent pour un mois un régime alimentaire peu compatible avec l’effort sportif est un excellent exemple de la façon dont le monde du football s’est adapté. Les clubs ont compris qu’ils n’avaient pas intérêt à instaurer la contrainte. Car essayer de convaincre un musulman de ne pas se lever pour la prière de 5 heures, n’aboutit qu’à une chose: il vit mal sa journée et est finalement moins efficace. Le chrétien ne refusera pas non plus de jouer le dimanche parce que c’est le Jour du Seigneur! Mais il peut lui être permis de participer au culte à une heure convenue d’accord partie. Les clubs ont compris que pour qu’un joueur soit performant, il doit être mis dans les meilleures dispositions. Pour cela, un dialogue s’est instauré aujourd’hui plus qu’hier entre entraîneurs et joueurs, avec une certaine flexibilité de part et d’autre. Et ils ont tous appris à s’adapter et à se respecter. De bons enseignements que nous devront imiter dans notre société parfois intolérante.

Faut-il interdire les expressions de ferveurs, comme les signes de croix, ou les mains levées sur les terrains?

Tout dépend où se situe la frontière du prosélytisme. Difficile de connaître les intentions d’un joueur qui prie sur un terrain. Il est important de dissocier la notion de laïcité et celle de laïcisme. Pourquoi la neutralité sur la question de la religion devrait-elle fatalement tendre vers l’interdiction? Le dialogue qui s’opère dans le monde du foot prouve qu’on peut faire cohabiter plusieurs sensibilités et croyances sans basculer vers leur bannissement qui découle, le plus souvent, d’une méconnaissance. Que l’espace public et ceux qui le régissent mettent plus de force à en faire un lieu d’échange, plutôt qu’un espace superficiel, répulsif et répressif.

Théophile MONE

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