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L’origine de l’expression «mouta-mouta»

«Au Premier ministère, c’était la même situation. Sur un compte bancaire destiné à la communication et budgétisé à 200 millions de F CFA, c’est un milliard 100 millions de F CFA qui sont sortis. On ne peut pas s’asseoir dire que c’est la Transition et faire du ‘’mouta-mouta’’ (…) On ne demande pas des comptes parce que c’est Zida…». Propos du président Roch Marc Christian Kaboré à Dakar, au Sénégal, face à ses compatriotes, lors d’une visite effectuée le 3 juin 2016.

Le créateur du mouta-mouta, c'est lui!
        Le créateur du mouta-mouta, c’est lui

L’expression a fait le buzz et continue d’être usitée avec différents sens. Mais en réalité, la locution n’est pas nouvelle! Elle circulait déjà dans certains milieux ouagalais. Pour situer son origine exacte, nous sommes allés à la rencontre de Doul-le-Gazeur (Doul Gaz), Souhoudou Abdoul Nasser Haïdara à l’état-civil, qui en est un grand utilisateur. Il explique.

«En réalité, l’expression c’est «mouta-mouta? Ma!» Donc, une question et sa réponse. «C’est feu François Djobi Bassolet qui l’a créée. Au Mess des officiers, à Kontom-lafi à Zogona, au Bar du Stade à Bilbalogho ou au Rimnooma, lorsque tu trouvais le vieux François Bassolet, il te demandait: Mon gaillard, mouta-mouta? Il voulait savoir par là si la partie pouvait être bonne. Est-ce que le boulevard est ouvert pour les godets. Et la réponse dépendait. Si tu avais assez d’argent, tu répondais «Ma!» Vous pouviez boire à volonté. Mais si c’était ‘’mou’’ comme on disait à l’époque, tu réponds «mouk!»; ce qui veut dire que c’est la période des vaches maigres. Mais je me souviens qu’il m’a dit que mouta-mouta est une expression moaga. Hommage donc au vieux François Bassolet. Paix à son âme.»

A la lumière de ce témoignage, nous pouvons dire que le président du Faso a utilisé l’expression dans un sens qui signifierait favoritisme, à-peu-près ou autre. C’est dans ce sens que beaucoup de nos compatriotes utilisent l’expression. Il n’y a pas de problème à cela. Cela témoigne de la vitalité de la locution qui traversera les âges avec des sens différents de celui d’aujourd’hui.

Feu François Djobi Bassolet
Feu François Djobi Bassolet

Si le français parlé au Burkina avait son dictionnaire, il est certain qu’on y aurait enregistré l’expression. Peut-être qu’un jour Alimata Salembéré, qui a collaboré à une édition d’un dictionnaire de la langue française par le passé, usera de son entregent pour faire accepter l’expression avec ses différents glissements de sens. Elle rendrait d’ailleurs un grand service posthume à son camarade, l’un des géniteurs du Fespaco actuel.

Car, ce qu’il faut savoir, c’est que Bazoumbouè Djobi François est, avec Alimata Salembéré et Claude Prieux (le directeur du Centre culturel franco-voltaïque de l’époque, aujourd’hui Institut français), tous des cinéphiles, les fondateurs de la Semaine du cinéma africain ou du Premier festival de cinéma africain de Ouagadougou (c’est selon), l’ancêtre du Fespaco. François Bassolet a été instituteur puis journaliste de formation et de profession.

Après quelques années passées à ‘’manger la craie’’ à Bobo-Dioulasso de 1951 à 1953, il a intégré le Centre de formation professionnelle des journalistes de Paris d’où il est sorti avec le diplôme de Conseiller en science te technique de l’information.

De retour au pays, il initie avec d’autres confrères le journal Carrefour africain. De 1978 à 1980, il est le directeur de l’Agence voltaïque de presse devenue Agence d’information du Burkina (AIB). Il a été un collaborateur de Thomas Sankara qu’il a surnommé L’oreillard, lorsque celui-ci était le secrétaire d’Etat à l’Information dans le gouvernement de Saye Zerbo. Il avait comme amis feu le commandant Moumouni Ouédraogo (parachutiste disparu tragiquement) et feu le général Baba Sy, entre autres.

Il s’est également frotté à la politique en tant que co-fondateur puis président du Parti du regroupement africain (PRA). Il a tiré sa révérence le 2 juillet 2001, nous laissant d’autres expressions comme «cococococoï» ou encore «yoliyoliyoliyoli…»

Hidogo

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