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68è session du Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes: le grand oral de Laure Zongo/Hien

Une délégation interministérielle conduite par la ministre de la Femme, de la Solidarité nationale et de la Famille Laure Zongo/Hien a présenté le 24 octobre dernier à Genève, le 7è rapport périodique du Burkina Faso sur la mise en œuvre de la convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes.

Une si longue journée au cours de laquelle, Laure Zongo/Hien et son équipe ont du passer à travers le feu roulant des questions de la vingtaine d’experts indépendants venant du monde entier.

«Des femmes victimes des déguerpissements à Essakane et à Kounkounfouanou, le mariage précoce, les femmes victimes d’exclusion pour allégation de sorcellerie, l’accès des femmes à la terre et aux sphères de décision, les femmes victimes de traite, d’apatridie, l’autonomisation économique des femmes…» Tout y est passé. Pas un aspect de ce qui pourrait ressembler à de la discrimination à l’égard de la femme burkinabè n’a échappé à la perspicacité des experts. Elles ont bien su examiné de fond en comble le rapport fourni à l’avance par le Burkina, mais elles ont aussi cherché auprès d’autres sources comme les institutions de l’ONU, les organisations intergouvernementales, les institutions nationales des droits de l’homme et des ONG. Tout sauf de la complaisance.

De 10 heures à 17 heures. Ce fut donc long, fastidieux, une guerre des nerfs parfois, un exercice dans lequel il valait mieux posséder ses dossiers, mais la délégation burkinabè s’y est soumise avec brio.

«Nous avons eu un bon exercice et nous avons beaucoup appris. Cela nous a donné l’occasion de présenter les efforts qui ont été faits par le gouvernement du Burkina Faso pour l’amélioration de la condition de la femme. De cet exercice, je retiens que nous sommes dans la bonne direction, nous sommes en phase. Aucune œuvre humaine n’étant parfaite, nous avons pris note de nous améliorer. De notre dernier passage en 2010 à ce jour, les indicateurs ont vraiment progressé», déclare la ministre de la Femme, de la Solidarité nationale et de la Famille.

La ministre a notamment relevé un recul dans la pratique des mutilations génitales féminines, des mariages précoces et forcés et de l’exclusion des jeunes filles et des femmes accusées ou soupçonnées de sorcellerie.

Ce fut un travail d’équipe

Quota genre: 50% en 2020

Pour ce qui est de la participation de la femme à la vie politique et publique, le Burkina compte sept ambassadeurs femmes sur trente-deux, sept femmes ministres sur vingt-neuf, quinze femmes députés sur cent vingt-sept, trois femmes présidentes d’institutions sur six et quatre femmes Gouverneurs de régions sur treize. Selon la ministre, «des efforts sont fournis notamment à travers des plaidoyers et la relecture en cours de la loi sur le quota genre en vue d’améliorer la représentativité des femmes» dans les sphères de décision. L’objectif pour ce qui est du quota genre est de 50% en 2020. Le ministère milite pour la prise en compte du genre dans l’élaboration des politiques et programmes et c’est pour cela que des cellules genre ont été instituées dans tous les départements ministériels. Des formations ont été initiées au profit du caucus genre de l’Assemblée nationale sur la budgétisation sensible au genre.

On note également une évolution positive de la parité au niveau de l’éducation. Le taux brut de scolarisation qui était de 6,4 points en défaveur des filles en 2011-2012 est passé à 1,2 point en faveur de celles-ci en 2015-2016.

L’un des points les plus discutés lors de cet examen a été l’autonomisation économique des femmes. Les experts ont trouvé les résultats plutôt mitigés, mais pour Laure Zongo/Hien, c’est une question de budget. «Le budget alloué au ministère de la Femme, de la Solidarité nationale et de la Famille, explique t-elle, représente moins de 1% du budget de l’État. Nous faisons des efforts mais pour répondre aux attentes des uns et des autres, il faut lever certaines contraintes». Une situation qui devrait, selon elle, évoluer favorablement avec le Plan national de développement économique et social (PNDES) qui est le référentiel national en matière de développement. Le PNDES envisage de faire de la femme un acteur dynamique de développement. «En 2015, sur 8 561 entreprises enregistrées, les femmes étaient propriétaires de 1 830 entreprises soit un taux de 21%. Le PNDES ambitionne de porter la proportion de femmes entrepreneures de 21% en 2015 à 50% d’ici à 2020. Aussi, une stratégie nationale de promotion de l’entrepreneuriat féminin a été adoptée en juin 2015 et vise «un entrepreneuriat féminin dynamique, compétitif, diversifié, contribuant à la réduction de la pauvreté des populations à l’horizon 2025», a-t-elle expliqué au Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes.

Entrepreneuriat féminin: 50% en 2020

Les experts du Comité ont marqué leur insatisfaction devant la lenteur dans la révision du code des personnes et de la famille et du code pénal du Burkina. «Mais à ce niveau, affirme Laure Zongo/Hien, il ne faut pas occulter les conditions dans lesquelles nous avons travaillé. Si on regarde le contexte socio-politique et économique du Burkina Faso, je pense que mieux vaut prendre du temps pour sortir un document de qualité que d’aller vite, pour se rendre compte après sa validation qu’il faut encore le réviser».

De fait, certaines critiques n’ont pas tenu compte des réalités culturelles du Burkina, souvent aux antipodes de celles des pays d’origine des experts.

«Quand les experts posent leurs préoccupations en ce qui concerne la polygamie, les unions libres, ce sont des situations auxquelles nous ne pouvons pas trouver des réponses immédiates, comme avec une baguette magique. Les membres du comité doivent se mettre à l’idée que nous devons prendre en compte l’environnement culturel du Burkina Faso. Et c’est ce qui peut laisser croire que les choses vont lentement ou que nous ne prenons pas en compte certaines préoccupations du comité. Mais nous travaillons à consolider l’environnement social dans lequel les femmes évoluent», explique la ministre.

Pour ce qui est de l’accès à la terre des femmes par exemple, les choses semblent évoluer positivement même si aux yeux du comité, les progrès sont lents.

Avec la présidente du CEDEF, la lituanienne Dalia Leinarte

Ces progrès sont pourtant réels, selon Laure Zongo/Hien, «puisqu’il est prévu que 30% des terres nouvellement aménagées soient octroyées aux femmes. Et partant de là, notre ministère en lien avec celui de l’Agriculture, a mis en place un dispositif de veille et je dois dire que nous sommes satisfaits puisque les statistiques nous montrent que nous sommes au-delà de 40% de terres nouvellement aménagées qui ont été mises à la disposition des femmes. Donc nous avançons».

Au terme de cet exercice, on peut affirmer sans grand risque de se tromper que le Burkina a passé l’examen haut la main.

«Nous avons essayé de voir ensemble quelles étaient nos forces et nos faiblesses. Et que ce soit du coté du comité ou du nôtre, il s’est dégagé une certaine satisfaction. Quant à la progression que nous avons, quant à la qualité de nos réponses aux questions et surtout les statistiques qui les ont étayées.

Pour ce qui concerne l’autonomisation économique de la femme, surtout dans son coté entrepreneuriat féminin, l’objectif visé c’est d’être à 50% d’ici 2020. Même si la progression est faible, elle est positive et nous allons travailler à l’améliorer. Pour ce qui est des femmes rurales, il est ressorti la nécessité d’intensifier l’alphabétisation à leur profit. «C’est en synergie avec les autres départements ministériels que nous allons travailler à faire évoluer positivement la condition de la femme au Burkina Faso», a indiqué la ministre de la Femme, de la Solidarité nationale et de la Famille.

Mathieu Bonkoungou

Ambassade Mission permanente du Burkina à Genève

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