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A-t-on eu tort de faire l’Insurrection?!

C’est une question violente, comme on le dit au bord de la lagune Ebrié, à Abidjan. C’est quelle interrogation ça? diront certains. Et pourtant; comme l’a dit le savant, à propos de la rotation de la terre autour du soleil. Oui, le constat est clair, la peur a changé de camp. Ceux qui ont estimé avoir été victimes de l’insurrection, après un temps passé à rester dans leurs petits souliers, ont visiblement repris du poil de la bête.

Une banderole aux effigies d’Eddie Komboïgo et de Blaise Compaoré à Ziniaré le 2 avril (ph lefaso.net)

Des preuves de ce regain de vitalité se retrouvent dans les discours; quand le président du CDP, sans coup férir, lance à Ziniaré que son souhait est de voir Blaise Compaoré revenir au Faso dignement et s’installer dans son village, c’est tout dire sur ce que certains pensent de l’insurrection. S’il avait souhaité le retour de Blaise Compaoré pour répondre à la justice, on pouvait le suivre. Mais il s’agit d’un «retour dans la dignité», car le départ ne fut pas dans la dignité.

A côté des discours, voyez vous-même, braves gens, les pagnes frappés de l’effigie de Blaise Compaoré et du logo du CDP ont refait surface. Des tee-shirts sont d’ailleurs en confection en grand nombre. Le dimanche pascal, des femmes et des hommes sanglés dans des tee-shirts et drapés de pagnes «Je vote CDP» ont été vus à Ouagadougou. La peur a changé de camp. Or, on le sentait venir.

Pendant la Transition, il fallait faire profil bas. Puis il y a eu les élections. A ce moment, ceux qui ont été chassés du pouvoir par le peuple insurgé ont essayé des escarmouches et le pouvoir élu n’a rien dit. Alors, ils ont poussé un peu loin, aucune action encore…

C’est là qu’ils se sont dit «on peut y aller» et ils y vont à fond la caisse, se basant sur le marasme économique et les attaques terroristes pour se positionner comme les sauveurs. A cette allure, en lieu et place des procès pour les victimes de l’insurrection et du coup d’Etat, on verra des procès contre l’insurrection et ceux qui ont barré la route à la forfaiture du RSP.

C’est à se demander si on a eu raison de faire l’insurrection. Evidemment, la réponse est oui, et si c’est à refaire, on doit le faire. Comme l’a dit le chanteur Floby, il faut accuser la souris de voleuse de soumbala, mais il faut aussi faire des reproches au soumbala qui dégage trop d’effluves embaumants. Cela, à l’endroit du pouvoir qui fait preuve d’une mollesse incroyable.

Un ancien CDR confiait que c’est pour toutes ces raisons qu’il ne veut point de la démocratie à l’occidentale, car elle ouvre trop de brèches et on n’y peut rien. Il prend l’exemple sur la Révolution: après l’assassinat du capitaine, qui pouvait avoir le courage de prononcer publiquement le nom Thomas Sankara? On a tout fait pour effacer ce nom du langage des Burkinabè pendant des années. Mais voilà à peine Blaise Compaoré chassé du pouvoir et qui a lui-même décidé de changer de nationalité que des voix s’élèvent pour demander son retour triomphal. En plus, chaque jour que dieu fait, des gens prennent l’avion pour aller le voir à Abidjan et prendre des conseils.

En définitive, il faut voir tout cela comme de la provocation et non une animation de la scène politique. Des gens, incapables de développer des arguments, surfent sur des déclarations provocantes pour faire réagir. Ensuite, si par extraordinaire l’autorité voudrait mettre de l’ordre, ils crieront qu’ils sont victimes d’une chasse aux sorcières. Oui, le CDP doit exister, mais avec de nouvelles règles.

Qui avait dit qu’il préfère l’injustice au désordre? Un illustre compatriote de Blaise Compaoré aujourd’hui décédé.

Les Echos du Faso

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