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Au nom des mêmes lois qui régissent le Burkina, il faut libérer tous les prisonniers malades!

Arrêté dans le cadre de l’enquête sur l’insurrection populaire d’octobre 2014 qui a occasionné plusieurs morts, l’ancien Premier ministre burkinabè, Luc Adolphe Tiao, a bénéficié d’une liberté provisoire pour raison médicale. Il avait été inculpé pour «faits de coups et blessures volontaires, complicité de coups et blessures, assassinats et complicité d’assassinats» et placé en détention préventive à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO). Après donc Jérôme Bougouma, colonel Yacouba Ouédraogo, Alain Edouard Traoré, Jean Bertin Ouédraogo, Arthur Kafando, Salif Kaboré, Eddie Komboïgo…, c’est le tour presque prédit de Luc Adolphe Tiao. Ces multiples levées de mandat de dépôt (mise en liberté provisoire) méritent une grande attention. Elles sont l’expression de l’inégalité des conditions de détention dans nos prisons. L’expression vivante de la lutte des classes. Qui a dit que nous sommes tous pareils devant la loi? 

L'ancien Premier ministre de Blaise Compaoré, Luc AdolpheTiao
L’ancien Premier ministre de Blaise Compaoré, Luc AdolpheTiao

Tout le monde sait qu’il y a plus de pauvres que de riches en prison. En prison, comme à l’extérieur, c’est bien une affaire de «capital». Qu’il soit économique, relationnel, corporel ou culturel. Les riches et les pauvres ne sont pas incarcérés à la même enseigne.  Les conditions de détention reflètent l’inégalité sociale. La prison reproduit le monde extérieur.

Même s’il est exagéré de parler de «traitement de faveur»  pour les dignitaires de l’ancien régime qui ont été, pour la plupart inculpés et placés sous mandat de dépôt par le juge d’instruction, il reste évident qu’ils sont des privilégiés, de par les libertés provisoires dont ils bénéficient,  comparés à ces milliers de prisonniers burkinabè qui croupissent dans nos prisons, et qui y meurent parfois pour raison de santé, sans que cela n’émeuve personne. Les partisans de la justice des plus forts pourraient rétorquer en ces termes: «ces dignitaires ne sont pas des «desperado» arrêtés pour des crimes avérés, des infractions, des faits de braquage, vol avec violence, viols, etc. Comment pourraient-ils être traités comme de vulgaires prisonniers?» Autrement dit, les anciens caciques de Blaise Compoaré sont des prisonniers de luxe. Et c’est vrai. Car le jeu qui se joue sous nos cieux et sous nos nez depuis un certain temps, montre bien, si besoin en était, que l’inégalité des conditions de détention dans les prisons  burkinabè est une réalité. La vérité est que certains détenus, au regard de leur statut sont le plus souvent admirés et craints que stigmatisés. Il n’y a point de leurres: nous ne sommes pas pareils. Dans notre société, les uns peuvent être libérés de prison pour de simples maux de tête tandis que d’autres, en situation d’urgence, dans la même geôle du même pays, doivent s’armer de courage, de patience et de prières. Les prisons ne sont pas construites pour les notables mais pour les pauvres au sens propre et au figuré.

En prison, les pauvres purgent des peines plus longues que les riches parce qu’ils n’ont personne pour leur venir en aide.  Pourtant, «Sans justice c’est la loi de la jungle et des marchés», disait Dominique Rousseau Professeur de droit constitutionnel. Quand la justice va mal, c’est que la société dans son ensemble va très mal. Dans ce contexte-là, «plus rien ne sera comme avant» est un slogan creux et affabulateur.

Théophile MONE

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