Accueil » Gouvernance - Développement » Affaire du charbon fin d’Essakane: le ministre des Mines remet-il en cause le travail des experts du Parquet?

Affaire du charbon fin d’Essakane: le ministre des Mines remet-il en cause le travail des experts du Parquet?

Le ministre des Mines et des Carrières, Idani Oumarou, a animé une conférence de presse le 3 juin 2019 pour «éclairer l’opinion publique nationale et internationale sur l’affaire d’exportation de ‘’charbon fin‘’ par la Société Iamgold Essakane SA». Idani Oumarou a indiqué au cours de la conférence que son département rejette avec fermeté toute collusion avec la société minière. Son ministère n’est ni de près, ni de loin mêlé à une quelconque fraude ou pillage des ressources minières du pays.

La main sur le cœur, le ministre Idani rejette toute collusion avec la société minière

Après la saisie du charbon fin que la société minière s’apprêtait à exporter en fin 2018, le Parquet a commis 2 experts pour apporter plus d’éléments. Le ministre en charge des Mines pense que c’est probablement le contenu de ces rapports, qui n’a jamais été officiellement porté à sa connaissance, qui aurait fait les choux gras de la presse et de certaines organisations de la société civile comme le Réseau national de lutte anticorruption (REN-LAC).

Il a regretté «profondément que le contenu des rapports des Consultants sensé éclairer le Procureur dans la conduite d’un dossier soit déjà interprété dans le sens de condamner de manière précoce l’Administration minière et les gouvernants».

C’est pourquoi, il estime qu’on «ne peut pas faire l’économie de la science et de la technique pour que toute la lumière éclate dans cette affaire». Ces propos trahissent son rejet du contenu de ce qui a été présenté comme des extraits des rapports des experts.

Le ministre était entouré de ses collaborateurs

En effet, depuis la publication des extraits par des confrères, des voix s’élèvent dans les milieux scientifiques pour exprimer des réserves face au profil des experts, la méthodologie et les outils d’analyse qu’ils ont utilisés. Pour permettre de remettre en cause le travail des experts du Parquet, le ministre des Mines propose de «faire recours à un cabinet d’expertise indépendant ou même d’un arbitre neutre composé d’une équipe pluridisciplinaire comprenant au minimum un métallurgiste spécialisé en chimie minérale et caractérisation des matériaux, un juriste, un expert douanier». Le ministre va plus loin. Ces experts indépendants doivent être de «notoriété reconnue et choisie consensuellement pour garantir toute la transparence requise et mettre fin à toute cette polémique».

A travers ce passage, Idani Oumarou laisse transparaître des doutes sur la notoriété des experts et le caractère non consensuel de leur choix. La suspicion du ministre ne s’arrête pas là: «Les analyses devront se faire dans un laboratoire accrédité et internationalement reconnu». La lecture de ce passage suscité une question: dans quel laboratoire les experts commis par le Parquet ont-ils effectué leur analyse pour aboutir à leurs résultats pour que le ministre exige «un laboratoire accrédité et internationalement reconnu»?

En somme, les propositions du ministre Idani portent sur une expertise indépendante par une équipe pluridisciplinaire d’experts de notoriété reconnue et choisie consensuellement, dont les analyses se feront dans un laboratoire accrédité et internationalement reconnu.

Ces propositions, qui participent à la recherche de la vérité, ne peuvent que rencontrer l’assentiment du Parquet dont l’objectif est de faire la lumière sur cette affaire. Elles ont le mérite de permettre à toutes les parties de se défendre.

Avec cette conférence de presse du ministre des Mines et des Carrières, on se rend compte que cette affaire de charbon fin n’a pas encore livré ses conclusions.

Adoua Kassiro

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *