Accueil » Politique » Afrique: ces Premières dames africaines qui ont un appétit pour le pouvoir

Afrique: ces Premières dames africaines qui ont un appétit pour le pouvoir

C’est une évidence de dire que les Premières dames sont très influentes dans l’appareil d’Etat de leurs pays respectifs. Souvent si elles ne sont pas au cœur a du pouvoir d’État, elles le complètent en lui donnant une dimension féminine et caritative. «Derrière chaque grand homme, il y a une grande dame!» a-t-on coutume de dire. Mais comme l’appétit vient aussi en mangeant, à force de côtoyer ou d’aider leurs époux à gérer le pouvoir d’Etat, elles y prennent goût. Qui à cause de leur tête bien pleine vu leur parcours, qui du fait de leur influence et relations au sein du parti au pouvoir, qui par ambitions personnelles. Destin croisé des Premières dames ambitieuses et amoureuses de la magistrature suprême.

Affiche de la campagne du candidat George Weah avec Jewel Howard Tylor, à Monrovia

Il faut rappeler que dans l’histoire, «La Première dame» est un terme désignant, de manière générale, l’épouse d’un monarque, d’un président de la République ou d’un chef du gouvernement. À l’origine, il concernait uniquement la Première dame des États-Unis (en anglais la «First lady»), laquelle, en tant que conjointe du président américain, assuma très tôt un rang protocolaire précis.

Si, officiellement, leur statut n’est pas une fonction publique officielle, certaines Premières dames ont néanmoins participé à prendre des décisions, à faire campagne pour leur mari, à jouer de leur image pour servir celui-ci, voire pour certaines à mener une vie politique indépendante en parallèle ou après le départ du pouvoir de leur conjoint.

Chaque homme, aussi puissant soit-il, aura toujours besoin de l’appui, du soutien et de l’opinion de sa femme pour prendre des décisions assumées. C’est en cela également qu’une femme peut changer le monde…

Conscientes de leur rôle, certaines Premières dames africaines ont refusé d’être seulement des épouses ou de femmes soumises. Au-delà d’être des femmes d’affaires, elles ont nourri des ambitions pour le pouvoir d’Etat. En voici quelques-unes.

Charles Taylor et Jewel Howard, lors de leur mariage, le 28 janvier 1996 à Gbarnga, au Liberia

G Jewel Howard Taylor, 54 ans. Aux côtés de George Weah, il faudra désormais compter avec l’ex-femme de Charles Taylor, dont le passé trouble ne cesse de refaire surface.

Beaucoup de Libériens s’attendaient à ce qu’elle descende elle-même dans l’arène en se présentant directement comme candidate à la présidentielle. Mais l’ex-Première dame a joué une autre carte. Elle a choisi de devenir le «joyau de la couronne de Weah». En se faisant élire sur un ticket avec l’ancien footballeur, la sénatrice du comté de Bong, le plus peuplé du Liberia, a définitivement démontré qu’elle est une politicienne hors-pair. En effet, en devenant le numéro deux du pouvoir libérien, c’est avec elle qu’il faudra compter dans les prochaines années.

Son patronyme est pourtant loin de faire l’unanimité. Il réveille la mémoire des heures les plus sombres de l’histoire du pays. En effet, Jewel Howard Taylor reste pour beaucoup l’ex-épouse de l’ancien dictateur Charles Taylor, avec lequel elle a été mariée de 1997 à 2006. Après des études aux États-Unis, Jewel Taylor était rentrée au Liberia au milieu des années 90.

Ces dernières années, Jewel Howard Taylor a pris ses distances avec son ex-mari et père de ses deux enfants, tout en reconnaissant ne pas avoir coupé tous les liens.

Mais elle est devenue en vingt ans de carrière l’une des rares femmes dont la voix porte dans le pays et sur laquelle George Weah s’est appuyé pour remporter la présidentielle.

Peu importe ce qu’elle fait pour prendre ses distances, sa proximité avec son ex-mari reste un sujet de discussion, et dans une nation où l’ex-président est encore révéré par beaucoup, sa présence semble avoir été un atout pour Weah. Son parti, le NPP, a accepté de former une coalition avec le Congrès pour le changement démocratique (CDC) de Weah à la condition que Howard Taylor puisse être vice-présidente.

Si elle n’avait pas su construire son propre empire politique, elle n’aurait pas été réélue en 2014, pendant l’épidémie d’Ebola, alors que la plupart des candidats sortants étaient battus. Une visionnaire!

Le président Robert Mugabe et sa femme Grace à Harare

Grace Mugabe, 52 ans. Elle ne cachait plus son ambition de succéder à son mari, le nonagénaire Robert Mugabe. L’armée l’en a empêché.

Longtemps considérée comme une femme frivole intéressée par le seul luxe, la Première dame du Zimbabwe, Grace Mugabe, a révélé sur le tard un appétit insatiable pour le pouvoir qui a fait vaciller son mari, Robert Mugabe.

En 2017, l’ex-secrétaire du chef de l’Etat devenue sa deuxième épouse, ne faisait plus mystère de son ambition de succéder à son mari, à la santé de plus en plus fragile.

Son erreur de trop: demander la tête d’Emmerson Mnangagwa

A la mi-novembre 2017, elle a obtenu de son époux la tête du vice-président Emmerson Mnangagwa, 75 ans, qui était présenté comme son dauphin le plus probable. Déterminée à empêcher l’imprévisible Mme Mugabe de parvenir à ses fins, l’armée n’a pas hésité à intervenir.

Grace est responsable de cette crise parce qu’elle voulait prendre le pouvoir et forcer Mugabe à écarter ceux qui étaient en travers de son chemin. Mais son ambition l’a perdue. Elle n’a réussi qu’à accélérer la chute de son mari.

A 93 ans, Mugabe est presque sénile. Il dort beaucoup et ce qu’il dit n’est que ce que Grace lui souffle. L’armée a alors décidé que c’en était trop. Le coup de force des militaires n’a pas visé le chef de l’Etat mais, selon le mot de leur porte-parole, les «criminels» qui l’entourent. En clair, les fidèles de la Première dame au sein du parti au pouvoir, la Zanu-PF, et du gouvernement, regroupés sous le nom de G40.

Grace Mugabe

Pourtant, pendant longtemps, elle s’est contentée de jouer les Premières dames de luxe. Baptisée «Gucci Grace», «la Première acheteuse» ou encore «Disgrace», elle s’est attirée les critiques pour ses dépenses extravagantes et un goût pour les affaires financières.

Grace Mugabe est entrée avec fracas sur la scène politique en 2014 en prenant la tête de la branche féminine de la Zanu-PF. De sa position, elle a fait une tribune pour défendre publiquement son mari, prenant pour cible tous ceux qui ne se rangeaient pas derrière lui.

Sa première victime fut Joice Mujuru, elle aussi une vice-présidente bien placée dans la course à la succession. Sans détour, la Première dame l’accuse de complot et de corruption et précipite la mise à l’écart de celle qui était pourtant l’une des héroïnes historiques de la guerre de libération.

Forte de la protection de son mari, Grace Mugabe devient très redoutée au sein du régime.

Colérique, elle a assuré ne plus se préoccuper de ce que les autres pensent d’elle. «J’ai la peau dure, ça m’est égal», dit-elle. La Première dame a fait des efforts pour tenter d’adoucir son image. Ses inconditionnels la surnomment «Dr Amai (Docteur Mère)», «l’unificatrice» ou encore «la reine des reines». Mais son appétit de pouvoir est resté intact jusqu’à la chute de son mari. «Elle s’est fait beaucoup d’ennemis et sa décision de s’en prendre à Emmerson Mnangagwa a signé la fin de ses prétentions. Une ignare en politique.

Kosazana Dlamini-Zuma, 67 ans. Après l’UA, Dlamini-Zuma vise le pouvoir sud-africain. Poids lourd historique du Congrès National Africain (ANC), elle entend clairement se lancer dans la course au pouvoir dans la Nation arc-en-ciel lors de la prochaine présidentielle. Pour ce faire, la désormais ex-présidente de l’UA est en train de s’activer pour succéder à son ex-époux. Elle fait d’ailleurs partie des favoris pour succéder à son ex-mari Jacob Zuma, empêtré depuis plusieurs mois dans divers scandales. Il ne fait aucun doute qu’un lobbying souterrain est déjà en place autour de sa personne.

Dlamini-Zuma, l’ex-femme de Zuma

Après avoir occupé plusieurs postes ministériels, dont les Affaires étrangères, dans différents gouvernements sud-africains, son mandat de quatre ans au sommet de l’UA qui s’est achevé en juillet 2017 lui a permis d’acquérir un statut sur la scène internationale.

Et sa candidature n’est pas pour déplaire à Jacob Zuma, qui a conservé de bons rapports avec son ex-épouse et qui pourrait faire face à des poursuites pénales pour des affaires de corruption lorsqu’il quittera son poste.

Cela pourrait le rassurer car il est évident qu’elle ne souhaite pas voir le père de ses enfants en prison.

Mais pour accéder à la magistrature suprême, Nkosazana Dlamini-Zuma devra d’abord convaincre l’ANC, où certaines factions ne cachent pas leur volonté de changement après les deux mandats controversés de Jacob Zuma.

Bien qu’elle soit une femme politique accomplie, les opposants à Zuma pourraient ne pas être ravis qu’une autre Zuma prenne sa place.

Traditionnellement, c’est le président de l’ANC qui devient président de la République après les élections générales. Mais Mme Dlamini-Zuma n’a pas remporté les élections au congrès du parti en fin 2017. C’est plutôt le vice-président sud-africain, Cyril Ramaphosa, qui a été élu, le 18 décembre 2017, à la tête du Congrès national africain (ANC), au terme d’un vote très serré. Cet ancien syndicaliste devenu millionnaire, incarne l’espoir de redressement du parti au pouvoir. Cette nouvelle donne freinera-t-il les ambitions de Dlamini-Zuma aux élections de 2019? Pas vraiment car la politique est imprévisible et les événements pourraient tourner à la faveur d’une candidature féminine.

Winnie et Nelson Mandela

Winnie Mandela. Elle émeut, embarrasse, énerve, suscite des passions, et pourtant Winnie Mandela incarne comme d’autres grands leaders rentrés dans l’histoire douloureuse de son pays, la résistance du peuple noir au diktat, au racisme d’un pouvoir blanc exclusif. Son mari en prison, elle était la voix qui rappelait au monde le nom de Nelson Mandela. Femme de caractère, qui ne laisse personne indifférent, elle pouvait aller loin si les accusations d’infidélité et de complicité de meurtre n’avaient pas terni son image.

Simone Gbagbo

Simone Gbagbo. Il y a également de ces Premières dames dont on se demande dans quelle catégorie les mettre comme Simone Gbagbo. Comme son cher mari, elle a pris goût au pouvoir et certains observateurs de la vie politique de la Côte d’Ivoire étaient allés jusqu’à dire qu’elle co-gouvernait ou gouvernait le pays. Ce qui nous rappelle une Rosine Soglo au temps de Nicéphore Soglo ancien président du bénin.

Adame Bâ Konaré épouse du président Konaré

Adame Bâ Konaré. Si elle n’a pas lorgné le fauteuil présidentiel, Adame Bâ Konaré a, aux côtés de son mari, Alpha Omar Konaré, su jouer son rôle et sans doute aidé celui-ci à quitter le pouvoir en bon démocrate, au moment où la tendance était au tripatouillage des Constitutions.

Chantal Compaoré, Chantal Biya, Lucie Bongo, Viviane Wade. Ces Première dames ont, contrairement aux autres, excellé ou excellent dans des opérations bling-bling à travers des soirées de bienfaisance de leurs associations, ONG, centres, hôpitaux, etc.

Chantal Compaoré

D’autres encore, sans les nommer, ont cautionné les dépenses faramineuses au sommet de l’Etat en s’achetant des résidences de luxe à travers les coins paradisiaques de la planète terre.

Ce destin croisé des Premières dames montre que celles-ci, certaines plus que d’autres, ont contribué à changer l’image de la femme en Afrique. A force de soutenir leurs maris aux moments difficiles ou de partager leur bonheur, elles ont fini par envier le pouvoir. Cet appétit a été aiguisé par les unes et contenu par les autres selon les circonstances et les personnalités. Preuve que le pouvoir est parfois contagieux. Malheureusement, sa transmission n’est pas sexuelle. Il exige d’autres qualités personnelles comme l’engagement, la patience, la persévérance, l’intelligence, le courage, la poigne, etc. Des aptitudes qui ne font pas défaut aux femmes africaines d’aujourd’hui. C’est pourquoi elles ne tarderont pas à diriger bien de pays africains.

Théophile MONE

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *