Accueil » Société » Ainsi donc l’esprit Koglwéogo est en chacun de nous!

Ainsi donc l’esprit Koglwéogo est en chacun de nous!

Les Burkinabè sont-ils partisans de la loi de Talion: «œil pour œil, dent pour dent»? Une chose est certaine, se rendre soi-même justice est un phénomène qui a conquis les esprits des populations burkinabè. Rancune, vengeance sont tenaces au Faso. Que ce soit en famille, dans la société, en politique, l’on a de plus en plus tendance à se rendre coup pour coup. La tolérance est théorique et philosophique. Dans la vie courante l’on a la fâcheuse habitude de prouver aux autres qu’on n’est pas bête. Donc qu’on est malin, que l’on peut faire plus de mal à l’autre pour lui prouver que l’on est rusé. «A malin, malin et demi».

C’est ainsi que l’on est arrivé à ériger la vengeance en valeur, en force et à banaliser certaines pratiques inhumaines comme le lynchage à mort des voleurs. Bien de burkinabè trouvent juste et normal que tout voleur soit le bouc émissaire de la population ou des Koglwéogo, qu’il soit copieusement châtié, puni, même tué pour dissuader ses complices. Sommes-nous vraiment au 21 siècle, dans un pays civilisé et républicain?

En fait, avec le sentiment d’injustice créé par le long règne de Blaise Compaoré couplé à l’incivisme et à la pauvreté, les Burkinabè on fini par croire qu’il faut se protéger en se rendant soi-même justice. Dans cet élan émotionnel et de pure nature, ils ont oublié que la personne humaine est sacrée. Les groupes d’autodéfense appelés Koglwéogo sont la résultante de cette intolérance, poison de notre démocratie et frein à notre développement. Il y a donc urgence à agir.

Des Kolgwéogo
Des Kolgwéogo, des insoumis. Cause: manque de justice sociale. Une raison insuffisante dans une république pour défier l’autorité de l’Etat

Qui est aujourd’hui incivique ou hors-la-loi au Burkina? Sans doute l’autre mais pas moi. Pourtant en chacun de nous habite un justicier prêt à faire le ménage parce qu’il a le sentiment que la justice ne fait pas son travail.

C’est dans ce sens que nous ne devons pas être surpris du phénomène Koglwéogo dans notre société où la justice est loin d’appartenir à tout le monde. Quand la justice ne fait pas son devoir, les populations se mettent debout et la remplace par tous les mécanismes possibles, par instinct de survie.

Pendant des années, les Burkinabè se sont sentis abandonnés à eux-mêmes. Sans moyens financiers et sans bras longs, se confier à la justice était comme un manque d’intelligence puisqu’il s’agissait d’un abonnement à l’échec. Les citoyens ne faisaient plus confiance en leur justice qui les a déçus à tous les coups. Certains sont allés jusqu’à accuser les policiers et magistrats de comploter avec les malfaiteurs, car chaque fois qu’ils sont sollicités pour des cas de vols ou autres, les auteurs se retrouvent en liberté et reprennent leur sale besogne. C’est donc tout simplement par manque de justice au sein de nos Commissariats de police et Tribunaux que les actes inhumains et cruels envers les voleurs ont été promus et les Koglwéogo soutenus dans leurs pratiques ignobles et moyenâgeuses.

Les tortures des kolgwéogo sont inadmicibles dans un Etat de droit. Pourtant, une grande partie de population, déçue par la justice soutien les actes inhumains et cruels envers les voleurs. Ce qui signifie que l'esprit Kolwéogo est en chacun de nous
Les tortures des koglwéogo sont inadmissibles dans un Etat de droit. Pourtant, une grande partie de la population, déçue par la justice, soutien les actes inhumains et cruels envers les voleurs. Ce qui signifie que l’esprit Koglwéogo règne en chacun de nous. Une remise en cause de nos comportements quotidiens s’avère nécessaire.

C’est au nom de la justice sociale que l’esprit Koglwéogo habite immanquablement en nous. D’où l’interpellation de la justice de qui relève ce combat de l’équité et de la rigueur. Elle doit faire respecter les lois non seulement en punissant les malfaiteurs conformément aux textes en vigueur mais aussi en appliquant la loi aussi sur ceux qui s’avisent à torturer, à brûler ou à tuer leur semblable.

Sinon, nous risquons de nous retrouver dans une société où le droit sera remplacé par la sauvagerie et où notre raison sera remplacée par l’instinct bestial. Si ce n’est déjà le cas.

Les Burkinabè sont en quête de justice sociale. mais ils ne doivent pas oublier qu'ils vivent dans une société régie par des lois
Les Burkinabè sont en quête de justice sociale. Mais ils ne doivent pas oublier qu’ils vivent dans une société régie par des lois. Dans ce contexte, se rendre soi-même justice ou s’abonner à l’incivisme de toutes sortes, c’est être hors-la-loi.

Personne n’ose et ne s’avisera de dire qu’un voleur est quelqu’un de bien. Néanmoins nous sommes avant tout des êtres humains vivant dans une société régie par des lois et des règlements. Et, c’est en fonction de ces lois et règlements qu’on doit se comporter vis-à-vis de son prochain. Par ailleurs, la raison est la seule chose qui nous différencie des animaux et rien d’autre. C’est cette raison qui doit aussi nous pousser à agir de manières raisonnables devant certaines situations.

A observer les sévissent administrés aux voleurs par les Koglwéogo la seule question qui taraude l’esprit est de se demander si nous sommes vraiment dans une société humaine, une société civilisée.

Ce n’est nullement pour encourager le vol ou la délinquance dans nos sociétés, mais il est clair que la violence ne saurait être une solution à la violence. Un malfaiteur se sentirait beaucoup plus mal en passant le restant de ses jours dans une prison, privé de sa liberté en méditant sur son sort. Situation qui pourrait l’amener à se «convertir» en cessant de voler.

Le gouvernement à l’impérieuse tâche de mener une action politico-pédagogique de formation aux droits humains à l’endroit des populations
Le gouvernement à l’impérieuse tâche de mener des actions pédagogiques de formation aux droits humains à l’endroit des populations

Aujourd’hui, au-delà de la fermeté de l’autorité vis-à-vis des Koglwéogo, – réclamée à cor et à cri – le gouvernement à l’impérieuse tâche de mener des actions pédagogiques de formation aux droits humains à l’endroit des populations à travers les Mairies. Car le faible niveau d’instruction, les difficultés pour accéder à la justice ou la priorité des populations à subvenir à leurs besoins les plus fondamentaux, en un mot, l’analphabétisme et la pauvreté sont en partie responsables de cette situation qui n’honore pas le Pays des Hommes intègres.

L’éducation aux droits humains est intimement liée à la construction de la citoyenneté, à l’émergence des conditions de développement, à la construction d’une démocratie participative réelle et concrète.

C’est pourquoi la sensibilisation doit être intensifiée à l’endroit de la population contre la justice populaire afin de tuer en chacun de nous l’esprit de vengeance et de révolte sociale, l’esprit Koglwéogo.

Théophile MONE

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *