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«Allah n’est pas obligé»: une histoire terrible qui laisse sans voix du très grand Ahmadou Kourouma!

Le titre est un raccourci de l’affirmation qui rappelle qu’«Allah n’est pas obligé d’être juste dans toutes ses choses ici-bas». Paru en 2000. Le roman a reçu la même année le prix Renaudot ainsi que le Goncourt des lycéens. Il est d’une écriture simple mais puissante, celle d’un enfant, Birahima.

L’auteur Ahmadou Kourouma et son oeuvre Allah n’est pas obligé

Il s’appelle Birahima. Malinké d’une douzaine années de la Côte d’Ivoire. Musulman, il croit en son bienfaiteur Allah.

Birahima est le personnage principal de ce roman et aussi le narrateur. C’est à travers ses mots d’enfant souvent maladroits et grossiers que le lecteur découvre tout de son enfance en famille jusqu’à sa vie d’enfant-soldat ou small-soldier en anglais.

Inutile de s’aventurer dans des détails fastidieux, il s’agit d’un roman condensé et grave qui frôle la stupeur par tant de cruauté racontée. Nous avons tous une idée des guerres tribales qui ont sévi au Libéria et en Sierra-Leone dans les années 90. Et même avec notre imagination la plus folle, nous sommes très loin de la cruelle réalité. «Allah n’est pas obligé» est la phrase que le jeune narrateur répète de nombreuses fois tout au long de son récit.

La couverture de l’œuvre

A la mort de sa mère, Birahima est confié à sa tante Mahan. Lorsque celle-ci disparaît subitement, c’est aux côtés de Yacouba «le bandit boiteux, le multiplicateur des billets de banque, le féticheur musulman» qu’il tente de la retrouver par tous les moyens. En traversant forêt après forêt, pays après pays dans un climat de guerre, il tombera aux mains de différents groupes armés et passera d’enfant-soldat novice à plus que confirmé.

Il est espiègle et insolant ce petit Birahima. Dès le début et pour survivre, parce qu’il n’a pas vraiment le choix, il devient enfant-soldat avec tout ce que cela entraîne: drogue, meurtres, viols…

Tout au long de leur périple, lui et Yacouba tomberont successivement dans les mains de l’armée du NPFL «Le Front National Patriotique du Libéria», de l’armée du ULIMO «Le Mouvement Uni de Libération pour le Libéria», de l’armée du dictateur Prince Johnson au Libéria, et aux mains de la RUF «Front Révolutionnaire Uni» en Sierra Leone sous la présidence Teffi.

Dans «Allah n’est pas obligé», Ahmadou Kourouma fait beaucoup d’allusion à la religion mais aussi aux croyances obscures comme la sorcellerie. Les dictateurs de ces pays ravagés par des massacres et des crimes tiraient leur morale sur des croyances douteuses qui leur donnaient droit de vie et de mort sur tous de manière inhumaine et cruelle. Les enfants-soldats drogués et enrôlés de force sont souvent les plus féroces pendant les luttes armées. Ils vivent dans le néant comme des demi-esclaves et n’ont souvent pas de perspective d’avenir. Les enfants soldats, c’est pour ceux qui n’ont plus rien à foutre sur terre et dans le ciel d’Allah. – Extrait, p.118-119.

L’objectif évident de l’écrivain est de dénoncer les guerres et de faire état de cette violence qui ravage le continent subsaharien et qui mène à la décomposition de ses structures culturelles et traditionnelles, dans un récit mêlant fiction et authenticité.

Auteur de quatre romans, «Le soleil des indépendances», «En attendant le vote des bêtes sauvages», «Monnè, outrage et défis», c’est grâce à «Allah n’est pas obligé» qu’Ahmadou Kourouma sera considéré comme l’un des plus grands auteurs de la littérature africaine.

Théophile MONE

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