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An 4 de l’insurrection: trouver les ressorts pour rebondir et sortir du bourbier

Ce 31 octobre 2018 marque le 4ème anniversaire de la chute du régime de Blaise Compaoré. Le 30 octobre 2014 en effet, les forces vives sont sorties massivement pour empêcher le vote de la loi modifiant l’article 37 de la Constitution qui limite le nombre de mandats présidentiels à deux, soit un mandat de 5 ans renouvelable une seule fois. Le peuple insurgé avait donc pris d’assaut l’Assemblée nationale pour empêcher les députés, qui ont passé la nuit juste à côté à Azalai hôtel Indépendance pour les soustraire à la pression populaire, de commettre cette forfaiture. Ils ont été chassés manu militari de l’hémicycle avant que le feu y soit mis. C’était le début de l’insurrection populaire qui allait se poursuivre les jours suivants et contraindre le président Blaise Compaoré quitter le pouvoir et à prendre la route de l’exile le 31 octobre 2014.

La jeunesse doit à présent comprendre que l’insurrection a permis l’alternance et leur donne les chances de construire l’avenir qu’ils désirent

Mais quatre ans après cette révolte populaire, beaucoup reste à faire pour mettre le pays sur la voie du développement. Les deux acquis majeurs de cette insurrection sont qu’elle a permis de réaliser l’alternance et de ‘’verrouiller’’ l’article 37. Hormis cela, le reste n’est que tableaux sombres.

Lors de cette révolte, de nombreux citoyens ont été tués et beaucoup d’autres portent encore les séquelles de la barbarie répressive de la garde prétorienne de Blaise Compaoré, le Régiment de sécurité présidentielle, le tristement célèbre RSP, né sur les cendres du Centre national d’entrainement commando qui demeure au centre de tous les assassinats commis dans ce pays depuis le 7 novembre 1982. Les familles de ces victimes et les blessés attendent toujours que vérité soit dite et que réparations soient apportées aux lourds sacrifices physiques et préjudices moraux.

L’insurrection a produit des effets indésirables. Le remède a laissé des séquelles qu’il va être difficile de guérir. La délation, la diffamation, l’incivisme, la haine d’autrui, la désobéissance à l’autorité et la défiance de l’Etat, la divulgation des secrets professionnels ou d’Etat et la cupidité se sont ancrés au plus profond du citoyen burkinabè.

Afin que nos morts reposent en paix et qu’ils ne se soient pas sacrifiés en vain, nous devons avoir une conscience aigüe du patriotisme en nous forgeant une âme d’Hommes intègres, des citoyens qui font passer l’intérêt supérieur de la Nation avant tout. Chacun doit faire violence sur soi-même pour opérer ce changement.

Nous devons ravaler l’exigence du retour de celui-là même qui est à l’origine de tout ce gâchis comme préalable à la réconciliation nationale.

La classe politique doit arrêter de vouloir la réconciliation nationale sans la justice et le pardon. Blaise Compaoré a décrété la réconciliation nationale et le pardon au lieu d’y aller franco en reconnaissant les crimes commis.

Les différentes composantes de la société qui ont réalisé l’insurrection doivent cesser de tenter d’usurper sa paternité. Elle appartient au peuple insurgé du Burkina Faso. Un point, un trait, à la ligne.

Essayons chacun d’écouter nos anciens que sont les leaders religieux et coutumiers qui ont donné leur lecture de la situation nationale et donné des orientations pour guider notre action. Il y a des ressorts pour rebondir et nous sortir du bourbier. Nous devons nous donner la main et ouvrir nos cœurs à l’amour du prochain. Mais tout cela ne veut pas dire oublier ce que nous avons vécu.

Les Echos du Faso

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