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Attaques terroristes: après avoir entretenu des «terroristes», le CDP nostalgique du RSP

Le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) a du mal à porter ses habits de parti de l’opposition depuis qu’il a perdu le pouvoir à la suite d’une insurrection (et non un coup d’Etat). Il garde une certaine nostalgie de ses années de pouvoir. L’année 2016 a été émaillée d’attaques contre des positions de l’armée nationale, de la police et des douanes, entraînant des victimes. La dernière date du 16 décembre 2016 où 12 militaires ont perdu la vie. Après chaque attaque, des voix s’élèvent pour dénoncer les défaillances du système sécuritaire comme ce fut le cas du CDP dans son message de début d’année.

Des soldats de l'ex-RSP lors d'une parade militaire
Des soldats de l’ex-RSP lors d’une parade militaire

Pour l’ex-parti au pouvoir, la dissolution du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) a détruit le système de renseignement du Burkina Faso. C’est dire que Blaise avait bâti la sécurité de tout le pays autour de sa personne avec sa garde prétorienne. Peut-on s’enorgueillir d’une telle gouvernance?!

Le CDP va jusqu’à avancer que le RSP était «la seule unité opérationnelle de lutte anti-terroriste, entraînée et aguerrie dont disposait notre armée». Il devrait avoir honte d’un tel héritage! Le CDP invite à réexaminer la question de la réintégration de ses membres dans le service opérationnel de l’armée. Puisque le RSP n’est plus là pour qu’on voie sa capacité à gérer la menace, laissons les contes au chasseur. Ce que l’on sait par contre, c’est qu’en dehors de sa triste renommée de mater les populations et certains frères d’arme et à prendre des autorités en otages, le RSP n’a laissé aucun haut fait en matière de sécurisation du territoire.

En attendant le démenti de l’armée nationale sur le fait que le RSP n’était pas «la seule unité opérationnelle de lutte anti-terroriste», nous constatons que lorsqu’il s’est agi d’envoyer en urgence des militaires burkinabè au Nord Mali en janvier 2013, ce sont 500 militaires, composés essentiellement des éléments du RPC de Dédougou, qui ont composé le bataillon «Badenya». Et le nom du commandant de «Badenya», le colonel Gilles Bationo, est bien connu même du dernier arrivé au RSP.

Nous voudrions rappeler ceci au CDP, nostalgique du RSP, que si le terrorisme a pris une cette ampleur en Afrique de l’Ouest, c’est aussi par la bénédiction de Blaise Compaoré et de son CDP. Les Burkinabè ont en mémoire que c’est le Burkina, sous le règne de Blaise, qui a autorisé la présence des membres des groupes armés à Ouagadougou. De leur base de l’hôtel Laïco et dans les villas de Ouaga 2000, ceux-ci menaient la guerre au Nord Mali. Si Blaise Compaoré ne les avait pas accueillis, nourris, blanchis, la rébellion n’aurait probablement pas pris une telle ampleur. C’est de leur base ouagalaise qu’ils participaient aux négociations avec le même Blaise Compaoré comme médiateur.

Ce sont des soldats bien formés, certes, mais surtout aptes à terroriser les populations qu'ils étaient censés protéger
Ce sont des soldats bien formés, certes, mais surtout aptes à terroriser les populations qu’ils étaient censés protéger

Lorsque la médiation a été retirée des mains de Blaise pour continuer à Alger, ces mêmes personnes organisaient depuis Ouagadougou des conférences de presse pour rejeter les accords. A la faveur de la chute du pouvoir de Blaise en octobre 2014, ils ont quitté le Burkina pour des destinations inconnues. Il va sans dire que des personnes ne peuvent pas digérer la perte de leur base Ouaga et leur parrain Blaise en un seul jour. Les œuvres de déstabilisation dans la sous-région ont contribué à mettre le Burkina dans l’insécurité. N’a-t-il pas été (le Burkina) au-devant de la scène dans les rebellions au Liberia et en Sierra Leone dans les années 90? N’a-t-il pas soutenu la rébellion en Côte d’Ivoire? Le nom du Burkina Faso a été cité dans des coups d’Etat au Niger et dans des tentatives de reversement des ex-présidents en Guinée et au Togo. Toutes ces mauvaises œuvrent ont été menées par des éléments de l’ex-RSP et de son ancêtre le Cnec comme chefs des opérations.

A propos du RSP, le CDP doit se souvenir que sa dissolution est intervenue après qu’il ait organisé un coup d’Etat qui a été déjoué. Avant cela, il n’était pas question de le dissoudre. Les discussions tournaient plutôt autour de la réorientation de ses attributions et le changement de sa dénomination. Une proposition qui avait été faite par le Collège des sages depuis 1999 et reprise dans par la Commission de la réconciliation nationale et des reformes en 2015. Lorsque Blaise est arrivé au pouvoir à la faveur de l’assassinat de son prédécesseur, le RSP n’existait pas. C’est dire que le RSP n’est pas indispensable.

Les membres du RSP auteurs de ce coup d’Etat manqué peuvent s’estimer heureux. Ils auront droit à un procès dans ce Burkina républicain. Sous Blaise Compaoré, certains auteurs de coups d’Etat avérés ou imaginaires ont été exécutés sans passer par un tribunal.

Enfin, Blaise Compaoré a cumulé pendant longtemps le poste de président du Faso et ministre de la Défense sans que cela ne dérange personne. Pourquoi aujourd’hui, le fait que Roch soit ministre de la Défense doit-il déranger quelqu’un?

C’est au nom de la réconciliation nationale que le CDP a été autorisé à exister après sa suspension sous la Transition. Ce parti doit travailler dans le sens de la réconciliation et jouer son rôle de parti de l’opposition au lieu de s’emmurer dans un passé qui ne l’honore pas. S’il ne peut même pas tenir son congrès, il n’a de leçon de démocratie à donner à personne.

Adoua Kassiro

Un commentaire

  1. Eh oui, c’est ainsi. Les bonzes du CDP se trouvent dépourvus de leur bras armé. Du coup, ils se sentent faibles. Ce qu’on demande aux partis c’est de développer notre pays sans la trainer vers des idées belliqueuses qui ont tant endeuillé les Burkinabè. La reconquête du pouvoir ne doit pas se concevoir à n’importe quel prix. Si être qualifié en tant que troupe militaire c’est tuer des compatriotes qui n’ont pas les mêmes idées que leurs patrons, nous n’avons pas besoin de ces élites-là.
    Ne vous étonnez pas de la position du CDP affaibli qui ne connaissait que la force. Encore une fois, souvenez-vous qu’au vote du budget, un de leurs dirigeants trouvait qu’il fallait attendre d’abord la réconciliation. Et pendant ce temps, l’économie du pays s’arrête?

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