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Attention, la fibre régionaliste guette le Burkina

Le phénomène régionaliste prend de l’ampleur au Burkina Faso même s’il ne se traduit pour l’instant que par des faits latents et subtils. Il vaut mieux prévenir que guérir. Pour cela, une sensibilisation devrait être faite sur le sujet, avec la contribution des hommes politiques, des leaders religieux et d’opinion, avant que ce phénomène n’entache gravement l’unité nationale. Il faut absolument éviter que des émotions ne prennent le dessus sur les exigences d’un Etat de droit, que certaines personnes mal intentionnées ne profitent des manifestations partisanes dans certaines régions pour éveiller de fausses consciences endormies. Il faut vite circoncire cette une bombe à retardement dont le Burkina n’en veut pas.

Manifestation de soutien général Djibrill Bassolé le 29 septembre 2017 à Réo
Nathalie Somé. La déclaration des forces vives du Poni sur son arrestation contenait les ingrédients du régionalisme

En mi-septembre, la Coalition des cadres et forces vives du Poni avait fait une déclaration sur l’arrestation de Nathalie Somé. Une sortie médiatique que nous avions qualifiée d’inappropriée et dangereuse. Car cette coalition avait insinué une injustice et un manque d’impartialité dans le traitement du dossier de Nathalie Somé. Elle avait laissé penser que Nathalie Somé était traitée en fonction de son appartenance régionale sinon ethnique. Le contenu tendancieux du pronunciamiento avait créé un tollé et suscité l’indignation de plus d’un burkinabè.

Votre journal en ligne Les Echos du Faso avait dénoncé l’amalgame qui était fait entre le respect des droits d’un citoyen burkinabè face à la justice et le sentiment d’appartenance d’un groupe d’individus à une même région et partageant la même langue.

Une dizaine de jours après ces écris incendiaires, à Réo, (environ 110 km à l’Ouest de Ouagadougou), d’où est originaire Djibrill Bassolé, l’ex-ministre des Affaires étrangères sous Blaise Compaoré, près de 2000 personnes y manifestaient le 29 septembre, pour réclamer sa libération. Raison, les manifestants estimaient que «730 jours de détention sans procès, c’est trop». «Nous sommes venus dire que nous en avons assez et il faudra que le président du Faso, père de la nation, fasse libérer le général Bassolé», avait lancé un chef coutumier, Bassombié Bassolé, représentant les personnes âgées.

Pour mémoire, M. Bassolé a été inculpé de «trahison», atteinte à la sûreté de l’Etat, «complicité d’assassinat, de blessures volontaires», sur la base d’enregistrement d’une supposée conversation téléphonique qu’il aurait eue avec le président de l’Assemblée nationale ivoirienne, Guillaume Soro, dans laquelle celui-ci semble affirmer son soutien au putsch de septembre 2015, dirigé par le général Gilbert Diendéré.

Marche pour la libération du général Gilbert Diendéré à Yako le 18 novembre dernier

Le 18 novembre 2017 à Yako, localité natale de Gilbert Diendéré, ce sont encore de nombreux manifestants qui sont sortis pour demander le jugement ou la libération du général Gilbert Diendéré, auteur déclaré du putsch de septembre 2015.

Des chefs coutumiers et des hommes politiques ont même participé à cette manifestation.

Certes, le ras-le-bol des populations face à la lenteur de la justice doit interpeller les autorités judiciaires de notre pays et aussi le gouvernement. Mais il n’est pas bon que la fibre régionaliste soit exploitée pour exprimer le mécontentement. Car ces personnes ne sont pas les seules à subir les lenteurs toujours décriées de notre système judiciaire. Si cette stratégie de manifestations régionalistes est promue et encouragée, l’esprit grégaire sera de plus en plus fort et le sentiment protectionniste et régionaliste rendra le Burkina ingouvernable.

En attendant, les autorités compétentes devraient tirer toutes les leçons de ces manifestations: le peuple à soif d’une justice impartiale, équitable et juste. En effet, il est probable que la liberté provisoire accordée à Djibrill Bassolé suite à des manifestations de soutien de ses supporters avant d’être placé en résidence surveillée ait influencé la marche en faveur de la libération du général Diendéré.

Ce qui est inquiétant c’est que certains manifestants ne demandent pas l’accélération des dossiers du putsch, ils réclament la libération pure et simple des généraux Bassolé et Diendéré. Ces soutiens aveugles ne sont pas républicains. Nous ne pouvons pas accepter aujourd’hui cette justice expéditive et aux ordres au risque de compromettre les acquis de l’insurrection, obtenus au prix de sang de nos martyrs.

Au moment où le climat sécuritaire est délétère, il est bon d’œuvrer à l’apaisement des cœurs et des esprits par des messages de vérité et de fermeté. Il ne faut pas admettre que des hommes politiques opportunistes exacerbent la fibre identitaire dans l’objectif de fragiliser le bloc national. Nous devons donc tous dire non à l’instrumentalisation politique du régionalisme. Une grave bombe à retardement que nos autorités devraient chercher à désamorcer avec la même détermination que celle déployée pour enrayer les menaces terroristes.

Théophile MONE

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