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Augmentation du prix de la cigarette: pourquoi elle ne dissuadera pas longtemps les fumeurs?

En mi-décembre, le Burkina Faso a adopté un nouveau code général des impôts qui prévoit une hausse de 15% de la taxe sur le tabac, passant de 30% à 45%. Cette augmentation vise, selon le ministre de l’Economie, des Finances et du Développement, Hadizatou Rosine Coulibaly/Sori, «à aligner le Burkina Faso sur les normes communautaires de l’Uemoa». Elle vise aussi «à préserver la santé des populations», a-t-elle ajouté, précisant que la perte annuelle de production liée à la mortalité du fait du tabagisme au Burkina Faso, selon le tableau OMS, est estimée à 55, 8 milliards de francs CFA en 2013. Il n’en fallait pas davantage pour que les revendeurs de cigarettes procèdent à une hausse impromptue du prix des cigarettes. Le bâton, précédemment vendu à 35 F CFA, n’est cédé qu’à 50. Le paquet, quant à lui, est passé par endroits de 650 francs à 800 F CFA. Cette flambée des prix aurait débuté le 31 décembre 2017. Mais pourquoi elle n’est pas vraiment dissuasive?

Depuis le 31 décembre 2017, les revendeurs de cigarettes ont augmenté de manière unilatérale le prix du bâton et du paquet de cigarettes (Photo Koaci). Mais il faudrait des mesures plus fortes et de la sensibilisation pour dissuader les fumeurs

Dans la lutte contre le tabagisme, l’on sait que l’augmentation des prix est efficace chez les personnes appartenant aux milieux défavorisés. Elle fait plus baisser la consommation chez les jeunes qui n’ont pas beaucoup d’argent et chez les personnes dans la précarité. La décision peut donc aider à gagner un bout du combat contre le tabagisme. A condition que l’accroissement du coût et du paquet et du bâton soit suffisant pour impacter ceux qui fument. Dans ce sens, la seule volonté du petit revendeur soucieux de ne pas faire de pertes sèches dans son commerce, ne suffit pas. Il faut des mesures assez coercitives du gouvernement et une sensibilisation accrue des associations anti-tabac.

Selon le ministre de l’Economie, des Finances et du Développement, Hadizatou Rosine Coulibaly/Sori, l’augmentation des taxes sur le tabac vise «à aligner le Burkina Faso sur les normes communautaires de l’Uemoa»

Pour que la consommation du tabac chute vraiment dans notre pays, il faudrait plus de rigueur et de lois fortes vraiment appliquées sur le terrain. Par exemple, interdire la vente de tabac aux mineurs, lutter contre la contrebande et mettre en place un système pour aider les fumeurs à arrêter. De même, tant que la loi ne prendra pas en compte le prix, la prévention dans les écoles, l’interdiction de la pub, la lutte contre la consommation du tabac sera un leurre. Pour les associations antitabac, la Banque mondiale et l’Organisation mondiale de la santé (OMS), «les hausses de prix sont dissuasives lorsqu’elles sont d’au moins 10% du prix réellement payé par le fumeur, tous les deux ans, ou au mieux tous les ans. Parce que l’impact du prix s’atténue au bout de 18 mois.»

Malheureusement, de plus en plus de jeunes fument la cigarette

Ceci étant, les augmentations décidées par les fabricants ou par les revendeurs sont organisées de manière à être sans effet sur la consommation. Et même si les spécialistes et notre société sont convaincus qu’augmenter le prix du tabac aide les fumeurs à diminuer leur consommation ou à arrêter et les adolescents à ne pas commencer, cela est un très mauvais raccourci. Car au-delà des prix, il ne faut jamais oublier l’impact de la prévention faite autour de la santé des populations. La preuve, la plupart de jeunes burkinabè considèrent cette mini-augmentation du prix de la cigarette chez les revendeurs comme un défi à relever. Plutôt que de saisir l’opportunité pour prendre de bonnes décisions, tous les jeunes avec qui nous avons échangé sont prêts à continuer de fumer, advienne que pourra. Ignorance, impuissance ou inconscience, tout laisse penser que les accros aux tabacs ont besoin de beaucoup de sensibilisation et de remèdes de cheval. Sinon comment comprendre qu’une personne normale décide de s’abonner lentement, mais sûrement à la mort?

Théophile MONE

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