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Burkina: quand les désaccords politiques se muent en inimitié

Au Burkina Faso, la politique se résume aujourd’hui à deux positions dangereuses: les uns sont prêts à tout pour conserver le pouvoir et les autres sont prêts à tout pour accéder au pouvoir. Pourtant, le parti au pouvoir comme ceux de l’opposition sont condamnés à vivre paisiblement dans le même espace pour faire face aux défis socio-économiques et sécuritaires du Burkina. Malheureusement, dans le contexte actuel, le dialogue est un leurre. Tout le monde le réclame, mais dans l’hypocrisie. Ainsi, la situation politique du pays se dégrade de jour en jour. Le constat est amer et désolant, car il y a une certaine animosité qui prévaut entre le pouvoir et l’opposition qui peinent à s’entendre dans la manière de conduire notre pays. Les déclarations, les provocations et les accusations en disent long sur les relations quelque peu tumultueuses entre le MPP et le CFOP. Il est temps que nos hommes politiques de tous bords privilégient le dialogue sincère. Car le devoir et l’obligation leur imposent de définir collectivement des règles de conduite à même de garantir le renforcement d’une démocratie évoluée, dynamique, moderne et acceptée par tous.

Aujourd’hui au Burkina, il y a comme une rupture du dialogue, une fracture sociale matérialisée par les confrontations violentes des positions antagonistes

Après l’insurrection populaire d’octobre 2014 et les élections générales tenues dans notre pays en 2015, le Burkina Faso avait commencé à envoyer au reste du monde l’image d’un Etat démocratique et d’un peuple exceptionnel. Trois ans après, le Pays des Hommes intègres commence à décevoir plus d’un observateur. Est-ce la présidentielle de 2020 qui a commencé déjà à obséder les esprits? Ce qui est sûr, que ce soit à l’Assemblée nationale, aux conférences de presse du parti au pouvoir et du Chef de file de l’opposition politique ou lors des assemblées générales des différents partis politiques, les attaques verbales sont de plus en plus véhémentes sinon haineuses. Un jeu dangereux qui peut ternir l’image de notre pays à l’extérieur. Une raison de plus pour rompre avec les «animosités» qui ne nous foint pas grandir. Sur le sujet, les exemples sont légion:

11 mars 2016: Me Bénéwendé Sankara, 1er vice-président de l’Assemblée nationale, qualifie «l’opposition de malhonnête, de menteur et de vouloir gouverner à la place de la majorité».

12 juin 2016: L’opposition politique tire à boulets rouges sur Me Bénéwendé Sankara. «Touché» par ces propos venant d’un ancien Chef de file de l’opposition politique burkinabè, Moussa Zerbo, alors 2ème porte-parole de l’UPC, pense que l’homme a oublié d’où il vient. Ses propos, selon le député Zerbo, seraient acceptables s’ils venaient des députés du MPP mais pas «d’un appendice de la majorité».

8 juin 2018: Me Bénéwendé Sankara, égrène quelques griefs à l’encontre de ses amis d’hier. «Nous avons affaire à une opposition qui pleurniche autour de ses intérêts personnels».

12 juin 2018: L’opposition qualifie les propos tenus par Me Bénéwendé Sankara lors du point de presse de la majorité présidentielle «d’arrogants, de méprisants et de discourtois».

Le 4 septembre 2018: Zéphirin Diabré, dans un discours appelant les Burkinabè à une Journée nationale de protestation contre la gouvernance du MPP et de ses alliés affirme: «Avec le régime de Roch Marc Christian KABORE, les maux que les Burkinabè dénonçaient sont toujours là en pire. De nouveaux problèmes apparaissent, et révèlent l’incompétence de nos dirigeants qui montrent plus d’appétit pour le Burkina des affaires plutôt que pour les affaires du pays. Les terroristes continuent de nous terroriser: depuis janvier 2016, notre pays vit au rythme d’attaques terroristes de plus en plus meurtrières. Débutée au nord, la violence terroriste s’est ensuite déportée à l’est, et s’étend aujourd’hui sur le reste du territoire national, jusqu’au cœur de la capitale. C’est l’échec le plus grave du MPP et de ses alliés.

Bientôt, il y aura un face-à-face des deux économistes. On espère que tout n’est qu’un jeu politique

7 septembre 2018: pour Me Bénéwende Sankara:  » Ceux qui sont truffés dans l’opposition sont des putschistes et des revanchards ».

20 septembre 2018: lors d’une conférence de presse, Achille Tapsoba, dénonce «une incapacité du MPP à gérer le pouvoir d’Etat, prenant pour preuve la détérioration de la situation sécuritaire qui a atteint son paroxysme depuis son avènement au pouvoir».

22 septembre 2018: le Premier ministre Paul Kaba Thiéba, affirme lors de Assemblée générale du MPP: «L’opposition va rester encore dans l’opposition pendant 50 ans».

Certes, les optimistes rétorqueront qu’il ne faut rien exagérer car il ne s’agit que d’un jeu démocratique, avec le pouvoir en face, puis, la majorité et l’opposition. Mais ces attaques verbales influencent notre jeunesse. A titre d’exemple, les enseignants sont de plus en plus victimes d’agressions verbales. C’est dire que le mauvais exemple que donnent les hommes politiques dans leurs discours devient un mouvement de fond qui touche l’ensemble de notre société.

Aujourd’hui, l’on a l’impression qu’au Burkina, il n’est plus possible d’avoir un «débat civilisé» ou une discussion rationnelle. Partout, il y a comme une rupture du dialogue, une fracture sociale matérialisée par les confrontations violentes des positions antagonistes. Des rumeurs tendant à stigmatiser les adversaires politiques font naître des suspicions, renforcées par le discours de propagande distillé par conférences de presses interposées.

La crainte est que la violence et la colère qui sont exprimées par nos hommes politiques n’affectent négativement les relations humaines et sociales des Burkinabè.

Souhaitons seulement que la violence verbale entre hommes politiques reste dans la sphère du jeu politique, juste pour exprimer des désaccords politiques. Tous les responsables politiques sont donc interpellés.

Les Échos du Faso

Un commentaire

  1. Il est effectivement devenu monnaie courante ces discours pleins de poisons envers les uns et les autres. Mais, il faut reconnaître que l’opposition est dans son rôle. On est même tenter de se réjouir vu la qualité des hommes qui forment l’opposition au Burkina. Ce qui est déplorable, c’est l’attitude de maître Sankara. J’ai peur qu’il ne perde sa crédibilité en voulant être plus royaliste que le roi.

    Ces personnes personnes du MPP profitent aujourd’hui de son capital de sympathie qu’il a forgé avec ferveur et abnégation durant des de longues années. C’est à lui de savoir que le Burkina aura besoin de lui pour la construction de la démocratie qui est un chemin très long. Accepter de se salir comme il le fait avec ce gouvernement que tous savons d’où il vient, est purement et simplement une erreur de calcul politique.

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