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Burkina Faso: environ deux millions quatre cent mille personnes infectées par les virus de l’hépatite B et C sans le savoir

L’hépatite est un problème majeur de santé publique dans le monde. Au Burkina Faso, la forme la plus répandue est le virus de l’hépatite B. Cette maladie sournoise dont les symptômes sont rares dans 90% des cas fait ravage au sein de la population. Pour en savoir davantage sur les modes de contamination et les moyens de prévention, nous nous sommes entretenus avec le Dr Sia, hépato gastrologue en service au CMA Paul 6 et à Schiphra.

Dr lydie/Sia Ouattara

Les Échos du Faso (LEF): Qu’est ce que l’hépatite?

Dr Lydie Sia (LS): Le terme hépatite signifie inflammation du foie qui peut être due à diverses causes. Il peut s’agir de l’alcool, des bactéries, parasites, des médicaments. Mais ici la cause la plus fréquente ce sont les virus.

LEF: Combien de types de virus existe-t-il?

Dr LS: Les virus qui sont en cause de l’hépatite sont au nombre de cinq. On a les virus de l’hépatite A, B, C, D et E.

LEF: Quelle est la forme la plus répandue?

Dr  LS: La forme la plus répandue dans notre contexte est le virus de l’hépatite B.

LEF: Comment on le contracte?

Dr LS: Le mode de contamination est fonction du type de virus en cause. On a trois principaux modes de contamination pour l’hépatite B. Il s’agit de la contamination verticale ou materno fœtale qui est le mode de contamination le plus fréquent au Burkina Faso. La plus part des patients qui ont l’hépatite B l’ont eu depuis la naissance. C’est-à-dire qu’une femme enceinte qui est porteuse de l’hépatite B peut contaminer son enfant pendant la grossesse, au moment de l’accouchement ou pendant les premiers mois de vie de l’enfant. Le deuxième mode c’est la contamination sanguine à travers les objets tranchants tels que les lames, les rasoirs, les aiguilles. Tout ce qui peut entrainer une lésion au niveau du corps peut être contaminant parce que le germe se trouve dans le sang. Le troisième mode, c’est la contamination sexuelle, surtout les rapports sexuels non protégés et l’homosexualité.

LEF: Qui sont les plus exposés?

Dr LS: En fonction des modes de contamination, on voit déjà que certains groupes sont exposés. Mais vu déjà la transmission materno-fœtale, tout le monde est exposé à l’hépatite B. Mais il y a des professions qui seront plus exposées telles les travailleuses de sexe en cas de rapports sexuels bon protégés.

LEF: On remarque aussi que certains enfants se nourrissent des restes des gens dans les maquis. Est ce qu’ils sont exposés?

Dr LS: Oui. Mais il faut souligner que la salive en elle-même ne contamine pas comme le pense le commun des mortels. Mais s’il y a des lésions hémorragiques dans la bouche, il va s’en dire que la salive va contenir du sang et c’est dans ce cas qu’il y aura risque de contamination. Mais la salive saine sans lésion hémorragique ne contamine pas.

LEF: Comment se manifeste l’hépatite B?

Dr LS: Il faut dire que dans 90% des cas il n’y a pas de symptômes. C’est d’ailleurs pour cela que la maladie est sournoise et ravage la population. Mais dans 10% des cas on aura des symptômes tels les céphalées, les douleurs abdominales, la fièvre, la fatigue, la jaunisse. Tous ces signes peuvent se retrouver dans n’importe quelle maladie comme le paludisme, ce qui fait que bien souvent on ne sait pas qu’on fait une hépatite. On pense qu’on fait un palu. On traite le palu, les symptômes passent, mais les germes ne passent pas toujours. Ce sont des manifestations qui sont présentes dans de rares cas.

LEF: Peut-on avoir des statistiques?

Dr LS: Il faut savoir que l’hépatite B est un problème majeur de santé publique dans le monde. Les chiffres de l’OMS 2018 estiment à 257 millions de personnes porteuses de l’hépatite B dans le monde. En 2015, 887 000 personnes sont décédées suite à une infection par le virus notamment par le cirrhose de foie et le cancer.

Depuis 2002, le Burkina Faso est classé dans la zone de haute endémicité dans le monde. La haute endémicité constitue les régions où la prévalence est supérieure à 8% en ce qui concerne l’hépatite B. Comme chiffre on dira qu’environ deux millions quatre cent mille personnes sont infectées au Burkina par les virus de l’hépatite B et C sans le savoir. La prévalence au Burkina Faso est estimée à 14,5%. Cela veut dire que sur 100 personnes, environ 14 personnes portent le germe qu’elles le sachent ou non. C’est dire l’ampleur de la situation, si bien que l’OMS a institué une journée mondiale de lutte contre les hépatites virales qui est célébrée chaque 28 juillet dans le monde.

LEF: Quelles peuvent être les complications de l’hépatite B?

Dr LS: Dans son évolution, l’hépatite B peut se compliquer en cirrhose de foie. La complication la plus ultime sera le cancer de foie après une évolution d’environ 20 ans dans l’organisme. Quand le patient est contaminé depuis la naissance, il a de fortes chances de développer un cancer du foie à l’âge adulte. A 30 ans, 40 ans. C’est une infection très sournoise, d’évolution lente, qui peut-être fatale. Tous les patients n’évoluent pas forcément vers le cancer, mais quand on acquiert le germe assez tôt dans l’organisme, on a beaucoup plus de chance de faire un cancer de foie à l’âge adulte.

LEF: Comment prévient-on cette maladie?

Dr  LS: la prévention de l’hépatite B va passer par le dépistage. Il faut dépister tout le monde. Le dépistage va permettre non seulement de diagnostiquer ceux qui sont positifs et de les suivre pour éviter d’évoluer vers les complications. Mais également de vacciner ceux qui sont négatifs. Il y a un vaccin efficace qui existe, mais tant qu’on n’est pas dépisté, on ne peut pas se faire vacciner. Donc la prévention va consister au dépistage et à la vaccination des personnes qui sont saines.

LEF: Est ce que le dépistage est accessible?

Dr LS: Oui, le dépistage est accessible dans quasiment toutes les structures sanitaires. Dernièrement il y a des campagnes de dépistage de plus en plus fréquentes et qui permettent de proposer le dépistage à un prix accessible de 1000  F CFA. Le vaccin a un coût un peu plus élevé qui avoisine 8 000 F CFA la dose. Il faut trois doses qui sont échelonnées sur six mois pour pouvoir avoir une couverture vaccinale complète. Il y a des variations en fonction des structures sanitaires et les pharmacies.

LEF: Le vaccin protège pour combien de temps?

Dr LS: Quand une personne répond bien au vaccin, la couverture vaccinale peut durer 15 à 20 ans. Avant de renouveler il faut toujours voir un agent de santé pour qu’on vérifie l’immunité. Mais le vaccin protège au moins pendant 15 à 20 ans.

LEF: Avez-vous des conseils à donner aux populations?

Dr  LS: interpeller la population sur ce fléau qui est un peu caché actuellement parce qu’on n’en parle pas suffisamment. L’hépatite B a une prévalence de 14,4 % alors que le VIH a une prévalence de 1%. C’est vraiment un problème de santé publique actuellement et vu les complications,  le cirrhose et le cancer du foie, ce n’est pas à négliger. Je veux lancer un appel à la population afin quelle puisse se faire dépister dans toute structure sanitaire. Il faut se faire vacciner au cas où le test est négatif. On dit dans notre jargon, que le vaccin de l’hépatite B est un vaccin anti cancéreux parce-que ça prévient l’hépatite B qui peut aboutir au cancer.

Interview réalisée par Madina Belemvire

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