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Burkina Faso: une politique de prise en charge des victimes d’accidents collectifs est nécessaire

Du 31 octobre 2014 au 15 janvier 2015 le Burkina Faso a vécu des moments très douloureux. Des morts et des blessés graves ont été enregistrés dans le pays. Béatement, tout le peuple burkinabè a légitimement et sincèrement pensé que les blessés et les ayants droits bénéficieraient automatiquement de prise en charge adéquate. Mais plus d’un an après l’on se rend compte que le pays ne dispose pas en fait de véritable politique de prise en charge des victimes d’accidents collectifs. Et pourtant la prise en charge précoce des victimes, entraine leur profond soulagement psychologique, diminue les risques d’évolution vers une pathologie plus sévère et plus chronique et les aider sur le chemin de la réparation psychologique. Une nécessité et une urgence qui nous interpellent tous, sans exception.

Les blessés et familles des victimes de l'insurrection se sont dits satisfaits des échanges
Les blessés et familles des victimes de l’insurrection

Les 30 et 31 octobre 2014, le peuple a opposé une résistance «farouche» à la tentative de tripatouillage de la loi fondamentale du Burkina Faso. Cette résistance «historique» a enregistré l’assassinat de plus d’une trentaine de Burkinabè et blessé des centaines d’autres dont certains garderont des séquelles à vie. Les rapports ont évoqué 28 morts et 625 blessés.

Les martyrs ont été décorés à titre posthume
Les martyrs ont été décorés à titre posthume

Le 16 septembre 2015, le Régiment de sécurité présidentielle (RSP) a perpétré une forfaiture contre notre peuple. Les éléments du RSP ont semé la terreur dans les quartiers de la ville de Ouagadougou en tirant sur les manifestants à mains nues. Bilan: 15 morts, plus de 250 blessés et de nombreux dégâts matériels.

Le 15 janvier 2015. À 19 heures 45,  des hommes armés ont attaqué le bar Taxi Brousse, le restaurant Le Cappuccino et l’hôtel Splendid dans le centre de Ouagadougou la capitale du Burkina Faso. Revendiquée par Al-Quaïda au Maghreb islamique (AQMI) l’attaque terroriste a fait 30 morts et des dizaines de blessés.

Mais que deviennent les différentes victimes? Qu’est ce qui a été fait pour elles? Le bilan de l’an II de l’insurrection nous a révélé que les nombreux blessés et leurs proches de tous ces évènements vivent difficilement du fait des traumatismes subis. Si certains d’entre eux recouvrent au fur et à mesure la santé, d’autres sont toujours confrontés à des problèmes liés aux séquelles, stigmates et autres traces indélébiles des blessures. Les conséquences physiques, psychologiques et morales douloureuses de ces blessures les empêchent de travailler et de mener une vie normale.

Les blessés de l’insurrection se disent « honorés » par cette rencontre qui leur a permis d’exposer leurs préoccupations.
Des blessés de l’insurrection

A l’avenir de telles situations doivent absolument changer. Les victimes d’événements malheureux doivent être prises en charge précocement et convenablement. Ce qui suppose une politique raffinée de prise en charge des victimes. Il est ici surtout question de la gestion psychologique des personnes en détresse. Il ne s’agit pas seulement de soins médicaux de blessures physiques ou de soutien financier. Mais de toute une stratégie à mettre en œuvre pour sauver des femmes et des hommes effondrés et qui ont «perdu le nord» des suites de traumatismes.

Oui, aider les victimes de ces crimes privés ou de violences publiques suppose un travail psychologique pour leur permettre la prise de conscience des sentiments de découragement et de haine qui peuvent les écraser; une prise en charge juridique pour les accompagner dans leur démarche souvent longue et compliquée afin d’obtenir justice et réparation financière, si possible.

L’aide aux victimes n’est pas seulement l’affaire de l’Etat, de quelques générosités individuelles ou d’organisations spécialisées, elle est un problème de société.

Théophile MONE

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