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Burkina Faso: des veuves et orphelins continuent d’être victimes de la spoliation de leurs biens

Le vendredi 16 novembre 2018, l’Association des jeunes pour la promotion des orphelins (AJPO) avec la collaboration du ministère de la Justice a réuni autour d’un panel, les acteurs de la promotion sociale avec les autorités coutumières et religieuses pour échanger sur la problématique des droits successoraux au Burkina Faso.

Bambou Zio, président du conseil d’administration de l’AJPO

Au Burkina Faso, nombreuses sont les veuves qui continuent d’être victimes de la spoliation de ce qui devait leur revenir comme part d’héritage. La femme est mise à l’écart lors du partage des biens du défunt qui se fait souvent sur la base de la tradition ou de la religion. Et ce, malgré les textes en vigueur qui protègent les droits des femmes et des enfants.

Partant de ce constat, l’AJPO qui a toujours fait de la défense des veuves et des orphelins son cheval de bataille a décidé de réunir les acteurs de la promotion sociale avec les autorités coutumières et religieuses pour échanger sur la problématique des droits successoraux qui constituent un phénomène social. Placé sous le thème «Droits successoraux au Burkina Faso: «Regards croisés des bénéficiaires, des prestataires et des autorités administratives», le panel s’est déroulé sous forme de communications suivies d’échanges avec les différents acteurs intervenant dans ce domaine.

Aboubacar Drame, juriste et conseiller en droits humains à la direction générale de la promotion des droits humains au niveau du ministère de la Justice a communiqué sur les droits successoraux au Burkina. Pour lui, il existe des lois qui sont favorables aux femmes et aux enfants et qui imposent à l’État de prendre des mesures au niveau interne pour s’y conformer.

Aboubacar Drame, juriste et conseiller en droits humains à la direction générale de la promotion des droits humains

Il en veut pour preuve des lois qui ont été prises sous le CNT à savoir la loi relative aux violences faites aux femmes et aussi celle relative à la vente d’enfants. “Il faut un travail qui interpellent les associations, les chefs coutumiers et religieux. Également les veuves et les orphelins car il faut que des dispositions soient prises à leur niveau pour se conformer à la législation en vigueur à travers la célébration d’un mariage légal qui est valable pour rentrer comme héritier en succession. Il faut faire aussi la preuve de la filiation comme le cas des enfants nés hors mariage”, a-t-il souligné.

Les participants à la rencontre

Pour sa part, Robert Zouma, conseiller en droits humains au secrétariat permanent du Conseil national pour l’enfance, est intervenu sur les engagements que le Burkina a pris au niveau international et régional pour protéger et promouvoir les droits de la femme et de l’enfant. “Nous sommes également revenus sur l’arsenal juridique au plan interne qui protège les droits de la femme et de l’enfant. Nous avons aussi exposé sur l’état des lieux de la mise en œuvre des droits successoraux au Burkina et les conséquences de la non application des textes sur les éventuels bénéficiaires de l’héritage”.

Robert Zouma, conseiller en droits humains au secrétariat permanent du Conseil national pour l’enfance

Selon ses explications, les textes sont là, mais leur application pose problème. La preuve, avance-t-il, beaucoup de veuves continuent d’être victimes de la spoliation de ce qui devait leur revenir comme part d’héritage. Le sujet est tellement sensible que certains estiment que c’est des problèmes propres à des familles. A ce sujet, il a déploré certaines situations qui peuvent conduire à des violences physiques ou psychologiques à l’égard des victimes. “Nous avons interpellé les acteurs pour qu’à travers la sensibilisation nous puissions minimiser ce genre de cas, a-t-il dit.

Il faut noter que c’est depuis cinq ans que l’AJPO organise des panels pour sensibiliser les différents acteurs sur la nécessité de promouvoir les droits des veuves et des orphelins. “Aujourd’hui, nous pouvons dire que depuis que nous avons commencé, nous avons pu aider une dizaine de femmes à travers les médiations sociales, à rentrer dans leur droit”, a fait remarquer le président du conseil d’administration de l’AJPO, Babou Zio.

Par contre, déploré M. Zio, “il y a des situations litigieuses qui font appel à des procès qui n’ont pas abouti parce que les bénéficiaires reviennent nous dire qu’elles préfèrent retirer leur plainte parce qu’elles sont menacées dans leur famille”.

Madina Belemvire

 

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