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Burkina: la querelle de chapelles des OSC cache-t-elle la main invisible des hommes politiques?

Le printemps arabe fut un appel à des réformes politiques en réaction à des régimes autoritaires, pour plus de justice sociale et la tenue d’élections libres. Il a inspiré des mouvements citoyens tels que Y en a marre au Sénégal, Le Balai citoyen au Burkina Faso ou encore Black Monday (Lundi noir) en Ouganda qui réclament une meilleure gouvernance. Ainsi, l’opposition, incarnée par la société civile, apparaît comme une stratégie efficace vis-à-vis des gouvernements autoritaires. Les organisations de la société civile (OSC) revendiquent également que le pouvoir rende des comptes à ses citoyens. L’influence de la société civile peut être donc source d’opportunités de réformes démocratiques dans de nombreux pays d’Afrique comme le Burkina Faso. Comme le souligne l’Américain Don Eberly, «La santé d’une république dépend de la vitalité de la société civile et des actions menées par le peuple.» A la seule condition que les hommes politiques ne manipulent pas les responsables des OSC ou que les OSC ne se transforment pas en partis politiques.

Au Burkina, si leur contribution à l’éveil des consciences est indéniable, la querelle de chapelles qu’elles mènent ces derniers temps cache-t-elle la main invisible des politiques qui les manipulent? Inquiétudes légitimes.

Les leaders de la nouvelle Coalition Bori Bana
Les leaders de la nouvelle coalition « Bori Bana »

La Coalition «Bori Bana», taxée par ses détracteurs de tous les maux d’Israël a déjà tenu à se défendre le 08 juin dernier: «Bori Bana n’est ni un parti politique, ni une milice ni une organisation de déstabilisation», a précisé les leaders de cette faîtière. Et comme une prémonition, l’un d’eux, Hervé Ouattara, déclarait: «Il y a des gens qu’on paie aujourd’hui pour nous traquer, mais ils vont se fatiguer et ils vont nous rejoindre.»

04 jours plus tard, soit le 12 juin 2017, une nouvelle OSC dénommée «réseau Dignité» voyait le jour pour, dit-elle, assainir le milieu. Même bébé, elle n’a pas été tendre avec certaines organisations de la société civile. Elle a évité de citer des noms mais l’on n’a pas besoin d’être devin pour deviner ses adversaires. Dans tous les cas, le président du «réseau Dignité», Michel Rabo, regrette «l’émergence ces derniers temps, d’une catégorie d’OSC de moralité douteuse, sans dignité, sans éthique, sans intégrité, sans foi ni loi, caractérisées par la rapacité et la voracité et obnubilées par des opérations de rackets d’opérateurs économiques, de chantages divers, des actions de sabotages des institutions républicaines, en un mot, de vrais prédateurs». Il les a même qualifiées de «nombrilistes, mues par des combats intestinaux». Ce qui permet de se poser des questions sur le financement des OSC au Faso.

Le présidium lors de la conférence de presse
Les leaders du réseau « Dignité »

Car pour bien mener leur noble lutte, elles doivent disposer de moyens conséquents. L’argent est le nerf de la guerre. Mais la vérité est que bien d’entre elles ne peuvent pas, pour l’instant, se financer localement. Les frais d’adhésion de leurs membres ne sont pas suffisants. Or, il y a la location des salles et de la logistique, la confection des gadgets, le rafraichissement des participants et le défraiement des médias. Des millions de CFA engagés. D’où proviennent tous ces financements que la multitude d’OSC brassent, même les moins crédibles?

Les OSC «démunies» courent de forts risques de perdre leur indépendance. Qui plus est, les financements internationaux ne sont plus aussi importants qu’ils ne l’étaient (il y a maintenant trop d’OSC). Confrontées donc aux problèmes de financement, les OSC peuvent se faire la guerre de leadership et être à la merci des forces politiques qu’elles ne ménagent souvent pas. Conséquence, des hommes politiques peuvent créer des OSC qu’ils financent afin qu’elles défendent leurs options politiques. Il y a donc un risque partout que les organisations, dont celles du Faso, soient instrumentalisées et utilisées à des fins personnelles ou à des fins politiques. Toute chose qui leur ferait perdre leur légitimité sans oublier la perte de la veille citoyenne, préjudiciable à notre jeune démocratie.

Théophile MONE

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