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Burkina: l’absence du débat contradictoire tue la démocratie

L’opposition, c’est la minorité qui, ne participant pas au pouvoir, entend en contester l’exercice. L’opposition politique est comme la contrepartie dialectique du pouvoir. Selon d’ailleurs la théorie politique, tout régime démocratique implique, la présence de forces d’opposition. L’opposition a justement pour mission de se constituer en contre-pouvoir pour éviter que la majorité, une fois parvenue au pouvoir, n’ait la tentation de mener une politique portant atteinte aux droits et libertés. C’est la raison pour laquelle, dans les pays de grande démocratie, l’opposition a un statut particulier.

Au Burkina, l’on a l’impression de vouloir d’une chose et son contraire: depuis l’insurrection populaire d’octobre 2014 qui a occasionné la chute du régime de Blaise Compaoré, les nouveaux gouvernants du pays et leurs alliés ne semblent pas vouloir d’une opposition critique et dynamique. Ainsi la marche-meeting de l’opposition politique le 29 septembre 2018 n’a pas été vue d’un bon œil. Pendant des jours elle a été dénigrée et combattue sur les réseaux sociaux par une communication pour le moins moyenâgeuse. Avant la marche proprement dite, il y a eu toutes sortes de manœuvres et d’intimidations pour empêcher sa réussite. Pourtant, c’est par la rue et la contestation et au prix du sang que l’alternance au Pays des hommes intègres à été possible. Il faut donc rappeler l’importance de l’opposition dans le régime démocratique. Car sans elle, la dérive autoritaire est une menace permanente. Burkinabè, soyons donc tolérants et vigilants.

Les leaders de l’opposition politique lors de la marche-meeting du 29 septembre 2018

À quoi sert l’opposition? La question peut paraître provocatrice tant il est évident qu’une opposition politique est essentielle en démocratie.

La politique se nourrit du débat d’idées, de la confrontation de points de vue contradictoires. Sans une opposition solide et argumentée, un pouvoir élu démocratiquement peut se raidir dans les certitudes et, au nom de l’efficacité de l’action, être rapidement tenté d’oublier qu’il est en place par la volonté du peuple, et qu’il doit lui rendre des comptes.

Le débat contradictoire permet au pouvoir d’expliquer son action, d’en démontrer la pertinence, de la corriger et donc de l’améliorer. Les pouvoirs autoritaires assurent d’ailleurs leur survie en muselant l’opposition et les médias. De la Turquie au Venezuela, de Pékin à Moscou et dans bien d’autres capitales, il ne fait pas bon être un opposant, ou un journaliste soucieux du débat contradictoire.

Ceux qui pensent que la faiblesse d’une opposition démocratique sert le pouvoir se trompent. Elle ne sert que les extrémistes. Il n’y a pas de vraie démocratie sans une opposition politique forte.

Au Burkina Faso comme partout en Afrique, on a trop souvent tendance à vouloir étouffer l’opposition politique au lieu de voir en elle un signe légitime et tangible que la démocratie se porte bien.

La forte mobilisation témoigne de la vitalité de notre démocratie. Le débat contradictoire est important en démocratie

Que ce soit à travers les partis politiques, les mouvements publics de contestation ou d’autres moyens, une opposition politique dynamique reste l’un des piliers d’une vraie démocratie car elle permet à toutes les voix et toutes les opinions de s’exprimer.

Pourtant au Burkina on considère souvent l’opposition comme une menace qu’il faut écarter. Même ceux qui ont été longtemps opposants ne veulent pas d’autres voix discordantes en face d’eux. Comment peuvent-ils ignorer qu’une vie politique inclusive reposant sur le respect des différences, reste la solution aux nombreuses crises sociales, sécuritaires et politiques auxquelles nous faisons face aujourd’hui? S’il est difficile pour les dirigeants politiques actuels de faire face à de tels mouvements de contestation, ces derniers constituent néanmoins une expression légitime des sentiments du public sur tel ou tel enjeu. Hormis les urnes, c’est souvent le seul moyen dont disposent les électeurs pour s’exprimer et, avec un peu de chance, pour être entendus.

Dans ce sens, l’opposition démocratique sert aussi à préparer l’alternance. Elle doit être à la hauteur de ce défi. Car l’alternance témoigne de la vitalité d’une démocratie pluraliste. Et le débat en est le sel. Finalement, ce qui renforce l’expression de l’opposition politique renforce la démocratie, et ce qui l’affaiblit devrait inquiéter tous les démocrates. Alors Burkinabè, ne soyons pas versatiles, mais logiques. Laissons le pouvoir et l’opposition jouer chacun son rôle. Ainsi va la démocratie.

Théophile MONE

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