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Au Burkina, la rumeur est devenue un ennemi redoutable

Les Burkinabè aiment les commérages, les informations croustillantes, les scandales, les faits divers et les rumeurs. Ils aiment combler leurs problèmes socio-économiques, leur peur du vide, avec des faits fantasmés ou des conjectures. Or la rumeur tue. Parce qu’elle trouve sa source dans la haine, la malveillance, la vengeance, la jalousie ou la rivalité. En cette période de doute, de suspicions, d’interrogations, de méfiance, de suppositions et d’accusations tous azimuts, méfions-nous de cette arme redoutable qu’est la rumeur. Elle est le moyen le plus efficace pour semer le doute et égarer les esprits. Notre jeune démocratie n’en a pas besoin.

Attention, la rumeur tue

La rumeur est un microbe qui se transmet par la voix ou par écrit. Elle grossit comme une éponge. Plus c’est faux, plus c’est vrai. Plus c’est gros et plus ça plaît. Elle pimente les passions. Elle se caractérise par la conspiration ou la contamination. Lancée à des fins de déstabilisation, elle est véhiculée par des messages dont les auteurs savent pertinemment qu’ils sont faux. Cette propagation délibérée de «fausses vérités» a pour but d’affaiblir des adversaires ou d’influencer l’opinion extérieure. Semer le doute sur le caractère d’une personne, jeter l’opprobre sur sa réputation, faire des insinuations douteuses sur ses capacités et intentions, suggérer de lui faire du mal, lancer une polémique, etc. Souvent deux conditions doivent être réunies: que l’auteur de la rumeur demeure indécelable, et que la personne visée présente une zone de fragilité. L’objectif est d’épuiser l’autre conscient de devoir démentir des allégations sous peine de les cautionner par un silence «suspect». Pourtant, salir une personne sans raison est ignoble. Les rumeurs sont néfastes, surtout lorsqu’elles sont mal fondées, érigées de façon à raturer ou à casser la dignité d’une personne. Elles peuvent tuer sans raison, sans coupable et sans prison, sans procès ni procession, sans fusil ni munitions… Aucune immunité ne peut donc être demandée face à de tels comportements qui fleurissent sur les réseaux sociaux.

Reflet d’un mal social burkinabè

En médisant, les Burkinabè expriment leur peur face aux attaques répétées ou aux tentatives de déstabilisation. Ils dévoilent et confessent un profond malaise personnel et collectif. Pour ce faire, certains veulent être le centre de toutes les attentions. Ils veulent se sentir importants. Ils donnent l’impression d’oser dire ce que tout le monde soupçonnait ou pensait tout bas sans jamais prendre le risque d’en parler. Mais ils se montrent lâches en se cachant derrière les réseaux sociaux pour donner des informations erronées et non crédibles.

Et voilà que le clabaudage est un parfait reflet des maux de notre société: les Burkinabè médisent parce que cela les rassure parfois; frustrés et impuissants, ils créent en fait des espaces de liberté pour évacuer leurs affections et traumatismes. Mais les écrits nauséabonds sont une arme de destruction massive qui peut faire éclater la vie de personnes honnêtes pour peu de choses. Ils annihilent les efforts de réconciliation et de paix. La rumeur colportée, peut parfois marquer au fer rouge la personne qui en a été victime. Elle est devenue au Faso notre redoutable ennemi. Halte à l’intox.

Théophile MONE

Un commentaire

  1. Bonne mise ne garde. merci mon frère. Seulement voilà il y en a qui ont le gosier sec et la conscience vide. Ces personnes, combien nombreuses, sont avides des rumeurs, de ce qui peut les gaver, dussent-ils en crever d’overdose.

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