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Burkina: voilà pourquoi il est grand temps de mettre fin au cumul des postes électifs

En politique, il arrive parfois que les hommes et les femmes exercent plusieurs activités en même temps: certains sont à la fois maires et ministres, d’autres députés et maires. C’est le cas d’Albert Bamogo, maire de l’arrondissement 9 de Ouagadougou qui a suppléé Salif Diallo après son décès, à l’Assemblée nationale. Son nouveau statut de député-maire avait fait couler beaucoup d’encre et de salive tant dans la presse qu’au sein de la population. Du fait que le cumul de mandats n’est pas interdit par la loi de façon générale au Burkina Faso, il a fallu se référer aux textes du MPP qui l’interdisent, pour contraindre M. Bamogo à faire un choix. Comme on le voit, le cumul des fonctions ne plaît pas à tout le monde et fait déjà polémique, surtout que dans notre pays, nous avons chassé Blaise Compaoré parce qu’il a voulu instaurer un pouvoir personnel à vie. Les députés devraient donc penser à interdit le cumul des postes par une loi après que le nombre de mandats ait été limité. Notre démocratie en sortirait grandie.

Albert Bamogo: député-maire. Il n’aurait peut-être jamais cédé son poste de député si les textes de son parti ne lui interdisaient pas. Son cas doit faire école

Pourquoi le cumul des mandats pose problème?

D’abord, cette question touche, plus largement, à la déontologie et à la moralisation de la vie politique. Il faut éviter de créer des supers élus qui se croient indispensables. Le long règne de Blaise et ses conséquences sur le comportement de certains hommes politiques devrait nous servir de leçon.

Ensuite, parce qu’un homme ou une femme politique est comme tout le monde: ses journées de travail ne peuvent pas durer 24 heures, et il n’a pas le don d’ubiquité. Objectivement, il est difficile pour un politique cumulard d’être bon à tous ses postes. S’il exerce toutes ses activités en même temps, il risque sans doute de ne pas faire correctement son travail.

Troisièmement, le cumul des mandats est une manière subtile de s’accrocher au pouvoir, de bloquer la promotion d’autres camarades, une porte ouverte à la dérive personnelle. Autant de raisons qui militent en faveur de l’encadrement du cumul des postes électifs dans notre pays. Ainsi, après la limitation du nombre de mandats consécutifs dans le temps, la nouvelle étape devrait être l’interdiction du cumul dans l’espace.

Après le départ justifié de Blaise Compaoré pour tentative de « monarchisation » du pouvoir, il faut éviter que des hommes et femmes politiques, par le jeu des ambitions parfois malhonnêtes et égoïstes, s’accrochent au pouvoir.

L’opportunisme en politique est vieux comme le monde, mais il est évidemment encouragé par la possibilité de cumuler des mandats dans le temps. Quand le cumul s’installe, un certain nombre d’élus fini par croire que seule compte leur réélection, et au diable les idées! Pour eux, la politique est devenue un métier, alors qu’elle ne devrait jamais cesser d’être un engagement.

La jeune démocratie du Burkina a besoin de grandir normalement. Pour cela, il faut éviter que certaines personnes profitent de l’absence de vide juridique pour la prendre en otage. Les parlementaires sont donc vivement interpellés sur la question.

Théophile MONE

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