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Cacophonie sur le retour de Blaise Compaoré: un bluff inutile et ridicule

Excès de zèle, politique politicienne, provocation, tentative d’intimidation des populations et du pouvoir en place, opération de promotion individuelle ou de groupe, manipulations de l’information, les visites faites à Blaise Compaoré se multiplient et sont toujours accompagnées de déclarations tapageuses. Les nostalgiques du régime déchu par l’insurrection populaire tentent régulièrement et par dépit de braquer les projecteurs sur leur ancienne idole ‘’disparue’’, tantôt pour rappeler qu’il se porte bien, tantôt pour dire qu’il pardonne au peuple burkinabè ou encore que celui-ci souhaite revenir au Faso en 2018. Toute une machination organisée pour exploiter son ancienne aura comme fonds de commerce politique. Un bluff inutile et ridicule.

Le président du Rassemblement démocratique populaire, Nana Tibo (à droite) avec l’ex président Blaise Compaoré, le 16 août 2017 à Abidjan

Dommage que des Burkinabè n’aient pas encore compris que Blaise a pris goût de la retraite politique et qu’acculé de toutes parts, il n’aura pas l’outrecuidance et le culot de revenir tester la colère de ceux qu’il a fait souffrir durant 27 ans. L’on oublie vite les dossiers pendants, les crimes de sang et économiques dont est accusé l’ex-président. Oui, le sorcier oublie toujours, mais les victimes pas. Alors, trêve de divertissements. Les Burkinabè ne sont pas rancuniers. Mais ils n’ont pas une mémoire de poule. Ils n’aiment pas ceux qui se plaisent à malaxer leurs couilles pour insulter leur intelligence. Et Blaise Compaoré le sait très bien. Mais si d’aventure le capitaine, le médiateur de tous les dossiers, l’Ivoirien par intérêt, veut se mettre à la disposition de la justice burkinabè, tant mieux.

Un chef isolé est comme un oiseau sans plume. Il se déprime car il perd son domaine de définition. Il est donc normal que Blaise Compaoré, contraint à l’exil, se sente mal à l’aise et ait besoin de réconfort, de soutien moral. A vrai dire, l’ancien homme fort de Ziniaré vit le martyr si l’on imagine, outre sa lutte contre la maladie, le remord des crimes commis et les dossiers qui l’attendent en justice. Mais plutôt que d’avoir pitié de Blaise en détresse, il y a des opportunistes qui exploitent la situation.

L’opportunisme est, en effet, cette attitude qui consiste à agir selon les circonstances du moment afin de les utiliser au mieux de ses intérêts et d’en tirer le meilleur parti, en faisant peu de cas des principes moraux.

Dans le contexte actuel, cet opportunisme se traduit par des visites de courtoisie à Blaise Compaoré à Abidjan avec pour objectif de mettre en exergue des egos. Certains hommes politiques, tombés dans les oubliettes ou en mal de publicité, profitent en effet de toutes les occasions, même d’une photo prise avec l’ex-président, pour faire la Une des journaux et espérer ainsi attirer la sympathie d’une partie de la population. Comment peuvent-ils oublier que les Burkinabè ne sont pas des passéistes patentés? Comment leur faire comprendre que l’opportunisme n’est pas la meilleure des stratégies politiques? Tout simplement en leur rappelant cette citation d’Emile Chartier: «En tout, c’est l’opportunisme qui est vil, et le pire de tout est d’adorer l’opportunisme, et d’en faire une doctrine.»

Dans tous les cas, la rencontre qu’a eue le président du Rassemblement démocratique populaire, Nana Tibo, le 16 août dernier, avec Blaise Compaoré à Abidjan est analysée sous plusieurs angles dont celui de la provocation et de l’opportunisme. M. Nana aurait confié qu’après des échanges avec Blaise, portés essentiellement sur la réconciliation nationale, l’ex-président a émis le souhait de revenir au pays d’ici 2018.

De l’avis de certains Burkinabè, Nana Tibo se chatouille pour rire. Car en voulant peut-être créer la panique au sein de la population, il a oublié que finalement, les Burkinabè seraient pleins de gratitude envers quiconque réussirait à faire revenir Blaise Compaoré au pays. Le scoop s’est donc avéré une mauvaise publicité et pour lui et pour Blaise: du bluff inutile et ridicule. Car beaucoup sont ceux qui voudraient voir l’ex-président intégrer la MACA et être entendu par la justice sur certains dossiers pendants. Alors, on l’attend de pied ferme, et dans les meilleurs délais, au Faso. Ce serait une épine de moins pour la justice.

In fine, par cette sortie tapageuse, Nana Tibo et autres faiseurs d’intoxication comme «Chantal Compaoré aux obsèques de Salifou Diallo», «Blaise Compaoré médiateur de la Cedeao au Togo», ou encore «le médiateur est arrivé à Lomé» auront pu démontrer encore une fois leur capacité à frimer les Burkinabè. Et à force de ses coups d’éclat sans état d’âme, Nana Tibo finira par se faire stigmatiser. Si n’est déjà fait.

Les Echos du Faso

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