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Caisses noires des autorités politiques africaines: souvent légales, mais à usage nébuleux. Faut-il les supprimer?

Fonds politiques, fonds de souveraineté, caisses noires, fonds spéciaux, caisses d’avance…, peu importe l’appellation, l’objectif poursuivi est le même: ce sont des fonds secrets qui permettent de financer parfois des primes de cabinets ou le plus souvent des opérations occultes en vue de l’intérêt national ou institutionnel. Leur base d’attribution et d’usage est souvent légale. Mais leur nature complexe et secrète fait que, pratiquement, leur contrôle se réalise dans des conditions confidentielles et ils ne sont pas soumis aux obligations de comptes rendus. Le problème réside donc dans l’usage nébuleux que les uns et les autres en font.

Caisse noire. Au nom de la gouvernance vertueuse prônée çà et là et du fait que sa gestion reste nébuleuse, la supprimer ferait du bien surtout aux pays africains

De la traque contre Khalifa Sall sur la Caisse d’avance de la Mairie de Dakar à la polémique sur le budget de souveraineté de la présidence ivoirienne, un fâcheux débat public sur les crédits consacrés légalement aux autorités institutionnelles pour le financement d’actions secrètes d’intérêt national, refait surface. Incontestablement, la presse (la Lettre du Continent) comme les autorités sénégalaises posent une fois de plus sur la place publique la question de la mise à la disposition discrétionnaire de Fonds à un homme d’Etat et la question de la pertinence de cet avantage.

L’argent, pour toute personnalité politique, est délicat et toujours sensible. L’aborder, c’est presque accuser. En parler, s’il s’agit de fonds secrets, c’est quasiment s’engouffrer dans le labyrinthe d’un débat complexe.

Dans le contexte africain surtout, aucune différence n’est faite par le citoyen entre fonds politiques, caisses noires et caisses d’avance. La lecture de chacun et de tous est qu’il s’agit d’argent non gagné à la sueur d’un front, mais obtenu comme une attribution illicite pour les uns, et comme un privilège excessif pour les autres. Certes, ces fonds sont légaux. Mais l’usage désinvolte qui en est fait agace et révolte.

Et si, en Afrique où nous traversons continuellement des périodes de vaches maigres au niveau des finances publiques, la loi réglait définitivement l’administration de ces fonds en les encadrant ou en les supprimant tout simplement?

Les fonds secrets répondent au besoin essentiel de l’autorité à disposer librement de ressources financières permettant de protéger l’institution ou de couvrir l’Etat. C’est le principe. Mais ces fonds demeurent spécifiques. Habituellement, tout président de la République, de l’Assemblée nationale, tout ministre des Affaires étrangères ou de l’Intérieur, entre autres, en dispose.

Aujourd’hui la pertinence des fonds de souveraineté se pose avec acuité.

Usage nébuleux

Le train de vie de ceux qui en bénéficient, leurs libéralités désinvoltes avec l’argent, l’entretien de réseaux strictement clientélistes, sont pratiquement leur seule finalité. Ils sont amplement et largement utilisés à des fins de compléments de rémunération de ministres, de membres de cabinet, de financement de partis politiques ou de subtiles et discrètes corruptions.

Parfois, et cela varie d’un pays à un autre, ces fonds entretiennent des lobbies spécifiques, une classe politique ou des camps partisans. Ils servent de moyens de corruption pour faire adhérer ou faire taire par des mallettes ou de lourdes enveloppes d’argent liquide. C’est la raison pour laquelle la corrélation entre la politique et l’argent est congénitale, particulièrement en Afrique.

C’est aussi la raison pour laquelle tous ceux qui accèdent au pouvoir ne se gênent pas souvent de piller systématiquement les finances publiques. Et le génie de vandaliser les caisses publiques sans laisser de trace, ils l’ont. Mais tôt ou tard, surtout avec la montée en puissance des organisations de la société civile et la veille citoyenne, la plupart des pays africains risque d’être secouée par des scandales de fonds qui n’épargneront ni responsables politiques, ni personnalités civiles, ni guides religieux qui seraient complices de pillage de finances publiques. Car comme Abraham Lincoln l’a reconnu, «On peut tromper tout le monde une partie du temps, mais on ne peut tromper tout le monde, tout le temps».

Imiter les bonnes pratiques

Au nom de la gouvernance vertueuse prônée çà et là, nos pays pauvres et endettés ne devront plus continuer de patauger dans cette gestion nébuleuse. A l’image de France, nos dirigeants devraient avoir le courage de régler définitivement l’administration de ces fonds en les encadrant ou en les supprimant tout simplement. Par exemple, l’on ne parle pas de «fonds politiques», mais de «fonds spéciaux», qui sont des crédits consacrés au seul financement d’actions liées à la sécurité extérieure et intérieure de l’État. Ils font, toutefois, l’objet d’un contrôle, même si celui-ci est réalisé dans des conditions confidentielles.

Pour une fois, osons copier une bonne pratique de «Mère France» en adoptant des reformes qui participeraient de la moralisation de la vie politique.

Dans tous les cas, les autorités politiques africaines ont intérêt à faire la  lumière sur ces budgets occultes qui fâchent. En auront-elles le courage nécessaire? Le doute est permis.

Théophile MONE

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