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Cameroun: pourquoi Paul Biya mourra au pouvoir comme Bongo, Eyadema, …?

Le président camerounais Paul Biya, 85 ans, le chef d’Etat le plus âgé d’Afrique, a sollicité le 7 octobre dernier, un 7ème mandat pour une durée de 7 ans, contre 7 concurrents. N’en déplaise à la jeunesse africaine et aux démocrates, le président camerounais va sans doute «rempiler» et rester au palais d’Etoudi de Yaoundé jusqu’à l’âge de 92 ans!

L’on oublie trop souvent que Biya est le candidat à vie du parti RDPC et a décidé de mourir au pouvoir comme Bongo, Eyadema et autres). Être candidat implique donc qu’il a déjà « gagné », qu’il a pris la décision de se reconduire au pouvoir par tous les moyens, c’est-à-dire celui du coup d’Etat électoral et de la répression qui l’accompagne.

Déjà, malgré les irrégularités dénoncées par l’opposition, il y a de quoi être sceptique sur une issue défavorable au président sortant. La preuve, le politologue camerounais Mathias Eric Owona Nguini estime qu’il y a «peu de doutes sur l’issue finale du scrutin, qui est favorable au président sortant Paul Biya». Pour lui, «l’opposition devra réussir à apporter des preuves matérielles et documentaires assez solides pour étayer ses demandes d’annulation. Ce qui n’est pas donné.» Quant au crédit à accorder aux membres du Conseil constitutionnel, tous nommés par Paul Biya, «l’opposition connaissait les règles du jeu à l’avance».

Les choses ne s’annoncent d’ailleurs pas aisées, en témoignent les propos tenus par le directeur général d’Elecam sur une radio locale samedi dernier. Selon Erik Essousse, en effet, lesdits recours «n’ont quasiment aucune chance d’aboutir», sa structure ayant organisé le scrutin « selon les règles de l’art». Autrement dit, Paul Biya ne quittera jamais le pouvoir par les urnes.

Le président Paul Biya votant le 7 octobre dernier

La machine électorale conçue par l’opposition (inscription massive sur les listes électorales) afin de battre Biya dans les urnes s’est bloquée. La faute à une opposition qui n’a pas su resserrer les rangs. Pourtant elle savait que pour les chefs d’État autoritaires comme Paul Biya, rien de mieux qu’une élection démocratique pour asseoir leur légitimité. Qui plus est, les élections présidentielles en Afrique ne débouchent que très rarement sur une alternance. Jacques Chirac, de manière prémonitoire jugeait, au début des années 1990, que «la démocratie est un luxe pour l’Afrique». Beaucoup d’Africains, y compris les intellectuels et politiques s’en étaient offusqués. Vingt huit ans après, la réalité du terrain lui donne raison.

En fait, la chanson on la connaît: le même président, le même clan ou système, trentenaire, voire cinquantenaire, demeure au pouvoir au nom de la paix et de la stabilité. Oui, de plus en plus de pays en Afrique –surtout Centrale-  organisent des élections au suffrage universel pour élire leur président. Mais derrière ce signe encourageant pour la diffusion de la démocratie se cachent des élections qui n’ont de démocratiques que le nom. Intimidation des opposants, médias contrôlés par le pouvoir, électeurs menacés, votes truqués: les régimes autoritaires rivalisent d’inventivité pour s’assurer des résultats électoraux qui asseyent leur légitimité.

« Ne dure pas au pouvoir qui veut mais qui peut ». Cela veut dire que pour envoyer définitivement à la retraite un dinosaure comme Paul Biya, il fallait se doter d’une solide organisation et des moyens à la hauteur des défis. Une stratégie qui a cruellement manqué à l’opposition camerounaise.

Cette présidentielle de 2018 aurait pu être l’occasion de tourner pacifiquement une page et d’ouvrir une nouvelle, celle de la réconciliation des Camerounais et de la renaissance du pays. Mais avec cette victoire comme une lettre à la poste, qui peut encore rêver que le maintien de Biya au pouvoir puisse améliorer la situation du pays ou que c’est au-delà de sa 36ème année de présidence qu’il sera inspiré à produire un miracle? Face au refus du dialogue avec les Anglophones du Nord-Ouest et du Sud-ouest que deviendra le Cameroun dans les années à venir? Difficile de le savoir dans une dictature très enracinée et où les ambitions d’éternisation au pouvoir sont très hautes.

La machine électorale conçue par l’opposition (inscription massive sur les listes électorales) afin de battre Biya dans les urnes s’est bloquée. La faute à une opposition qui n’a pas su resserrer les rangs

Paul Biya donné vainqueur

La victoire de Paul Biya à la présidentielle du 7 octobre dernier serait sans appel. Selon les chiffres de la Commission nationale de recensement des votes, issus du décompte des voix exprimées sur l’ensemble du territoire camerounais et dans la diaspora, le président sortant est donné vainqueur avec 71,28 % des voix, contre 14,23 % pour Maurice Kamto, candidat du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), et 6,28 % pour Cabral Libii, challenger de l’Union nationale pour l’intégration vers la solidarité (Univers).

Ce sont en tout cas les conclusions contenues dans le rapport transmis le 15 octobre par la Commission au Conseil constitutionnel, après trois jours d’examen de l’ensemble des procès-verbaux (PV) collectés à travers le pays.

Dans les états-majors des différents candidats, on s’accorde à dire que la réussite du processus électoral se jouera devant les 13 membres du Conseil constitutionnel, où s’ouvre, aujourd’hui 16 octobre, l’audience d’examen des recours post-électoraux.

Mais sans être prophète ou devin, il sera difficile au Conseil constitutionnel d’accorder du crédit aux différentes irrégularités dénoncées par les deux candidats en lice face à Paul Biya. Le Cameroun n’est tout de même pas le Kenya!

A quand le Cameroun?

Outre le retour à la paix, le développement est le grand enjeu de cette élection. Dans ce pays de 22 millions d’habitants, 8 millions de personnes, soit 37% des Camerounais, vivent en dessous du seuil de pauvreté, c’est-à-dire concrètement avec moins de 1,90 dollar par jour, selon l’ONU.

Malheureusement l’une des forces de Paul Biya réside dans la désunion de ses adversaires. Malgré plusieurs rencontres discrètes entre eux, les ténors de l’opposition ne sont pas parvenus à s’entendre sur une candidature unique. Pourtant, Vu son âge, Paul Biya livre sans doute son dernier combat et se donnera tous les moyens pour le gagner et ainsi mourir au pouvoir comme Bongo, Eyadema, …

Théophile MONE

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