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Cancer du col de l’utérus au Burkina: 250 nouveaux cas détectés par an

Le cancer de l’utérus est le deuxième cancer de la femme burkinabè après celui du sein. C’est une maladie mortelle qui, si elle est détectée à temps, peut être traitée et guérie. Pour en connaître les causes réelles de cette pathologie (la répétition est pédagogique) et les moyens pour l’éviter, nous avons échangé avec le docteur Aboubacar H. Bambara, médecin cancérologue, chef de service de cancérologie du Centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo.

Docteur Aboubacar H Bambara, médecin cancérologue, chef de service de cancérologie du Centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo
Docteur Aboubacar H Bambara, médecin cancérologue, chef de service de cancérologie du Centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo

Les Echos du Faso (LEF): Qu’est-ce que le cancer du col de l’utérus?

Docteur Aboubacar Bambara (Dr AB): Le cancer du col de l’utérus est une maladie grave caractérisée par une multiplication anarchique des cellules épithéliales du col de l’utérus avec possibilité de localisations secondaires ou métastases.

LEF: Comment contracte-t-on le cancer du col de l’utérus?

Dr AB: Le cancer du col de l’utérus est l’un des cancers sexuellement transmissibles parce qu’il est dû dans près de 98% des cas à un virus appelé HPV, le virus papilloma humain. Le plus souvent, entre la période d’infection et l’apparition des premiers signes, il s’écoule une dizaine d’années.

LEF: Quels sont les premiers signes de la manifestation de la maladie?

Dr AB: Malheureusement, en ce qui concerne le cancer du col de l’utérus, il n’y a pas de manifestation clinique au début. C’est au fur et à mesure qu’il avance, que les signes apparaissent. La patiente peut avoir des douleurs pelviennes, des saignements, des douleurs lors des rapports sexuels. Lorsque cela évolue sans qu’il y ait traitement, sans que la patiente n’ait consulté, il s’en suit de l’eau qui sort, qui est différente des urines, ce que nous appelons en terme technique, hydrorrhée. Nous encourageons les gens à venir plus tôt au moment où il n’y a pas de signes parce que le cancer ne signifie pas mort. Lorsque vous êtes à des stades précoces, vous avez la chance de vous en sortir.

LEF: A quel âge doit-on se faire dépister?

Dr AB: Toute femme sexuellement active dès l’âge de 25 ans doit pouvoir faire le dépistage du col de l’utérus. C’est l’occasion de saluer et de féliciter en tant que praticien la mesure gouvernementale qui est en marche depuis près de cinq mois qui vise à ce qu’il y ait la gratuité du dépistage des lésions précancéreuses du col de l’utérus et du cancer de sein. Les précautions à prendre, lorsqu’on a déjà 25 ans, c’est de pouvoir participer aux campagnes de dépistage du cancer du col de l’utérus. Le dépistage, c’est lorsque le patient est encore saint. Il est gratuit actuellement et il suffit de se rendre dans un centre de santé. Lorsque vous n’avez rien et que vous allez simplement vous faire dépister, vous avez des chances de vous en sortir. Mais lorsque vous restez à la maison jusqu’à ce que les signes apparaissent, en fonction de la gravité, on peut avoir des complications.

LEF: Avec ces nouvelles mesures, est-ce que le taux de cancer pourra être revu à la baisse?

Dr AB: Nous pensons qu’avec ces nouvelles mesures, on pourrait mieux maîtriser le cancer dans les années à venir. Le Burkina Faso dispose d’un plan stratégique de lutte contre le cancer (2013-2017) qui a eu des insuffisances. Mais nous pensons que les nouvelles autorités vont revoir ce plan pour mieux agir dans les prochaines années.

LEF: Avez-vous des statistiques dans votre service?

Dr AB: Nous avons aujourd’hui environ 250 nouveaux cas de cancer du col de l’utérus par an et c’est le deuxième cancer chez la femme burkinabè après le cancer du sein. La vision politique sanitaire de notre pays fait que ces deux cancers qui sont les cancers les plus fréquents chez la femme peuvent bénéficier du dépistage, d’où la gratuité des soins. Si les femmes s’approprient cette mesure, elles pourront être mieux protégées, mieux vues à temps, car pour les stades avancés, les patientes sont obligées d’aller à l’extérieur du pays et cela coûte cher.

LEF: Comment se passe la prise en charge de la maladie, du dépistage au traitement?

Dr AB: La prise en charge du cancer du col de l’utérus est multidisciplinaire qui associe plusieurs autres spécialistes. Il y a ceux qui opèrent, les chirurgiens, ceux qui font la chimiothérapie, les oncologues médicaux et ceux qui traitent par des rayons. Malheureusement, en ce qui concerne la prise en charge du cancer en général et du col de l’utérus en particulier, au Burkina il existe un des maillons indispensables qui est absent à savoir la radiothérapie. Vu que les femmes arrivent à des stades un peu avancés et non au stade de légions précancéreuses, nous sommes obligés d’avoir recours à la radiothérapie. Mais nous ne disposons pas de ce moyen de traitement dans notre pays, et les gens sont obligés de passer par tous les moyens pour pouvoir se rendre hors du pays et bénéficier de ces soins. Aujourd’hui, on peut opérer un cancer au Burkina, faire la chimiothérapie au Burkina, mais on ne peut pas faire la radiothérapie qui est le maillon faible de la prise en charge du cancer au Burkina.

LEF: A combien cela peut-il monter en termes de frais pour une malade?

Dr AB: Le coût peut varier de trois millions et demi à cinq millions parce que ces patientes sont obligées de se rendre à l’extérieur pour se faire soigner.

LEF: Avez-vous un cri de cœur à l’endroit des autorités?

Dr AB: Nous voulons attirer l’attention des autorités sur l’urgence de faire aboutir très rapidement le projet de construction et d’équipement d’un centre de cancérologie à Ouagadougou notamment la première phase avec la mise en place de la radiothérapie qui est indispensable. Le cancer du col de l’utérus, lorsqu’il est avancé, on ne doit pas l’opérer, on doit faire la radiothérapie. Mais comme on n’a pas la radiothérapie, doit-on laisser les femmes mourir?

LEF: Quels conseils avez-vous à donner aux patientes pour se préserver du cancer du col de l’utérus?

Dr AB: Nous voulons les inviter à tenir compte de la mesure gouvernementale qui est indispensable et qui va leur apporter beaucoup si elles comprennent la nécessité d’aller se faire consulter avant qu’il n’y ait de signes. Aujourd’hui, toute femme qui a 25 ans doit pouvoir comprendre l’auto examen du sein en ce qui concerne le cancer du sein, mais aussi faire le dépistage du cancer du col de l’utérus. Nous devons aussi avoir une sexualité saine, en portant toujours le préservatif et en ayant un partenaire unique. Soyons fidèles et ayons un bon comportement. Il y a la possibilité aussi de faire la vaccination contre le cancer pour les jeunes filles qui ont entre 9 et 12 ans qui ne sont pas encore sexuellement actives ou encore toute personne à qui on a fait la preuve de la non infection de ce virus appelé le Virus Papilloma Humain (HPV).

Madina Belemviré

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