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Candidature de Roch en 2020: l’annonce ne suffit pas à lui offrir la victoire

L’ancien et nouveau candidat Roch Kaboré

Lors de son entretien télévisé le 24 juin 2018, le président Roch Marc Christian Kaboré a, contre toute attente, annoncé sa candidature aux élections de 2020. Avant lui, le président Blaise Compaoré avait aussi l’habitude, par le biais de son homme de main, Salif Diallo, de se représenter. Mais contrairement à ses prédécesseurs, le président Kaboré est le premier président sortant qui dévoile ses intentions le plus tôt, soit à 2 ans et demi des élections. Même si cette annonce a pour objectif de rassurer les MPPistes, sur le fond, cette précipitation pourrait coûter très cher au président-candidat. A moins qu’il ne prenne la hauteur sur la double difficulté qui se présente à lui: défendre son bilan et avancer de nouvelles idées pour conserver Kosyam.

Un premier mandat en appelle toujours un second. Mais détenir le pouvoir et concourir à son exercice sont deux choses parfaitement distinctes. Et lorsqu’elles se confondent, le président-candidat connaît les difficultés de celui qui doit défendre son bilan mais également attaquer pour prolonger son mandat. Certes, le président et ses proches collaborateurs sont très confiants sur la mise en œuvre du programme qui leur a ouvert les portes de Kosyam. Mais ce serait une grave erreur que de penser que la seule annonce de sa volonté de briguer un second mandat suffira à lui offrir la victoire. Souvent, dans en pareil cas, le seul bilan de la présidence est trompeur et insuffisant. Il n’est pas garant du triomphe.

Il faut forcement d’autres arguments convaincants pour espérer inquiéter les autres concurrents. D’abord, sur son projet de société en rapport avec les défis majeurs à relever après 2020. Sur cette question, il faudra se montrer au niveau du jeu et donner l’image d’un président fort dont la vision et la clairvoyance lui permettront de tenir les rênes du Burkina 5 années de plus. Un sursaut sera nécessaire dans un environnement marqué par l’insécurité, l’incivisme, la grogne sociale, le chômage des jeunes, etc.

Ensuite, il faudrait que le président ne se laisse pas prendre au piège du président-candidat. Cette posture-piège pourrait l’affaiblir.

Dilemme du citoyen-candidat et du président-candidat

En pratique, quand le président se présente comme un «citoyen-candidat» il adopte une stratégie qui efface son image présidentielle, mettant ainsi en avant le candidat. Or, en mettant l’accent sur sa position de candidat, il réduit la stature de président qu’il a été durant les années écoulées.

D’autre part, en défendant son bilan et en proposant la continuité de son action, il fera également perdre de leur impact à ses propositions nouvelles. Certains goulots d’étranglements inattendus pourraient même rendre difficile la défense de l’action passée.

C’est pourquoi, le plus souvent, les présidents sortants attendent le dernier moment avant d’annoncer leur candidature. Au-delà du suspens qu’une telle déclaration suscite, le président a intérêt à affirmer sa position de supériorité. Avoir le dernier mot, c’est exprimer une assurance, c’est se rendre intouchable, c’est dominer.

En déclarant donc à mi-mandat sa candidature, le président Roch donne l’impression de craindre l’émergence d’une candidature au sein du MMP et trouve la nécessité de rassurer ses supporters. Mais en levant le doute sur ses intentions, il dévoile sa faiblesse: celle d’un président affecté par les positionnements au sein de son parti.

Pourtant, il doit être le président au-dessus de la mêlée. Le président de tous qui écoute, mais qui reste imperturbable. Son seul leitmotiv étant de réussir son mandat en cours. Et si l’image du président impartial qui incarne le Burkina s’efface, il ne restera plus, malheureusement, que celle d’un président ambitieux, préoccupé par le naam. Dans ce cas, tout ce qu’il entreprend ou pose comme acte est mal interprété. Qui plus est, les autres candidats potentiels non déclarés ne pourraient plus le voir comme un président neutre, mais comme un candidat qui fait campagne à tout bout de champ. Cela peut les amener à se montrer agressifs pour exister.

Ainsi, le président Roch pourra parler aisément du vote des Burkinabè de l’extérieur, de l’équilibre des institutions, de la cohésion sociale, de la justice, de la nouvelle constitution en cours, etc. sans être taxé de partiel par ses adversaires politiques. En un mot, l’image du président-candidat sera désormais au cœur de la stratégie de l’opposition qui tentera de convaincre le peuple en toute circonstance, que le président agit plus par intérêt personnel qu’au nom de l’intérêt supérieur de la Nation.

Même si le président Kaboré jouit aujourd’hui d’une image plutôt favorable auprès de l’opinion, malgré les nombreux défis qui restent à relever, cette annonce surprise ne lui donne pas l’image du président qui incarne une image de changement, mais de continuité. Cela ne lui accordera pas une grande liberté de parole et de nombreux angles d’attaques au moment opportun.

Une autre image non moins importante que Roch donne à ses concitoyens est que la fonction présidentielle est facile et agréable puisqu’en 2 ans seulement il est déjà prêt à briguer un autre mandat avant même d’être sûr d’avoir satisfait la majorité des Burkinabè, en termes d’attentes!

Comme on le voit, déclarer sa candidature pour être le guide du Burkina ne se pose pas en termes de désir. Il faut être porteur d’espoirs, être virtuellement et potentiellement capable de veiller au fonctionnement régulier des pouvoirs publics et de la continuité de l’État, le garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire, sans cesse menacé…

En définitive, il est question avant tout de talent et non d’envie humaine. Pour l’instant, cultivons avec dévouement notre jardin commun qu’est le Burkina.

Les Échos du Faso

 

2 commentaires

  1. On polémique sur la candidature de Rock, mais si on a bien écouté son propos, cela ne mérite pas tout le bruit. Si je ne me trompe pas, il a dit qu’il allait exécuter son programme et s’il y arrive, il est en droit de se représenter. Laissons le temps couler et on avisera à une année desur prochaines échéances électorales.
    Le reste n’est que politique politicienne et beaucoup doit pas perturber le peuple.

  2. Le président a été claire en disant qu’il a droit à un second mandat puisque la constitution lui permet. aussi c’est en réponse à une question qui lui a été posé. J e crois sincèrement que cette est nul et stérile. il faut faire des analyses beaucoup plus pousser pour contribuer à éduquer et conscientiser les masses.

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