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Castes: ou les formes déguisées de racisme et d’exclusions sociales

Nobles, griots, forgerons, potiers, boisselier, cordonniers, chasseurs, bergers, etc. les castes africaines et particulièrement au Burkina Faso nourrissent de séculaires incompatibilités maritales. Des réalités culturelles qui rendent souvent impossibles de belles histoires d’amour. Même si aujourd’hui ce phénomène a moins d’ampleur et ne se voit plus autant, il reste toujours d’actualité.

Parfois la tradition rend les mariages impossibles

« Que la foudre me grille si je venais à épouser une fille forgeron (Giti ou Zoromé), clame avec dédain un Sawadogo, un ressortissant de Ouahigouya. » Eh oui, nous le pensions révolu et pourtant il demeure toujours ancré profondément dans le subconscient de bien de personnes. Les vieilles traditions ont la peau dure. Ceux qui ont déjà contracté le mariage le savent: le flux de questions provenant des parents, à la présentation du ou de la bien-aimé(e) (son nom de famille, son village d’origine, en un mot sa lignée), n’est pas totalement désintéressé. Le célèbre adage ne dit-il pas «Marie-toi à ta porte et à des gens de ta sorte»?!

En fait, dans une époque antérieure (précoloniale) les sociétés africaines étaient traditionnellement hiérarchisées. De la même façon que chez les peuples occidentaux (plus précisément gaulois et latins) il y avait le tiers-Etat (le bas peuple) les nobles et le clergé, en Afrique il y avait une catégorisation de la population qui offrait à chaque individu une place bien précise. D’ailleurs, cette catégorisation était aussi déterminante de vos fonctions dans la société. Selon les traditions orales, la systématisation du phénomène des castes en Afrique occidentale daterait de la victoire de Soundjata Kéïta sur Soumaoro Kanté, roi de Sosso, au 13ème siècle.

Chez les Mossé, la caste n’existe que dans le Nord, au Yatenga. Dans l’Ouest, elle existe chez les Bobo, les Bwaba, les Toussian, les Sana, … Dans l’extrême Nord, elle sévissait chez les Peuls et les Touareg…

Au Burkina, les castes constituent un sujet de controverse. D’aucuns les voient comme un phénomène dévalorisant, pis, infériorisant. La plupart des jeunes de la ville ne savent souvent pas pourquoi il leur est défendu de se marier ou d’entretenir des relations intimes avec les membres d’un groupe casté. Cet état de fait sème la psychose parce qu’il apparaît comme une forme d’exclusion sociale admise de génération en génération. Heureusement qu’aujourd’hui, tout le monde peut accéder à toutes les professions sans exclusive, s’asseoir à la même table, fréquenter la même école, la même église ou mosquée. Avant, la catégorisation était plus stigmatisante selon que l’on appartenait à un groupe donné. A ce sujet, que les jeunes demandent aux anciens et ils le leur diront.

Tant que le système des castes ne sera pas éradiqué, beaucoup de vie de couples resteront sans lendemain ou brisée

Certes, au 21ème siècle, dans nos villes, ces pratiques se sont estompées, à quelques exceptions près. Cependant, en milieu rural, les traditions sont toujours bien ancrées et persistent. Aussi, la caste résiste au temps et à tous les bouleversements d’ordre économique et social. La preuve, des jeunes filles et garçons scolarisés, aux parents pourtant hauts cadres et intellectuels, sont encore confrontés à ce genre de péripéties. Pourtant, la Constitution du Burkina consacre l’égalité de tous les citoyens devant la loi. Malheureusement, le problème est plus complexe qu’il paraît. Aussi, ignorer la castérisation de la société, c’est prendre un gros risque.

En effet, en Afrique, les mariages sont intimement associés à la communauté et il est de mauvaise augure de convoler en noces sans la bénédiction de sa famille. Certes, certains Africains sont plus nuancés sur la question. Même s’il leur arrive de désapprouver l’union de leur progéniture, ils ne s’y opposent pas catégoriquement. D’autres banalisent le système des castes, estimant que dans la vie, on ne choisit pas toujours qui on aime.

Quoi qu’il en soit, cette hiérarchisation des individus selon leur classe sociale est une forme d’inégalités flagrantes à combattre. Cette vieille et absurde mentalité était une forme déguisée de racisme et d’exclusions sociales. Il n’y a pourtant pas de cimetière pour les forgerons, les griots, les cordonniers,… Les humains, qu’ils soient noirs, jaunes, blancs, descendants d’esclaves, de nobles, de griots, ou de forgerons viennent tous des mêmes êtres, à savoir Adam et Eve. Par conséquent, nous sommes tous semblables aux yeux de Dieu.

Espérons donc qu’un jour cette stigmatisation disparaîtra définitivement de la société burkinabè, car tant qu’elle ne sera pas éradiquée, beaucoup de vies de couples resteront sans lendemain. Que plus jamais, la tradition ne rende les mariages impossibles.

Théophile MONE

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