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CÉLÉBRATION DU 8-MARS OU L’ENVERS DU DÉCOR.

la femme de Lallé loin là-bas à Ipelcé

FEMME,

Que d’éloges à toi échus

Que de charmes à toi reconnus

Que de fleurs à toi offertes

En ce jour à toi dédié.

J’aurais voulu aussi pouvoir t’offrir en cadeau quelques vers en rose aux rimes de lavande.

Ne m’en veux pas si je m’en dérobe car, vois-tu femme, je refuse de m’associer à cette grande comédie socio-politico médiatique aux relents hypnotiques.

Combien seront-ils demain à ne pas te jeter l’anathème après t’avoir couverte de chrysanthèmes?

Tu as publié un joli bouquet de fleurs sur Facebook que tu dédies à toutes les femmes et pendant ce temps tu n’as même pas répondu au bonjour de Madame ce matin.

Tu as parcouru tous les sites à la recherche de la plus belle citation que tu oublieras aussitôt, alors qu’il t’aurait fallu simplement prendre ta bien-aimée dans tes bras et lui dire qu’elle est ce qu’il y’a de plus important pour toi.

Tu as remplacé Madame dans la cuisine, tu es parvenu à préparer quelque chose qui, grâce à Dieu, ne tue pas et c’est toi qui vas après engueuler ta femme pour sa cuisine pour un rien salé.

Tu as même décidé aujourd’hui de sortir prendre l’air avec votre dernier et c’est encore toi qui vas changer de chambre sous prétexte que les cris du bébé ne te permettent pas de récupérer la nuit.

Tu t’es sacrifié jusqu’à offrir à Madame trois pagnes estampillés 8 mars et c’est toujours toi qui vas « escroquer » l’une des trois pièces de pagnes qu’elle viendrait à s’offrir au prix d’énormes privations.

Tu as créé une association au nom des jeunes filles déscolarisées et c’est toi qui aime la chair fraîche grâce à ton pouvoir d’achat.

Tu défends bec et ongle la participation de la femme à la vie politique sur les plateaux télé et pendant ce temps tu menaces de divorcer avec ta femme si elle se présentait à une quelconque élection.

Tu contractes des milliards de prêts au nom des femmes et pendant ce temps, des femmes enceintes, parcourent des kilomètres pour des CPN ( consultations pré-natales), meurent du cancer du sein, de l’utérus ou de la malaria.

Tu évoques l’ascendant numérique des femmes de ton pays pour souscrire à des programmes d’aide dédiés aux femmes et pendant ce temps, elles constituent un bétail électoral à tes yeux.

Tu as un salaire qui frise l’indécence, une voiture de fonction avec chauffeur, un logement avec majordome gratuit, des bons de carburant…et pendant ce temps ma mère au village boit l’eau du marigot.

Tu voyages en business class, tu dors dans des hôtels 5 étoiles aux frais du contribuable et pendant ce temps, la femme de Lallé loin là-bas à Ipelcé, vend des arachides pour envoyer sa fille à l’école.

Tu dénonces avec véhémence les violences faites aux femmes et pendant ce temps, tu fermes les yeux quand une veuve se voit dépossédée de son héritage.

Tu ne dis rien quand une épouse se voit abusivement répudiée.

Tu ne bronches pas quand une vieille femme se voit injustement accusée de sorcellerie et vient grossir les rangs des parias de la société.

C’est pour toutes ces raisons, femme, que je refuse de me réjouir en ce jour de grave introspection. Je te promets, à charge de revanche, de te magnifier en bien d’autres occasions. Puisse le Seigneur m’en donner l’opportunité.

 

Ton fils qui t’aime!

Abdoulahaty Sienou

Un commentaire

  1. Très belle dédicace à la femme. La sobriété n’est jamais compagne de l’hypocrisie. Elle manque rarement la profondeur du dire.
    Votre poésie sait résister à la tentation du superflu dans les mots, comme cette célébration devrait l’être dans la véritable prise de conscience de nous -même. Bravo !
    Bonne suite de réflexion
    ODA

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