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Centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo: 600 chimiothérapies par an selon le docteur Aboubacar Bambara

La chimiothérapie est un traitement utilisé le plus souvent contre le cancer. Au Burkina Faso, force est de constater que de nombreuses personnes ont des appréhensions, ou voient d’un mauvais œil ce traitement. Pour en savoir davantage, nous avons rencontré le docteur Bambara H Aboubacar, médecin cancérologue, chef de service de cancérologie du Centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo.

Dr Aboubacar Bambara
Dr Bambara Aboubacar

Les Echos du Faso (LEF): Qu’est- ce que la chimiothérapie?

Dr Bambara Aboubacar (Dr AB):La chimiothérapie est l’utilisation des antimitotiques, des médicaments pour lutter contre le cancer. Tout dépend de son indication. Elle peut être utilisée par plusieurs voies, à savoir la voie orale et la voie injectable… Il faut dire que l’un des gros problèmes de la chimiothérapie c’est le coût et l’accessibilité des médicaments.

LEF: Dans quel cas doit-on recourir à la chimiothérapie?

Dr AB: C’est en fonction du stade, de l’organe et du type histologique. Par exemple pour le cancer du sein, si la boule est très volumineuse, on va d’abord recourir à la chimiothérapie pour réduire la taille de cette boule et permettre l’intervention. Pour le cancer du col de l’utérus, la chimiothérapie n’est pas la première indiquée. Il faut opérer d’abord le col et faire la radiothérapie après. Mais comme les gens tournent, ils ne viennent pas au début, le diagnostic se fait tard, on est obligé de recourir à la chimio pour sauver le patient afin d’éviter que la tumeur ne se propage  dans d’autres organes.

LEF: Quelles sont les maladies qui nécessitent la chimiothérapie?

Dr AB: La chimiothérapie peut être utilisée dans la plupart des cas, pour le cancer. Tout dépend des indications. Il faut qu’on soit sûr que le cancer est à un stade avancé avant de commencer la chimiothérapie dans certains cas et dans d’autre, elle peut être à visée réductrice avant un traitement par la chirurgie.

LEF: Quels sont les avantages et les inconvénients de la chimiothérapie?

Dr AB: La chimiothérapie vous donne l’avantage d’avoir une guérison si vous n’avez pas de métastase. Si vous suivez les indications de votre médecin, vous avez toutes les chances de vous en sortir. Mais si vous restez aux «ont dit» ou si vous ne voulez pas, cela pose problème. Nous espérons qu’avec la construction du futur Centre de cancérologie de Ouagadougou, nos conditions d’exercice et d’administration de la chimiothérapie pourront s’avérer meilleures dans notre intérêt et surtout dans celui des patients.

Les inconvénients que nous avons avec nos patients, c’est que beaucoup de patients disparaissent dès qu’on leur dit qu’ils doivent faire la chimiothérapie. C’est vrai qu’il y a des effets secondaires tels la nausée, les vomissements, l’amaigrissement, la perte de cheveux, le manque d’appétit, souvent l’anémie, le noircissement des paumes des mains…. Mais il existe des médicaments contre tous ces effets secondaires. Souvent les patients n’ont pas cette information où ont été traités par des gens qui n’avaient pas la compétence. La mauvaise information sur la chimiothérapie fait que nous avons des difficultés aujourd’hui car il y a des patients qui ne veulent même pas commencer où qui commencent et qui abandonnent. Il faut dédramatiser la chimiothérapie. C’est un traitement comme tout autre. Malheureusement il y a des gens qui ne la maitrisent pas mais qui la font quand même, ce qui fait qu’il y a des patients qui ont des effets secondaires et cela rejaillit sur tout le monde. Il faut que les patients se rassurent d’abord que la personne qui doit la faire a la compétence.

LEF: Est-ce qu’elle peut s’appliquer à toutes les personnes?

Dr AB: Oui, mais il y a des critères d’administration notamment, l’état général du patient. Il faut s’assurer que le patient  peut marcher seul, qu’il est cohérent et n’a pas de troubles d’orientations dans l’espace et le temps. Il y a aussi le fait qu’on administre sur la base du poids et de la taille du patient pour pouvoir calculer la surface corporelle et vérifier la dose adaptée par rapport à ce patient.

LEF: La chimiothérapie est-elle disponible et accessible à toutes les personnes?

Dr AB: La chimiothérapie existe bel et bien au Burkina, mais la disponibilité et l’accessibilité des médicaments anticancéreux posent problème. Nos médicaments coûtent excessivement chers. Nous n’avons pas une assurance  maladie aujourd’hui fonctionnelle pour tout le monde, donc c’est des ruptures de traitement. Lorsque vous prenez l’exemple du cancer du sein, il faut un traitement régulier tous les 21 jours. Et le minimum que l’on puisse dépenser c’est de 100 000 à 300 000 F CFA toutes les trois semaines et il faut le faire pendant six mois si tous les examens se passent bien. Si nous faisons le point, au minimum nous sommes à un million 800 000 F CFA qu’il faut dépenser. Mais si à un moment donné on se rend compte que le traitement n’est pas efficace, on change de traitement, de molécule, de protocole. Compte tenu du revenu moyen de nos populations, il est assez difficile de se traiter correctement. C’est encore au-dessus des moyens des populations. Il faudrait que l’assurance maladie universelle dont on a tant parlé puisse voir le jour pour aider dans la prise en charge des patients atteints du cancer.

LEF: Quelles sont les difficultés que vous rencontrez avec vos patients?

Dr AB: La grosse difficulté que nous avons avec nos patients, c’est le respect des rendez-vous. Les patients ont souvent l’impression que c’est parce que le médecin est méchant qu’il lui dit de venir dans trois semaines alors que ça coûte cher. Au bout de deux séances, dès que certains patients se sentent mieux, ils ne viennent plus aux autres séances. Cela rend difficile nos conditions d’exercice, parce que nous sommes souvent incompris. D’abord il y a la maladie qui fait peur, deuxièmement parce que les patients n’ont pas trop les moyens. Une autre considération c’est que les gens se disent que c’est la famille, le voisin, le collègue qui sont responsables de leur état.

LEF: Quelles sont les statistiques nationales relatives à l’utilisation de la chimiothérapie dont vous disposez?

Dr AB: Au CHU-YO, nous avons au minimum quatre chimiothérapies par jour, du lundi à vendredi, soit vingt chimio par semaine, et 60 séances par mois au sein de notre unité d’oncologie. En gros par an, nous avons 600 chimiothérapies.

LEF: Quel message avez-vous à l’endroit des autorités?

Dr AB: Nous pensons que le gouvernement doit à l’instar de la gratuité des soins pour le VIH, faire quelque chose pour faciliter l’accessibilité et la disponibilité des médicaments anticancéreux. Il n’est pas normal que des patients continuent de souffrir encore pour avoir ces médicaments. Quand bien même certains ont les moyens de l’acheter, la disponibilité et l’accessibilité posent toujours problème.

LEF: Avez-vous des conseils à donner aux patients?

Dr AB: Nous demandons aux patients de nous faire confiance. Nous savons que c’est dur, nous savons que la maladie fait peur, mais nous n’avons pas le choix si nous voulons avoir des résultats. Nous leur demandons de venir régulièrement aux séances, soit toutes les trois semaines, soit tous les quatorze jours car il y va de leur intérêt. Si en occident ça marche, c’est parce qu’il y a une discipline pour respecter des intervalles de rendez-vous et les médicaments à payer. Il faut un plaidoyer fort avec les associations de lutte contre le cancer et avec les personnes vivantes avec le cancer pour que l’Etat puisse faire quelque chose pour 2017 afin que la chimiothérapie au Burkina ne soit plus un luxe, et qu’il ait des locaux plus adaptés pour mieux assurer notre mission.

Madina Belemviré

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