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Ces richards sortis d’on ne sait où!

Sans être parmi ceux qui comptent en Afrique, le Burkina a aussi produit ses richards. Jadis, il suffisait d’être millionnaire comme les Waog-gnandé pour être classé parmi eux. Feu Laadji Kanazoé a placé la barre plus haut, avec ses milliards amassés dans les BTP et les aménagements hydro-agricoles, après avoir été colporteur. Vint une autre race qui a constitué ses trésors dans l’import-import, la spéculation immobilière et la fraude. Au moins, on savait de quoi chacun avait bâti sa fortune, si on peut appeler ainsi quelqu’un qui est à l’abri du besoin. Car, en réalité, tout ce beau monde avait ajouté 1 franc aux francs pendant longtemps et pataugeait dans l’informel, sans une gestion digne de ce nom.

Feu el hadj Oumarou Kanazoé, le tisserand devenu milliardaire
Feu el hadj Oumarou Kanazoé, le tisserand devenu milliardaire

De nos jours, les données ont changé. Un jeune, à peine sorti des jupons de sa maman, peut brasser des millions comme pas possible. Des milliardaires poussent de terre sans qu’on ne sache de quelle graine ils ont germé et quelle pluie a arrosé cette graine. La richesse subite est là en même temps que le nom.

Le Burkina est un pays de savane où tout le monde se connaît. On connaît aussi ceux qui ont hérité de leurs géniteurs et qui ont simplement amélioré la gestion pour être au niveau où ils sont aujourd’hui. On connaît ceux que le système Compaoré a enfin secrétés. Mais dans la brousse des bonnes gens ‘’feuillues’’, il y a des richesses si suspectes qu’elles rassemblement à du blanchiment. Plus ‘’blanchisseurs’’ qu’eux, tu meurs!

Le député Laurent Bado avait fait une proposition d’une loi sur le délit d’apparence. Justifier son patrimoine au regard de ses revenus. Personne n’en veut car presque tous les fonctionnaires et travailleurs vont aller en prison; personne ne serait capable de justifier ses richesses. Du premier responsable au technicien de surface, chaque ‘’chèvre broute’’ là où elle est attachée parce que ce n’est pas le champ de son propriétaire. Chacun améliore son quotidien avec les revenus de la corruption, de l’incivisme fiscal, de la fraude, du racket et des surfacturations.

Tout le monde vogue au-dessus de ses moyens réels et pousse des poignées d’amour. On ne peut pas développer un pays avec ces principes établis en règles. Les marchés publics sont des cavernes d’Ali Baba. Tout le monde ‘’mange dedans’’. Du maître d’ouvrage à l’entrepreneur, en passant par le maître d’œuvre (contrôle), le ‘’gâteau’’ doit être partagé. C’est la condition pour en gagner.

Le problème, c’est que c’est la loi du moins-disant qui est en vigueur; ça veut dire qu’en principe, l’enveloppe doit servir à réaliser les infrastructures et à laisser une petite marge pour l’entrepreneur. Mais si l’on doit récompenser tous les maillons de la chaîne, comment peut-on réaliser des infrastructures de bonne qualité?! Voilà pourquoi, avant même la réception des ouvrages, beaucoup présentent des signes avancés de dégradation. Des bâtiments n’ont pas pu résister à une simple rosée!

Devons-nous aller à l’école de nos cousins ivoiriens? De toute façon, nous copions tout d’eux! Là-bas, dit-on, le devis réel est maintenu mais les maîtres d’ouvrages demandent d’ajouter une marge qui leur revient de fait. Ça a l’avantage de faire réaliser des infrastructures de qualité, même si le coût est relevé par la surfacturation. De cette façon, les entreprises seraient plus viables, pourraient payer des salaires aux travailleurs et honorer leurs impôts, si tant est qu’on ne peut pas assainir le domaine.

Les Echos du Faso

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