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Cinquante-sept ans d’indépendance du Burkina Faso: le sens d’un anniversaire

Ce jour 11 décembre 2017, le Burkina Faso célèbre le 57ème anniversaire de son accession à l’indépendance. Dans l’imagerie populaire, un anniversaire est un moment symbolique de commémoration qui peut être festif ou triste selon qu’il rappelle un événement heureux ou malheureux. Il est souvent réduit à un simple moment de fête sans plus. Il joue en ce sens un rôle folklorique qui, sur le plan politique, peut vite se muer en mythe galvanisant des symboles du pouvoir. Pourtant, cet anniversaire devrait être pour nous la reconnaissance de nous-mêmes, un moment de réflexion pour fonder un futur plus prospère.

Mais il ne doit pas être seulement que fête. Il  devrait nous pousser à des réflexions profondes pour un meilleur développement, seul moyen de nous affranchir du Colon
Le 11-Décembre doit être légitimement célébré dans l’allégresse car il nous rappelle notre accession à l’indépendance

L’indépendance est une aspiration légitime de tout être humain ou de tout peuple, une expression de liberté et de responsabilité. Aussi, comme les autres peuples colonisés de l’Afrique, elle était capitale pour nos ancêtres les Voltaïques qui l’ont réclamée, rêvée et obtenue en 1960. Mais la désillusion fut grande car, sans ressources matérielles, financières et humaines nécessaires pour booster son développement, l’indépendance de la Haute-Volta, aujourd’hui Burkina Faso, ne pouvait qu’être que fictive et irréelle. Surtout que le colon avait réussi à coloniser nos esprits et à nous faire divorcer d’avec nos valeurs et notre culture. Devenus hybrides, nous n’avions plus de repères salutaires, nous étions déracinés, voués et dévoués à la cause du colonisateur.

Malheureusement, certains de nos responsables politiques avaient aussi, par le biais de la Françafrique, instauré un système de pillage de nos ressources financières, naturelles, matérielles et humaines tout en mettant au pas les populations sur le plan politique, social, économique et culturel.

La résistance par l’éveil des consciences, le travail et la lutte contre l’impérialisme, nous a aidés à arracher des victoires qui font aujourd’hui notre fierté.

Le président Roch Marc Christian Kaboré encourageant les producteurs

Pour continuer à engranger des victoires précieuses nous devrions nous départir de l’afro pessimisme en évitant, 57 ans après notre indépendance, non seulement de continuer à énumérer les plaies de notre pays, mais surtout, de rendre entièrement les autres, responsables de nos malheurs.

Avant toute chose, nous devons nous reconnaître nous-mêmes, avec nos forces et nos faiblesses. La reconnaissance de soi est en effet un besoin vital. Comment préparer sereinement notre avenir si nous ne sortons pas du désarroi identitaire? Nos lamentations sur notre sort ne nous mèneront nulle part. Nous devons au contraire nous armer de courage et reconnaître que certains problèmes de notre pays nous sont plus imputables qu’aux autres.

Le sous-développement du Burkina Faso est un problème complexe dont les causes sont à la fois extérieures et intérieures au pays, d’ordre à la fois sociopolitique, économique, technique.

Il est donc important de reconnaître et d’encourager ceux qui se battent pour le mieux-être des Burkinabè. Ici la Nation reconnaissante à 940 de ses fils

La célébration de tant d’années d’indépendance devrait donc nous pousser à une profonde introspection sur les goulots d’étranglement de notre développement.

De notre avis, il s’agit d’abord de décoloniser les consciences des populations dans le secret espoir d’une meilleure reconnaissance des réalités burkinabè, et, in fine, de fonder un futur plus prospère.

Ensuite s’impose la promotion et la sauvegarde de notre patrimoine culturel ainsi que de nos valeurs intrinsèques.

Plutôt qu’un bilan à faire dont l’heure n’a pas sonné, il s’agit en fait de nous convaincre que tout est encore à construire. D’où la nécessité de renaître, de nous réorganiser pour rétablir un nouveau lien avec les autres. Seule en effet, l’interdépendance est à même de créer des partenaires véritables, d’instaurer l’équité, le vivre-ensemble dans la diversité.

Le défi qui s’impose à nous en ce 57ème anniversaire est non la régression obsessionnelle vers un modèle ancestral idyllique, mais la réussite, autant que faire se peut, d’une synthèse intelligente entre ce qui a constitué nos valeurs dans un passé trop tôt éclipsé par la domination étrangère, et l’expérience multiforme des autres civilisations avec lesquelles nous devons apprendre à construire un monde de liberté dans la coresponsabilité.

Comme on le voit, ce nouveau rêve ne se fera qu’en évitant les pièges du développement par mimétisme, assistance-perfusion d’une part, et du développement par repli sur soi d’autre part.

Le défi peut sembler difficile à relever, mais il est incontournable puisque vital. Ne dit-on pas que découragement n’est pas burkinabè? Alors, au-delà des aspects festifs, au travail.

Les Echos du Faso

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