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Condamnation de Naïm Touré par le TGIO: faut-il parler d’atteinte à la liberté d’expression?

Poursuivi depuis le 30 janvier 2017 par Antoine Zong-Naba, conseiller juridique du président de l’Assemblée nationale, le Tribunal de grande instance de Ouagadougou vient de condamner le web-activiste Naïm Touré pour injures publiques.

Le Sieur Naïm Touré
Le Sieur Naïm Touré

«Diffamation et injures publiques»; c’est ce que reprochait justement Antoine Zong-Naba au web-activiste, Naïm Touré, pour, dit-il, l’avoir traité, entre autres, de «larbin», «mounafica» et de «bandecon» en réaction à l’un de ses post sur le réseau social Facebook.

Naïm Touré a été condamné à une peine d’amende ferme de 300 000 F CFA, à 1 franc symbolique à titre de dommages et intérêts et d’une amende de 300 000 à titre des frais exposés non compris dans les dépens. Condamné donc aux dépens, mais relaxé pour les faits de diffamations, ce verdict rappelle tout de même que les messages injurieux, outrageants, insultants et vexatoires, bref, les agressions sur les réseaux sociaux, ne tombent pas dans un puits d’impunité. Il y a une différence entre liberté d’expression et insultes délibérées. La liberté d’expression est une responsabilité qui interpelle tout un chacun, y compris d’ailleurs les commentateurs/contributeurs qui se plaisent à approuver publiquement certains messages sur les réseaux sociaux sans en mesurer la portée. Ils pourraient risquer eux aussi des sanctions. Car, pour les juristes, «les approbations» et  surtout les «partages»  contribuent au préjudice de celui qui a été diffamé.

Selon le procureur du Faso, «contrairement à ce que les uns et les autres pensent, étant dans un Etat de droit, les libertés des un uns devraient prendre fin là où commence celle des autres»
Selon le procureur du Faso, «contrairement à ce que les uns et les autres pensent, étant dans un Etat de droit, les libertés des uns devraient prendre fin là où commencent celles des autres»

Rappel des faits

Dans un post, Antoine Zong-Naba, conseiller du président de l’Assemblée nationale burkinabè, affirmait que ce dernier avait «offert gracieusement» du matériel biomédical d’une valeur de 700 millions de F CFA au Centre hospitalier universitaire Souro Sanou de Bobo-Dioulasso.

Interrogé sur les faits à lui reprochés, le 13 février dernier, lors de sa comparution au Tribunal de grande instance de Ouagadougou, Naïm Touré a indiqué que sa réaction était liée à la nature du post en question.

Après avoir vu le post, a-t-il déclaré, il a mené sa «petite enquête» et s’est rendu compte que le don en question n’était pas le fait du président de l’Assemblée nationale comme le stipulait le post de M. Antoine, mais d’une Association suisse. C’est ainsi qu’en voulant contester les affirmations de Zong-Naba, Touré est allé jusqu’à utiliser des mots que lui-même reconnaît «forts». Pourtant, il pouvait dire sa vérité en restant «cool» et mesuré avec des expressions qui siéent! Mais il a dû se laisser emporter par un excès de zèle sur son «mur Facebook».

Pourtant, il ne faut pas confondre la frontière entre l’«espace privé», protégé du joug judiciaire, et l’ «espace public». Il faut s’abstenir des écrits et des commentaires qui peuvent porter atteinte à la réputation d’une personne. Surtout que nos nombreux amis ont accès à nos informations.

Par ailleurs, quand on reconnaît être allé loin dans ses propos, il faut savoir faire son «mea culpa». Cela permet d’atténuer la sanction en cas de procès.

De toutes les façons, comme le procureur du Faso l’a rappelé, «contrairement à ce que les uns et les autres pensent, étant dans un Etat de droit, les libertés des uns devraient prendre fin là où commencent celles des autres».

Liberté d’expression: a-t-on le droit de tout dire?

Disciples du libéralisme, certains pensent que les idées ne tuent pas, même si elles sont stupides, méchantes, haineuses ou vulgaires. Il suffit de ne pas faire usage de la violence physique contre une personne. Ainsi, pour le libéralisme,  aucune parole, aucun discours ni aucune insulte ne peut être assimilé à une agression physique. Car la violence verbale est moralement condamnable mais pas pénalement. Il est, en effet, impossible de déterminer par la loi si tel ou tel propos constitue une violence verbale.

Pour un libéral cohérent, la liberté d’expression doit être totale. Pour lui, nul ne devrait être inquiété par la justice pour des propos privés ou publics qui, même s’ils font offense à tel ou tel, ne tuent pas et ne portent pas atteinte à la sécurité des personnes ou des biens. Il faut donc abolir toute forme de délit d’opinion.

Les individus et les sociétés ne peuvent s'épanouir qu'à l'intérieur de limites admises par chacun et par tous
Les individus et les sociétés ne peuvent s’épanouir qu’à l’intérieur de limites admises par chacun et par tous

Le désastre du «No limit»

Le slogan «No limit» est d’une grande simplicité: il doit n’exister ni barrière, ni contrainte, ni limitation d’aucune sorte à ce qu’ont envie de dire ou de faire chaque individu, chaque communauté, chaque société. Il s’agit de la théorie du «tout est possible-tout est permis».

Assez naturellement, les concepteurs de cette idéologie sont pris à leur propre piège. En effet, déclarer la guerre à ceux qui proposent des limites consiste, ni plus ni moins, à réduire ou interdire que ces derniers pensent ou agissent librement. Ainsi, une minorité agissante entend imposer à tous des limites au nom du «No limit». Cela aboutit mécaniquement à la dictature du politiquement correct.

Or, en réalité, les individus et les sociétés ne peuvent s’épanouir qu’à l’intérieur de limites admises par chacun et par tous. Refuser toute limite conduit à la catastrophe. L’idéologie donc du «No limit» cloisonne, réduit, emprisonne. Elle est mortifère. Ce qui devrait nous guider, c’est la responsabilité selon les lois qui régissent le Burkina. Et «nul n’est sensé ignoré la loi»!

Théophile MONE

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