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Conseil municipal de la commune de Saponé: une victoire judiciaire plus difficile à mettre en oeuvre qu’à savourer

Le Conseil d’Etat a rejeté, le vendredi 20 avril 2018, la décision du gouvernement qui avait dissout lors du Conseil des ministres du 14 décembre dernier, le conseil municipal de Saponé et procédé à sa mise sous délégation spéciale. Cette décision de la plus haute juridiction administrative est une première victoire pour le maire, Abdoulaye Compaoré, et ses supporters. Mais ce triomphe a un goût amer tant pour le MPP, le parti au pouvoir qui aurait abusé de son pouvoir que pour le conseil municipal qui devra composer avec le gouvernement et toutes les parties afin de maintenir l’ordre et de gérer les fauteurs de troubles. Sans ce compromis intelligent, les problèmes que les conseillers ont connus ne tarderont pas à resurgir. Une situation qui serait préjudiciable à tous.

Après avoir attaqué la décision du gouvernement en justice et obtenu gain de cause, les fils et filles de Saponé devraient opter définitivement pour l’unité, l’entente et la concorde. Ils y ont tous intérêt.

Pour mémoire, l’hôtel de Ville de Saponé avait été incendié dans la nuit 7 au 8 décembre 2017. La crise que traversait l’exécutif municipal depuis la reprise des élections du 28 mai venait de prendre ainsi une tournure dramatique. Le gouvernement avait alors sonné la fin de la récréation par la dissolution du conseil municipal et son remplacement par une délégation spéciale.

Il faut noter qu’avant l’incendie de la mairie, il y a eu plusieurs manifestations et contestations de jeunes en vue d’empêcher la tenue des sessions. En fait, le climat social délétère provenait des rivalités entre militants du même parti de plusieurs quartiers. Une querelle de chapelle avec pour toile de fond les ambitions égoïstes de quelques personnes. Une guerre de positionnement mal gérée par les caciques du MPP. C’est dans ce contexte qu’est intervenue la décision du gouvernement de suspendre le conseil municipal de Saponé.

Mairie de Saponé

Une décision gouvernementale contestée par l’exécutif municipal et une partie  de la population. Le bourgmestre, Abdoulaye Compaoré, issu du parti au pouvoir, le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) et ses collaborateurs déchus, ont attaqué la mesure du gouvernement, perçue comme un «abus de pouvoir», en justice. Ils entendaient par là barrer la route à une certaine injustice. Ainsi, les conseillers municipaux, toutes obédiences confondues, au nom des populations, avait introduit un recours en annulation du décret de la dissolution du conseil municipal et demandé l’annulation du décret de la mise de Saponé sous délégation spéciale auprès du Conseil d’Etat.

Le maire de Saponé, Abdoulaye Compaoré

Contre toute attente, le Conseil d’Etat vient de donner en partie raison aux plaignants, car les juges viennent de suspendre la dissolution du conseil municipal.

Une victoire amère d’abord pour le MPP qui est accusé par une frange de la population de Saponé d’avoir laissé deux camps du même parti s’affronter. Ce qui aurait poussé le gouvernement à prendre une décision sous l’émotion. Ensuite, une victoire sans gloire pour le maire et ses conseillers car sur le terrain, les problèmes politiques ne sont pas résolus. Ce qui veut dire que l’application de la décision sera très difficile si les uns et les autres ne privilégient pas le développement de Saponé aux ambitions personnelles et de clans. Ils ont donc intérêt à faire des compromis et à travailler main dans la main pour relever les nombreux défis.

En attendant que le dossier soit traité au fond par le Conseil d’Etat et la décision notifiée aux autorités municipales, les fils et filles de Saponé devraient se parler et taire leurs divergences politiques. C’est le moment où jamais pour les autorités coutumières et religieuses de faire valoir leur sagesse. L’Etat devrait également faire appliquer la loi dans toute sa rigueur: dura lex, sed lex! (dure est la loi, mais c’est la loi).

Théophile MONE

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