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Ces couples de plus en plus nombreux où l’enfant ne paraît pas…

La fertilité correspond à la capacité pour un couple de concevoir et débuter une grossesse. Si après un an de rapports sexuels réguliers et non protégés, une grossesse ne survient pas, on parle d’infertilité. La fertilité d’un couple dépend de la fécondité de ses deux partenaires. Ainsi, l’infertilité peut être due à l’homme, à la femme ou au couple.

Même s’il existe des cas inexpliqués, les causes de l’infertilité chez l’homme peuvent provenir de l’altération du milieu testiculaire, l’obstruction des conduits, la pathologie au niveau de la prostate, les problèmes d’éjaculation ou d’érection et les altérations du sperme. Chez la femme, l’origine peut être la ménopause précoce, l’endométriose, les obstructions ou lésions des trompes de Fallope, les anomalies de l’utérus et du col de l’utérus ou les troubles ovulatoires.

En Afrique où le « no kids » est très rare, l’enfant est le don le plus excellent du mariage. Il répond par sa venue à l’un des désirs les plus forts qui puissent sourdre au cœur de notre être. Aussi, la souffrance de celles et de ceux qui ne peuvent avoir d’enfant est à la mesure de ce désir déçu. Comme pour la procréation, c’est en termes de couple qu’il faut parler; c’est le couple qui est stérile, solidairement, et non seulement le mari ou la femme. N’empêche, ces couples de plus en plus nombreux et jeunes dans lesquels l’enfant ne paraît pas, les frustrations et les crises d’identités sont quotidiennes. Bien d’entre eux dépriment, rompent leur amour, vivent repliés sur eux-mêmes dans l’isolement, se sentent exclus des relations amicales, restent solidaires par obligation ou consentent à souffrir en silence. Analyse d’un phénomène social complexe et difficile à vivre.

Quand l’enfant ne paraît pas, l’amour est sous haute tension

Le désir d’enfant signifie pour beaucoup de couples le bonheur, l’amour et la concrétisation de leur union, c’est un désir narcissique, affectif et d’expressivité lié à une certaine stabilité du couple marié ou cohabitant. Symbole d’épanouissement personnel et de réussite du couple, il est aussi vécu dans beaucoup de familles comme un devoir d’enfant, comme une dette vis-à-vis des grands-parents et de la lignée, la transmission d’un projet familial. Le désir d’enfant est socialement encouragé, comme une norme sociale, il répond à un certain conformisme, il est un puissant facteur d’intégration sociale. Ce sont ces significations, ces représentations et ces symboliques qui sont remises en question chez le couple infertile.

L’échec du projet d’enfant, pour un couple, remet en cause son identité, ses relations et ses appartenances. Les trajectoires des couples sans enfant sont diverses, chaque expérience est singulière tant pour chaque conjoint que pour chaque couple, elle est le résultat d’une histoire longue, une histoire de tensions et de difficultés personnelles et conjugales, éventuellement une histoire de reconstruction sur d’autres projets et d’autres bases.

Souffrance, culpabilité, impuissance…

Ce qui est certain, pour un couple, la découverte de sa stérilité est sans doute l’épreuve la plus déstabilisante de sa vie. Elle provoque des perturbations. En effet, il s’agit bien d’un événement imprévu qui tranche le cours du temps et qui remet tout en question et oblige à faire le deuil de ses repères et modèles. Une particularité de la stérilité tient en ce qu’elle ne se découvre pas en un jour, et qu’elle est même un long processus fait d’espoirs et de déceptions.

Souvent en Afrique, l’infertilité se conjugue au féminin. Ce temps doit être révolu

Qu’elle soit reconnue et nommée comme telle ou non, rationalisée ou pas, légère ou massive, la souffrance croise toujours l’itinéraire des couples sans enfant et s’y installe parfois durablement.

Dans nos cultures, l’infertilité porte atteinte à l’image de soi jusqu’à celle de la féminité et de la virilité, symboles de l’identité sexuelle et de l’intégrité physique des individus. La construction de l’identité individuelle comme mère ou comme père est impossible, ils sont confrontés à leur finitude. Les couples infertiles ont l’impression d’être amputés de quelque chose, d’être incapables… En Afrique, plusieurs couples sans enfant doivent composer avec le sentiment d’être responsables de ne pas donner de petits-enfants à leurs parents et de la fin d’une lignée dans la famille ou la belle-famille. Pour eux, Noël est un véritable calvaire.

Alors, chez eux, la culpabilité et le doute peuvent entraîner un défaut d’estime de soi, entraver les capacités à endosser un rôle d’adulte et à anticiper l’avenir. D’où parfois le sentiment de mal-être, d’impuissance, d’être mal considéré par les autres, d’avoir de mauvaises représentations de ses activités et de soi.

La reconversion féconde

Face aux difficultés, les couples où l’enfant tarde à venir essaient tant bien que mal de supprimer l’angoisse et la souffrance par le refoulement. Certains mettent en œuvre des stratégies d’engagement dans la vie sociale, comme «une autre fécondité». Ces engagements permettent, sur un mode personnel ou conjugal, de laisser des traces de soi-même, de se valoriser socialement et de donner sens à sa vie. Ainsi, certains s’investissent fortement dans le travail professionnel ou dans le milieu associatif afin d’y trouver un nouvel équilibre, source de création, de reconnaissance sociale et de reconstruction identitaire. Le choix de vivre positivement l’infertilité apparaît donc comme une stratégie socialement valorisée.

Comme on le voit, l’expérience de l’infertilité fragilise les couples et opère une déconstruction des identités tant des unions que des individus qui les composent. Il revient à ces couples en difficulté de voir les choses avec optimisme, de s’investir dans les activités qui laissent une trace d’eux-mêmes autre que celle de la lignée familiale, de regagner une estime d’eux-mêmes, de se réinscrire dans la vie sociale et de s’y faire reconnaître. Encore faut-il que nos regards inquisiteurs ne les menacent pas comme s’ils étaient des criminels.

Théophile MONE

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