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La course aux postes et aux perdiems est ouverte

L’artiste ivoirien Alpha Blondy a dit dans une de ses chansons: «C’est la course au pouvoir». Au Burkina Faso, on assiste ces derniers temps à une course effrénée vers les postes de directions et les perdiems. Lorsqu’on parle de mauvaise gestion, l’opinion publique a tendance à mettre à l’index les dirigeants. Lorsqu’on parle de corrompus, on a tendance à ne voir que les premiers responsables. De nos jours, les ressources du pays sont pillées par les agents dans les ministères.

Bienvenue à Koudougou, la ville prisée par les séminaristes (www.imgrum.org)

Le REN/LAC, dans ses différents rapports sur l’Etat de la corruption, parle de corruption systémique pour dépeindre cette généralisation de la corruption dans l’Administration publique. Les agents corrompus sont-ils enclins à dénoncer la corruption?

Un seul ministère a servi près d’un milliard de FCFA de perdiems à ses agents au cours d’une seule année. Cette révélation a été faite par le Premier ministre, Paul Kaba Thiéba, lors de l’émission Tapis d’honneur de la RTB le 12 mai 2018. Aucun agent bénéficiaire de ces perdiems ne dénoncera cette pratique dévastatrice des ressources publiques.

Ces perdiems sont servis lors des innombrables ateliers qui se tiennent hors de Ouagadougou, notamment à Koudougou. Des ateliers qui peuvent se tenir tous à Ouagadougou avec le même résultat. Mais on préfère Koudougou pour avoir des perdiems. A-t-on besoin de se rendre à Koudougou pour prendre en compte l’incidence d’une loi votée pour améliorer les conditions de vie d’un corps précis?

En plus de ces perdiems, la tenue de ces ateliers donne lieu à des surfacturations et à des fausses écritures. Dans la ville de Koudougou, il existe un réseau qui facilite les choses. Dès que les financiers des ministères expriment le besoin d’organiser un atelier dans cette ville, les membres de ce réseau collectent les factures proforma en prenant le soin d’y inscrire les montants que les commanditaires ont donné. Ils s’arrangent pour présenter les bas prix dans l’hôtel qu’ils auraient choisi.

Cette pratique ne se passe pas sans la complicité des propriétaires de ces hôtels qui acceptent de jouer le jeu. Ils délivrent des proforma de complaisance pour avoir le marché ou juste accompagner un hôtel voisin en attendant son tour. Cette pratique donne lieu à des surfacturations dans la location des salles de tenue des ateliers, dans le paiement des factures de pauses-cafés et de pauses-déjeuners. Une fois la facture de l’hôtelier réglée, ce dernier remet aux agents véreux le surplus. Certains organisateurs exigent d’être payés avant même de passer le marché.

Une autre pratique consiste à payer des jours de perdiems au-delà des jours effectifs de l’atelier. Pour un atelier de 2 jours par exemple, 5 ou 6 jours de perdiems sont versés. Il suffit de pouvoir faire viser l’ordre de mission à la police ou à la gendarmerie conformément aux nombre de jours de perdiems reçus.

En plus des perdiems, le nombre de jours sur les factures de location des salles et pauses-cafés et déjeuners est aussi rallongé et c’est la différence qui revient aux organisateurs. Voilà pourquoi de nombreux agents sont devenus des résidents de Koudougou parce qu’ils y séjournent presque tous les mois pour des séminaires, ateliers, formation, etc., alors que leurs collègues manquent de moyens pour effectuer des contrôles sur le terrain. Pendant ce temps, le travail pour lequel ils ont été recrutés reste intact à Ouagadougou.

L’on pourrait désormais ouvrir un concours direct ou professionnel pour ces « séminaristes » de fonction. Voilà pourquoi «Aller en Mission» est devenu une obsession dans l’Administration publique.

Pour avoir le privilège de ces séminaires, ateliers, formation, il faut avoir un bon poste dans l’Administration publique. Une des raisons qui justifient la course effrénée vers les postes de nomination se trouvent à ce niveau. En plus des avantages liés au poste, comme la dotation en carburant, en crédits de communication, voiture de fonction, ces personnes inscrivent leur nom pour les séminaires, ateliers, formations à l’intérieur et à l’extérieur du pays, même si le thème ou le contenu ne correspond pas à leur profit ou spécialisation. C’est ainsi que des agents publics siphonnent le budget national sous les yeux de l’autorité qui ne dit rien.

Adoua Kassiro

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