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Crise sociopolitique au Togo ou les signes précurseurs d’une insurrection populaire à la burkinabè

Depuis le 19 août 2017, le Togo est sous la rampe des projecteurs. La ville de Lomé est secouée et le pouvoir de Faure Gnassingbé est acculé. Malgré les réformes en vue, qui ne seraient finalement qu’une stratégie du pouvoir en place pour s’éterniser au pouvoir jusqu’en 2030, l’opposition réclame le départ du président Faure Gnassingbé, même à trois ans de la fin de son mandat légal. A l’observation de ce qui se passe au Togo, les signes précurseurs de l’insurrection populaire qu’a connue le Burkina s’y installent lentement, mais sûrement.

La forte mobilisation des Togolais accule le pouvoir qui renoue avec la répression. Méthode pourtant contre-productive

A l’initiative de l’opposition galvanisée à bloc, des milliers de Togolais s’expriment dans la rue pour exiger à travers des marches populaires et synchronisées aussi bien à Lomé que dans plusieurs villes de l’intérieur du pays, le retour, sans conditions, à la Constitution de 1992 et le droit de vote de la diaspora. En clair, l’opposition veut l’application de la loi fondamentale de 1992, toilettée en 2002 pour permettre au Général Eyadema de s’offrir un pouvoir à vie.

Le président togolais Faure Gnassingbé a du souci à se faire. Mais il peut encore sortir par la grande porte en renonçant à briguer un 3eme mandat en 2020

En fait, au-delà de l’opérationnalisation immédiate des réformes politiques et institutionnelles exigées par les partis de l’opposition, l’avalanches de contestations et protestations du peuple togolais vise le départ de Faure Gnassingbé du pouvoir ou, à défaut, de l’empêcher de se représenter en 2020.

La première exigence de l’opposition togolaise était d’acculer le pouvoir de Lomé afin de le contraindre à céder aux revendications dont la limitation du mandat présidentiel et un mode de scrutin majoritaire à deux tours. Mais la mobilisation monstre de ces derniers temps et la détermination du peuple togolais à mettre fin à 50 ans de règne d’une famille a amené l’opposition à monter les enchères. Désormais, il est question du départ immédiat de Faure Gnassingbé du pouvoir. Et le pouvoir de Lomé, se sentant actuellement menacé et poussé à bout, cherche à remettre le compteur à zéro pour verrouiller, ensuite, la machine.

La preuve est que, si sur le principe de la limitation à deux termes de 5 ans de la fonction présidentielle le pouvoir et l’opposition sont d’accord, les divergences restent profondes sur l’interprétation à donner. En effet, pour le gouvernement, si les reformes sont adoptées, les évolutions prendront effet lors des prochaines présidentielles prévues en 2020. L’opposition estime de son côté que le vote conduira à leur application immédiate. Autrement dit, le chef de l’Etat devra quitter le pouvoir car il a déjà fait 12 ans à la tête de l’Etat.

Pourtant, le président Faure ne veut rien céder comme ce fut le cas de Blaise Compaoré sur la modification de l’article 37 de la Constitution du Burkina Faso. La stratégie du pouvoir en place est de permettre à Gnassingbé de régner jusqu’en 2030. C’est pour cette raison que Jean Pierre Fabre, par ailleurs Chef de file de l’opposition, ne cherche plus midi à quatorze heures, mais demande publiquement à négocier avec Faure, les conditions de son départ. D’ailleurs, pour les Togolais, «50 ans pour la seule famille Gnassingbé, c’est trop», «Nous en avons assez de ce régime», «Nous allons rester dans les rues, jusqu’au départ de Faure Gnassingbé», clament-ils.

L’autre similitude est que le peuple togolais est déterminé et discipliné. Les marches étant pacifiques et bien organisées.

A l’allure où vont les choses, il faut s’attendre à des discussions longues et compliquées puisque les partisans du président ne voudront rien céder alors que le peuple et son opposition restent mobilisés et têtus. Le dialogue de sourds va bientôt s’installer car sans être devin, l’on sait déjà, au regard des divergences et des exigences des uns et des autres, que le projet de loi tel que présenté ne passera pas. Et le pouvoir voudra sans doute d’un référendum qui sera réfuté par les Togolais au nom de leur slogan «Nul ne peut faire plus de 2 mandats».

Le chef de file de l’opposition au Togo, Jean Pierre Fabre

Le Togo n’est pas un royaume

Comme les Burkinabè en 2014, l’opposition réclame la fin de la dynastie Gnassingbé. Au pouvoir depuis 2005, Faure Gnassingbé a succédé à son père, président pendant 38 ans. Exaspéré, le peuple togolais exige l’alternance tandis que le pouvoir de Faure Gnassingbé est hostile à tout changement démocratique. Toute chose qui suscite de la révolte et de l’indignation. Intrépides, les mains nues, résistant aux tirs de grenades lacrymogènes et de balles en caoutchouc qui fusent de toute part lors des manifestations, il ne faudrait pas s’étonner d’une insurrection populaire au Togo. Car le pouvoir en place oublie que les manifestations sont un droit constitutionnel et leur répression est contre-productive puisqu’elle galvanise les marcheurs.

Il y a donc en perspective le danger d’une insurrection au Togo. En digne héritier de son père, Faure Gnassingbé voudra réprimer ses adversaires et son peuple; or ce temps-là est révolu. Pour éviter à son pays la violence gratuite et le chaos, le mieux serait d’accepter les réformes avec le ferme engagement de ne pas se représenter en 2020. Cela va lui permettre de sortir par la grande porte et d’éviter les erreurs commises par son ami Blaise Compaoré.

Théophile MONE

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