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Dans la lutte contre le terrorisme, beaucoup de demandes d’aides affaiblissent-elles la souveraineté de nos Etats?

Le terrorisme est une réalité ancienne, même si ces dernières années, il a subi une profonde mutation. Il est désormais un défi majeur pour toute l’humanité. Localisé aux débuts, il est devenu un phénomène planétaire, à tel point que l’on parle désormais d’hyper terrorisme pour désigner son ampleur démesurée. En tant qu’agression contre les valeurs essentielles de la démocratie, le terrorisme doit être combattu avec la plus grande fermeté. Surtout que les Etats ont le devoir de veiller sur leur territoire, à la protection des personnes, de leurs biens, à la défense des institutions et des intérêts nationaux, au maintien de la paix et de l’ordre public.

Malheureusement tous les pays ne disposent pas d’assez de moyens logistiques et financiers pour combattre efficacement ce fléau. C’est pourquoi, les pays du G5 sahel, au-delà de l’étroite coordination de leurs actions, sollicitent plus de moyens aux pays nantis afin de neutraliser ces nouveaux ennemis sans visage et qui ne respectent aucunes règles. Cette aide extérieure empiète-t-il sur la souveraineté des pays bénéficiaires?

Les présidents du G5 sahel et celui de la France en conclave le 13 décembre 2017

Le fondamental de la menace terroriste est son caractère transnational. Le terrorisme ne puise pas ses racines dans un Etat donné mais se déplace au gré de l’opportunisme des conditions. La région du sahel a la particularité d’être vaste et d’abriter de nombreux terroristes. Tous les Etats au Sud du Sahara ont jusque-là tous subi des attaques terroristes. Le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Tchad, sont régulièrement menacés. Aussi la coordination des actions entre ces pays voisins est cruciale pour engranger des victoires contre les sans lois ni foi.

Même si la stratégie de lutte contre le terrorisme appelle plus une réponse plurielle et pas uniquement militaire, l’action militaire permet d’étouffer les bastions terroristes. Surtout que ceux-ci sont une entrave au développement socio-économique de ces pays déjà pauvres. Qui plus est, l’une des clés de la réussite de cette force antiterroriste qui devra mobiliser 5000 hommes est assurément les finances. Mais en demandant l’aide à ses partenaires et amis, certains africains y voient de la mendicité, voire l’expression d’un manque de souveraineté. D’autres ne comprennent pas que les Africains ne soient pas à même de mobiliser eux-mêmes les moyens nécessaires pour assurer la sécurité de leur territoire. Rapidement ils dénoncent les effets de la mal gouvernance. Ainsi, le soutien annoncé de l’Allemande, d’Italie, de la Belgique, des Pays-Bas, de l’Arabie saoudite, des Etats-Unis, de l’ONU, est déjà très critiqué.

Ces personnes aux critiques acerbes ne confondent-elles pas rêves et rêveries? Ont-elles pris la mesure de toute la situation? Quand la maison du voisin brûle, y a-t-il lieu de discutailler sur les raisons de l’incendie? N’est-il pas plus judicieux de l’aider à sauver l’essentiel? Ceci pour dire que face aux effets déjà très désastreux du terrorisme, il faut évaluer froidement nos forces et faiblesses et ne pas avoir honte de demander de l’aide dans la dignité. En effet, il n’y a pas de mal à tendre la main quand on se sait pauvre et faible face des ennemis déterminés prêts à déstabiliser ipso facto.

Quelle souveraineté nos chefs d’Etat pourront-ils défendre ou s’enorgueillir d’ici quelques années si les populations vivent dans la hantise, l’insécurité permanente, etc. Comme politiquer c’est prévoir, il est même juste et bon de commencer à solliciter le soutien des amis et partenaires dans cette lutte qui se veut globale. Attendre par orgueil que l’irréparable se produise serait une irresponsabilité de nos chefs d’Etat.

Ce qui est légitime de réclamer dans ces soutiens à coup de milliards, c’est d’abord la transparence, la bonne gestion des ressources et du matériel, l’implication de la société civile dans la lutte et la redevabilité tant aux partenaires qu’aux populations locales. Il ne faudrait pas qu’au nom de la raison d’Etat, ces financements soient dilapidés ou affectés à d’autres objectifs.

Ensuite l’on peut aisément comprendre que les uns et les autres demandent aux pays donateurs de respecter la souveraineté des pays bénéficiaires en ne se croyant pas permis d’y intervenir sans y être invités. Toute chose qui nécessite une approche franche et non pas hypocrite.

Enfin, les populations des Etats du G5 sahel peuvent demander à leur Etat respectif de rendre public leurs parts contributives. Car même le mendiant qui demande a, au moins, sa sébile. Nos Etats doivent donc contribuer à cette lutte contre le terrorisme et ne pas attendre tout des autres.

En attendant nous devrons éviter de créer des polémiques inutiles face à des situations d’urgence qui nécessitent de sauver des vies et de circonscrire dès maintenant des dégâts.

Ceci étant, l’esprit de critique ne nous fait pas avancer. Il nous faut développer davantage l’esprit critique. Qu’à défaut de construire, nous ne détruisions pas.

Théophile MONE

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