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De la présidence à la prison: la récompense des dirigeants corrompus

Quand ils briguent la magistrature suprême, ils ont des slogans fétiches et flatteurs. Ils savent séduire les citoyens avec des programmes et projets mirobolants. Mais une fois aux affaires, ils surprennent tout le monde par leur gestion scandaleuse faite de corruption. Ils prennent leur pays comme une propriété privée appartenant à une famille ou à un clan. Ils oublient que la gestion de la chose publique doit être participative au niveau local et inclusive au niveau national. Dans une certaine arrogance, manigance, trafic d’influence, cynisme et banditisme, ils finissent par se convaincre qu’ils sont envoyés par Dieu pour gouverner leurs compatriotes et développent une culture personnelle d’appropriation du pouvoir. Ils accumulent scandales sur scandales et finissent par être poursuivis ou condamnés à la fin de leur mandat. Eux, ce sont les présidents qui se sont abonnés à la mal gouvernance, à la corruption et à tous ses corollaires. Retour sur des ex-présidents qui ont (ou ont eu) maille à partir avec la justice.

Charles Taylor

Charles Taylor, «Premier ex-président condamné par la justice internationale»

A 69 ans, le Libérien Charles Taylor est assuré de finir ses jours dans le pénitencier de haute sécurité de Frankland, dans le nord-est de l’Angleterre. En 2012, le Tribunal spécial pour le Liberia (TSL) a condamné l’ancien président à 50 ans de prison pour «crimes de guerre» et «crimes contre l’humanité» commis en Sierra Leone entre 1996 et 2002. Président du Liberia de 1997 à 2003, Charles Taylor a installé une dictature sanguinaire dans son pays qui lui vaut les remontrances de la communauté internationale, puis son isolement diplomatique. En échange de diamants extraits des mines sierra-léonaises par l’esclavage, la terreur et le viol de civils, l’ex-chef de guerre a armé puis entraîné la rébellion du Front révolutionnaire uni (RUF) dans la guerre civile (1991-2002) de la Sierra Leone qui a fait plus de 120 000 morts. Pour tous ces crimes, Charles Taylor, réfugié au Nigéria à la fin de son mandat, n’aura pas échappé à la justice. Il entre tristement dans l’histoire comme le premier ex-chef d’Etat condamné par la justice internationale depuis le Tribunal militaire de Nuremberg qui condamna les responsables nazis à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Hissène Habré

Condamnation de Hissène Habré: un avertissement pour les chefs d’Etat en exercice

Depuis son arrivée au Sénégal en décembre 1990, Hissène Habré coulait un exil paisible et doré dans sa villa cossue de Ouakam, dans l’ouest de la capitale sénégalaise. Mais, le temps judiciaire a rattrapé le temps civil pour se rappeler de l’ex-dictateur. Chef des Forces armées du Nord (FAN), Hissène Habré prend le pouvoir au Tchad par les armes en déposant le président Goukouni Oueddei en 1982. Avec sa junte, reconvertie plus tard en armée régulière, il dirige le pays d’une main de fer marquée par des assassinats politiques et des actes de torture contre des d’opposants à son régime. Son rival Oueddei, soutenu par la Libye qui occupe le nord du pays, oblige Habré à s’engager dans une guerre de «libération» qui ne prend fin qu’en 1987 avec l’aide de la France qu’il snobe au profit des Etats-Unis. Trois ans plus tard, il se réfugie au Sénégal après qu’un coup d’Etat mené par Idriss Deby l’évince de son fauteuil. Le monde découvre alors l’horreur de sa présidence ensanglantée avec la découverte de centaines de fosses communes. Alors que Habré est arrêté au Sénégal au début des années 2000 sur un mandat d’arrêt de la Belgique pour être jugé selon la compétence universelle, la justice sénégalaise se déclare incompétente en 2003. Trois ans plus tard, l’Union africaine mandate le Sénégal pour juger l’ancien dictateur de «crimes contre l’humanité, crimes de guerre et actes de torture». Grâce à un amendement législatif, les Chambres africaines spéciales sont créées au sein des tribunaux sénégalais conduisant à un procès dans la foulée d’une condamnation à mort décidée par la justice tchadienne. Les Chambres africaines condamnent Hissène Habré à perpétuité, une première fois en mai 2016 et en appel en avril 2017 et à 82 milliards de F CFA au dédommagement de ses victimes, scellant définitivement le sort de l’ex-dictateur. Dans le fond, c’est la première fois qu’un tribunal africain applique la compétence universelle. Une brèche ouverte dans l’internationalisation de la justice sur le continent et qui fait déjà trembler des chefs d’Etat en exercice.

Laurent Gbagbo

Laurent Gbagbo, le défi d’être le premier à sortir libre de la CPI

A part le fugace passage d’Uhuru Kenyatta, la comparution d’un chef d’Etat devant la CPI est un aller express sans retour pour une cellule de 10 mètres carrés dans le pénitencier de Haanglanden, dans le quartier de Scheveningen aux Pays-Bas. Mais le défi de Laurent Gbagbo est de devenir le premier président à ressortir libre de La Haye. A 72 ans, l’ancien locataire du Palais du Plateau et son ministre de la Jeunesse sont incarcérés depuis leur livraison à la CPI en 2011. Leur procès court depuis deux ans devant le Tribunal pénal international (TPI). Laurent Gbagbo s’est vu refuser plus d’une dizaine de fois la liberté provisoire ou conditionnelle en dépit de son âge avancé et de son état de santé – arthrose et hypertension. Le TPI soupçonne l’ex-chef de l’Etat de s’être bâti un solide réseau pendant ses années de pouvoir pour prendre la poudre d’escampette «vers un territoire hors de la compétence de la Cour». Pour le contexte, le président ivoirien et son ministre de la Jeunesse sont poursuivis pour leur responsabilité présumée dans les exactions qui ont entraîné la mort de 3 250 personnes durant les cinq mois de la crise post-électorale 2010-2011 sur fond d’affrontements entre des troupes pro-Gbagbo et pro-Ouattara. Et pourtant, plusieurs ex-chefs de guerre rebelles ayant soutenu Alassane Ouattara n’ont pas été inquiétés et ont même été promus dans la hiérarchie militaire. Alors que la succession d’Alassane Ouattara s’ouvre en 2020, des Ivoiriens espèrent voir leur ex-président libéré et se porter candidat à la prochaine présidentielle. Mais un grand fossé sépare les vœux de la réalité.

Mohamed Morsi, le couperet de la peine de mort levé in extremis

Mohamed Morsi

Pour Mohamed Morsi, les titres ne manquent pas: premier civil à devenir chef de l’Etat, premier président de l’Egypte après la Révolution. Mais sa fulgurante ascension s’est brutalement terminée derrière les grilles de la prison de Borg-el-Arab, à Alexandrie. Le cinquième président d’une Egypte qui venait, par une longue contestation de la rue sur l’emblématique Place Tahrir au Caire, de se débarrasser des trois décennies de règne de Hosni Moubarak, accède au pouvoir en remportant la présidentielle de 2012. Pour cet ingénieur en génie civil formé au Caire et en Californie, à la tête du Parti Liberté et Justice (PLJ) – proche des Frères Musulmans – c’est le début de la gloire mais aussi les prémices de la … décadence. Mohamed Morsi fait voter un référendum pour étendre les pouvoirs législatif et judiciaire du président, s’octroie le privilège de légiférer par ordonnance et entreprend un nettoyage dans les rangs de l’armée égyptienne. Ses actions sont interprétées comme autoritaires et lui valent une vive contestation de la rue menée par les laïcs. En 2013, il est destitué par l’armée, ce qu’il dénonce comme un «coup d’Etat». Plus tard arrêté, Mohamed Morsi croule sous le coup de plusieurs accusations. Il échappe à deux condamnations à mort grâce à l’annulation de cette peine par la Cour de cassation, d’abord pour espionnage au profit du Hamas palestinien, du Hezbollah libanais et de l’Iran. Celui qui n’aura été président que pendant deux années échappe à la pendaison publique dans un autre procès pour une série d’évasions de prison et d’attaques visant la police durant la révolution de 2011. Autre couperet qui menace la tête de Mohamed Morsi, une accusation de «vol de documents relevant de la sécurité nationale» au profit du Qatar. L’ancien président n’est pas encore au bout de ses déboires judiciaires. Il a été condamné à vingt ans de prison pour des actes de violences contre des manifestants pendant son mandat.

Amadou Haya Sanogo

Amadou Haya Sanogo, l’éphémère président du Mali devenu encombrant

Les autorités maliennes ne savent plus quoi faire du capitaine de l’armée malienne qui renversa en 2012, le président Amadou Toumani Touré, accusé de ne pas avoir été assez ferme face aux rebelles touaregs et aux terroristes d’AQMI. Alors, Amadou Haya Sonogo est traîné de prétoire en prétoire, ses procès étant sans cesse renvoyés. En tout et pour tout, le capitaine Amadou Haya Sanogo n’aura été président du Mali que 20 jours entre mars et avril 2012. A la tête du Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’État, il s’empare du pouvoir. Les rebelles s’engouffrent dans la brèche pour conforter leur avancée dans le nord-est du pays. Sous la pression de la communauté internationale et la médiation de la CEDEAO menée par le Burkina Faso, le capitaine Sanogo accepte de remettre le pouvoir, vingt jours après l’avoir accaparé, au civil Dioncounda Traoré, alors président de l’Assemblée nationale. En retrait, il continue cependant d’influencer les décisions au Mali au point d’être promu général de corps d’armée après l’élection de 2013. La même année, il est arrêté après la découverte d’un charnier abritant plusieurs corps d’anciens bérets rouges (garde présidentielle) fidèles au président Amadou Toumani Touré et qui ont tenté un contre-coup d’Etat. Aujourd’hui, en attendant d’établir la responsabilité d’Amadou Haya Sanogo dans le massacre des bérets rouges, l’«ancien chef de l’Etat malien» est assigné dans une résidence à Sélingué dans la région de Sikasso à 140 km de Bamako et à proximité de la frontière guinéenne. Son procès sans cesse renvoyé interroge sur de possibles révélations gênantes que le président le plus éphémère du Mali pourrait faire. Il est devenu un trophée de guerre que l’on n’accroche pas.

Blaise Compaoré

Blaise Compaoré, la naturalisation ivoirienne comme paravent judiciaire

Sous le parapluie de la citoyenneté ivoirienne, Blaise Compaoré semble avoir trouvé la parade pour échapper aux poursuites lancées contre lui par le Burkina. Pourtant, Blaise Compaoré doit d’abord répondre des responsabilités supposées dans l’assassinat de son prédécesseur Thomas Sankara, le «Che africain», lors d’un coup d’Etat en 1987. Ce coup de sang contre son ancien compagnon d’armes a ouvert les portes du Palais de Koulouba d’abord, puis de Kosyam à Blaise Compaoré. Le pouvoir de ce dernier a commencé à vaciller en octobre 2014, lorsque des milliers de Burkinabè envahissent les rues de Ouagadougou pour protester contre le projet de modification constitutionnelle du président. Elu en 1991 puis réélu en 1998, 2005 et 2010, Blaise Compaoré veut faire sauter le verrou de la limitation de mandats et serrer la vis sur un cinquième mandat. La rue crie sa colère. Impavide, le président enfile sa casquette de ministre de la Défense, envoie les forces de sécurité réprimer les manifestants avec le renfort de l’armée. Cet épisode peu glorieux lui vaut un procès devant la Haute cour de justice de Ouagadougou en compagnie d’une trentaine de ministres du gouvernement d’alors. Contraint à la démission par la rue, il est exfiltré par des soldats français et exilé en Côte d’Ivoire où il acquiert la nationalité, devenant ainsi le premier président africain à opter pour une autre citoyenneté africaine.

Park Geun-hye, l’ex-présidente sud-coréenne condamnée à 24 ans de prison pour corruption

L’ex-présidente sud-coréenne Park condamnée à vingt-quatre ans de prison pour corruption

La cour a jugé que Park Geun-hye s’était entendue avec sa confidente pour percevoir des commissions occultes auprès de conglomérats sud-coréens. Aussi a-t-elle été condamnée le 6 avril dernier à vingt-quatre ans de prison et 18 milliards de wons (13,8 millions d’euros) d’amende par le tribunal de Séoul. L’ex-présidente conservatrice sud-coréenne, destituée en décembre 2016 et emprisonnée depuis mars 2017, a été reconnue coupable notamment de corruption, d’abus de pouvoir et de fuite de documents officiels, le tout dans l’affaire dite «Choi-gate». Le «Choi-gate» a éclaté en octobre 2016 avec les révélations par la chaîne de télévision JTBC d’une véritable dépendance de la présidente à l’égard d’une amie proche, l’intrigante Choi Soon-sil. Usant de sa relation particulière avec Mme Park, Mme Choi a extorqué des millions d’euros aux chaebols (les conglomérats sud-coréens) pour deux fondations qu’elle contrôlait.

Toute une série d’accusations contre la Première femme élue présidente dans son pays ont mis en lumière les accointances troubles entre le pouvoir politique et les grands conglomérats familiaux. Affectée par des soucis de santé, elle passerait ses journées dans sa cellule de 10 m² à lire et à regarder des séries télévisées.

L’ancien président brésilien Lula arrive au siège de la Police fédérale de Curitiba le 7 avril 2018

 L’ex-président brésilien Lula en prison pour corruption

Luiz Inacio Lula da Silva a été condamné pour avoir reçu un luxueux appartement en bord de mer offert par une entreprise de BTP. Ce bien aurait été donné en échange de faveurs dans l’obtention de marchés publics.

L’ex-président brésilien Lula a commencé, dans la nuit de samedi à dimanche 8 avril, à purger une lourde peine de prison pour corruption, au terme des plusieurs jours mouvementés qui marquent la chute de cette figure de la gauche mondiale. Le favori de la présidentielle d’octobre est arrivé à bord d’un hélicoptère sur le toit du siège de la Police fédérale de Curitiba (sud), la capitale de la lutte anticorruption.

Il doit occuper une cellule d’à peine 15 mètres carrés avec toilettes et douche privatives au siège de la Police fédérale de Curitiba, avant un transfèrement. Elle a été spécialement prévue en raison du statut d’ex-chef d’Etat de Lula, «à l’écart des autres prisonniers, sans aucun risque pour son intégrité morale ou physique», a expliqué le juge Moro.

Jacob Zuma désormais nu devant la justice

Le président Jacob Zuba a été contraint de démissionné le 14-février 2018

Maintenant qu’il n’est plus président de l’Afrique du Sud, Jacob Zuma va devoir affronter la justice, devant laquelle il devra se défendre de «783 accusations criminelles», selon le leader de l’Alliance démocratique (DA) Mmusi Maimane.

Impliqué dans plusieurs scandales, accusé de nombreux méfaits de corruption, Jacob Zuma, lâché par son parti et désormais ex-président d’Afrique du Sud, a de quoi s’inquiéter pour son avenir judiciaire. Comme le dit l’analyste politique Daniel Silke cité par l’AFP, «en renonçant à son poste, il s’est trouvé propulsé dans un autre monde et entre dans une période embarrassante, problématique et incertaine».

Le procès

Jacob Zuma devrait être fixé très rapidement dans un dossier qui l’empoisonne depuis une décennie, une affaire de contrat d’armement impliquant notamment le français Thales. Selon l’AFP, il y est soupçonné d’avoir perçu 783 versements de pots-de-vin pour ce juteux contrat de 4,2 milliards d’euros signé en 1999 par l’Afrique du Sud avec plusieurs entreprises européennes, alors qu’il était vice-président. D’ici la fin du mois, le parquet doit décider de relancer ou non les accusations qui visent l’ex-président. «Il est tout à fait envisageable que Jacob Zuma aille en prison» pour cette affaire, avance Victor Magnani, spécialiste de l’Afrique du Sud à l’Institut français des relations internationales (Ifri), rappelant que son conseiller financier de l’époque, Schabir Shaik, a été condamné à 15 ans de prison.

Ces exemples non exhaustifs montrent que la mauvaise gouvernance a désormais un prix à payer: le déshonneur, la honte, la déchéance, la prison. Une nouvelle donne mondiale qui devrait interpeller les présidents en exercice.

Théophile MONE

Un commentaire

  1. ils auraient dû penser à Madiba,Nelson Mandela,qui a fait le chemin contraire,prison d’abord puis fauteuil pésidentiel…

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