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Débat sur le F CFA: l’option du référendum est-elle la bonne?

Les débats sur l’avenir du franc CFA ne sont pas nouveaux. Mais ces dernières années on observe un regain, souvent passionné, de ces débats autour de questions relatives à la rupture avec la France, et à la création d’une monnaie alternative. Le franc CFA est-il un véritable élément d’intégration africaine ou simplement un instrument d’une dépendance perpétuelle vis-à-vis de la France?

Garantie de stabilité, martèlent les uns. Frein au développement des pays africains, profitant surtout à la France, rétorquent les autres. La question du franc CFA divise. Autant les partisans de l’abandon du F CFA sont essentiellement guidés par une vision politique et panafricaniste, autant les défenseurs de cette monnaie semblent manquer d’audace et de réalisme.

Dans ce débat difficile, sans vainqueurs ni vaincus – pour l’instant -, le patriotisme économique, qui repose sur une forte adhésion des populations pourrait constituer un fort indicateur. Alors, pourquoi pas un référendum sur l’abandon ou le maintien du F CFA?

Siège de la BCEAO

La monnaie est souvent présentée comme un symbole d’identité nationale, un outil de souveraineté et de reconnaissance internationale, la mieux à même de garantir une véritable indépendance. Mais le F CFA a toujours ses défenseurs en Afrique. Et ils ne manquent pas d’arguments. En voici quelques-uns.

Aujourd’hui, le F CFA est une monnaie qui fait polémique

Dirigeants de banques centrales, hommes d’affaires ou ministres, ils sont toujours nombreux à vanter l’extraordinaire stabilité monétaire que le dispositif actuel donne aux pays de la zone. Ils dénoncent, anonymement, des arguments dogmatiques qui ne sont fondés sur aucune étude. Certains cadres de la BCEAO leur donnent raison en arguant que la plupart de leurs décisions se prennent sur la base d’enquêtes et d’études d’impact qu’ils réalisent sur le terrain. Ils dénoncent donc la désinformation abusant largement le grand public. A ce sujet, le gouverneur de la BCEAO, Tiémoko Meyliet Koné, se veut clair: «Si ce qu’on prétend sur le franc CFA était avéré, croyez-nous, nous serions les premiers à le savoir et à prendre les mesures appropriées». Pour ce faire, M. Tiémoko juge les critiques faites sur la souveraineté monétaire, le régime de change, la garantie de la convertibilité, la politique monétaire…, de «très légères». Ce proche du président Alassane Ouattara trouve au contraire que «le franc CFA reste une monnaie stable et prisée dans la sous-région et emporte l’adhésion des populations et des opérateurs économiques». Par conséquent, rien à changer!

Les pourfendeurs du F CFA restent stoïques

Ils estiment que le système monétaire de la zone franc est «désuet» et que le F CFA est une monnaie de servitude et de dépendance, une relique coloniale. Aussi remettent-ils en question son régime de change fixe.

Le président Idriss Déby a d’ailleurs été l’un des premiers à remettre sévèrement en cause le système actuel du franc CFA. Il a expliqué en 2015 que «les clauses économiques entre la France et l’Afrique sont dépassées», et enjoignit les responsables français à «avoir le courage de dire que le moment est venu de couper un cordon qui empêche l’Afrique de décoller». Parmi les points de discorde qu’il a évoqués figurent: la non convertibilité du franc CFA, y compris entre les deux zone (BCEAO et BEAC); le fait que tous les échanges passent obligatoirement par la Banque de France; l’arrimage du franc CFA à l’euro… qui signifie que la valeur du franc CFA sur les marchés mondiaux dépend de celle de l’euro. Les pays de la zone franc, n’ayant pas le contrôle de leur politique de change, sont entièrement soumis aux fluctuations du cours de la monnaie européenne. Cet arrimage basé sur une gestion déconnectée des réalités économiques africaines serait, selon des constats d’économistes, fortement handicapant pour le développement des pays de la zone franc.

A sa suite, des économistes chercheurs comme Ndongo Samba Sylla estiment qu’il y a «une forte relation entre sous développement et zone franc» et qu’«Avec le franc CFA, point d’émergence». Il juge le franc CFA inadapté à nos économies et les mécanismes de fonctionnement inappropriés pour répondre de manière pragmatique aux aspirations des populations.

De son avis, «les seuls arguments valables pour les partisans du franc CFA, c’est la stabilité du franc CFA et la maîtrise de l’inflation». Toutefois, a-t-il relevé, «la stabilité n’est pas une fin en soi. L’objectif final devrait nous permettre de dire grâce à la gestion de la monnaie, on a eu une économie prospère dans laquelle les gens vivent bien et les indicateurs sociaux se portent bien …».

Pour ceux qui ne veulent plus du F CFA, certains responsables africains de la zone franc n’osent pas prendre le contrepied de la France parce que non seulement ils profitent de la situation, mais aussi parce qu’il y va de leur poste et de leur rapport avec la France. Ils restent formels que «Le franc CFA est un déni de souveraineté» et qu’avec cette monnaie, il n’y a aucune perspective de développement pour l’Afrique. Car dans l’histoire des pays dits émergents, il y a deux instruments primordiaux, c’est le contrôle de la politique budgétaire et la politique monétaire. Or, ici, ni l’un, ni l’autre n’est de notre autorité.

L’option du référendum permet au peuple souverain de se prononcer librement sur la question du maintien ou pas du F CFA après des éclairages publics relatifs aux enjeux politiques et économiques

Les enjeux

Une monnaie ne saurait s’imposer simplement parce qu’elle constitue le symbole d’une identité. Sa mise en place exige le respect d’un certain nombre de règles économiques et, en premier lieu, une confiance forte en sa valeur, de la part de ceux qui l’utilisent. Son imposition, sans que cela soit basé sur la confiance issue de l’expérience de son utilisation (à travers le commerce, ou comme instrument d’épargne), créerait des désordres monétaires. D’autre part, la confiance monétaire repose sur la santé économique des pays, leur capacité à s’intégrer au commerce mondial, et leur leadership dans une région. La perspective de la création d’une monnaie au sein de l’UEMOA/la CEDEAO devrait donc au préalable mesurer la confiance actuelle du public au F CFA par le biais, entre autres, d’un référendum.

Comme il s’agit avant tout des intérêts des populations des zones concernées, il serait juste et bon que celles-ci se prononcent sur la question comme à l’occasion des référendums sur les constitutions ou sur les questions importantes d’intérêt national.

Souverains donc les peuples de la zone franc devraient pouvoir départager les défenseurs et les pourfendeurs du F CFA. Car il faut éviter que ce débat divise davantage les fils et filles de l’Afrique.

Théophile MONE

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