Accueil » Edito » Déclaration de la Coalition des cadres et forces vives du Poni sur l’arrestation manu-militari de Nathalie Somé: inappropriée et dangereuse

Déclaration de la Coalition des cadres et forces vives du Poni sur l’arrestation manu-militari de Nathalie Somé: inappropriée et dangereuse

Il est naturel que des membres d’une ethnie donnée, d’une nationalité déterminée ou d’une région militent activement pour l’épanouissement de leur ethnie ou pour le développement économique de leur région. Il peut même arriver que pour une cause juste les fils et filles d’une même région se défendent et se protègent. Un tel phénomène ne peut être condamné, au contraire. Il n’y a là rien de reprochable tant que ce désir de développement, de regroupement, de soutien et d’épanouissement ne porte pas atteinte aux autres et n’exacerbe pas des émotions et des réflexions ethno-régionalistes.

Pourtant, c’est ce que vient de faire la Coalition des cadres et forces vives du Poni, en voulant défendre et sauver «leur sœur, leur épouse, leur mère, leur tante», des griffes de quelques assoiffés du pouvoir. Leur menace voilée (si tant est que cet écrit vient réellement d’une Coalition des cadres et forces vives du Poni), adressée au président du Faso, nous oblige à aborder le sujet sensible du régionalisme – préjudiciable à l’unité nationale -, un phénomène qui menace de défaire la démocratie naissante en Afrique et partant au Burkina.

La Coalition des cadres et forces vives du Poni doit se convaincre que personne n’en veut à Nathalie Somé du fait de son appartenance ethnique ou régionale

Ligués contre ce qu’ils qualifient de «la méchanceté absurde contre Mme Somé, aux seules fins de l’affaiblir, la déstabiliser physiquement, mentalement, moralement et en dernier ressort, briser sa carrière jusque-là irréprochable», les membres de la Coalition des cadres et forces vives du Poni ont été emmenés à faire une déclaration sur l’arrestation manu-militari de Nathalie Edwige Somé. Dans leur écrit, ils évoquent une lettre adressée au président du Faso – restée sans réponse – et dans laquelle ils dénoncent la conspiration et l’agissement de six conseillers assermentés du CSC, soutenus par un haut placé à Kosyam, contre leur sœur Nathalie Somé. Mécontents donc et frustrés qu’une des leurs ait été arrêtée et humiliée à dessein, ils s’en prennent à l’ASCE- LC, à la justice, aux médias et à des personnes bien nommées.

Ils avouent ne pas comprendre le fait que «l’audit annoncé de la Transition, se résume à cette dénonciation braquée sur le CSC seul, alors que l’ASCE-LC et bien d’autres, à cette même période, ne sont pas exempts de tout soupçon». Pour eux, il s’agit d’une attaque sinon d’une manigance contre le maillon faible, la proie facile de la Transition, le CSC.

En même temps qu’ils reconnaissent que leur sœur, leur épouse, leur mère, leur tante… n’est pas blanche comme la neige, ils refusent qu’elle soit le mouton du sacrifice. «Qu’on se comprenne bien, [disent-ils] Madame Somé, notre sœur… n’est pas au-dessus de toute critique, tout soupçon, toute procédure judiciaire [sic]; elle a ses forces et ses faiblesses; mais elle est loin d’être ce mouton du sacrifice…».

Mais là où tout a basculé, c’est là où, s’adressant au président du Faso, ils ont évoqué les sources des crises identitaires: «Excellence, Monsieur le Président du Faso, vous le savez mieux que quiconque: les graves crises identitaires et d’appartenance à une même nation, sont nées à partir de ces genres d’excès de zèle, du deux poids deux mesures, dire le je m’enfoutisme, où chaque partie se considère abusée ou victime d’une grossière machination et conspiration».

Ils insinuent là qu’il y a injustice et manque d’impartialité dans le traitement du dossier de Nathalie Somé. Ils font croire qu’elle est traitée en fonction de son appartenance régionale sinon ethnique.

Non seulement le ton est osé, mais l’insistance sur l’acharnement dont ferait l’objet Nathalie Somé de la part de la justice et de l’ASCE-LC est inquiétante. Libres à aux de prendre des avocats et d’apporter la preuve de l’innocence de Mme Somé. Mais il est dangereux de jeter le discrédit sur nos institutions et d’alimenter les émotions ethnicistes ou régionalistes. Faut-il rappeler que nul n’est au-dessus de la loi et qu’il faut laisser la justice faire son travail? De plus, celui ou ceux qui ont des preuves sur l’implication de certains citoyens burkinabè dans des crimes économiques, quel que soit leur rang social ou politique, devraient les transmettre à la justice. C’est ce qui est recommandé dans un Etat de droit plutôt que d’avancer des allégations sur des personnes qui seraient intouchables du fait de leur position politique ou régionale. L’argument de la fibre régionaliste est un aveu de faiblesse.

Imaginons un temps soit peu que les parents de Blaise Compaoré, de Luc Adolph Tiao, de Gilbert Diendéré ou de Djibrill Bassolé entretiennent eux aussi ce sentiment protectionniste et régionaliste! Le Burkina serait ingouvernable!

Certes, l’on peut comprendre une certaine frustration sinon la colère des Lobi face à la manière dont l’une des leurs, présidente d’institution, a été mise aux arrêts. Mais ce n’est point par des écrits incendiaires et ridicules qu’elle sera libérée. Au contraire, les auteurs de la déclaration stigmatisent leur région et font douter de leur bonne foi. En principe, le CSC devrait les interpeller sur le contenu tendancieux de leur pronunciamiento. En réalité, ils ne rendre pas un bon service à leur parente. Leur écrit est une solidarité aveugle et grégaire. Il est inapproprié, maladroit et indécent.

Comme disent les Latins, duralex, sed lex: la loi est dure, mais c’est la loi. Ainsi Nathalie Some n’est pas au-dessus des lois du Burkina. Le mandat de dépôt dont elle fait l’objet ne la condamne pas de facto. Mais laisse planer sur elle et ses proches collaborateurs, de lourds soupçons de malversations financières. Alors, qu’elle prépare soigneusement sa défense et prouve son innocence. Car même les règlements de compte se démontrent et se démontent par des arguments et des preuves tangibles!

Pour l’instant, soyons convaincus, jusqu’à preuve du contraire, que personne n’en veut à Nathalie Somé du fait de son appartenance ethnique ou régionale. Il lui est reproché une gestion douteuse de fortes sommes d’argent. Il faut simplement exiger à la justice que ses droits soient préservés. Un rôle dévolu à son conseil. Mais pas aux népotistes mal inspirés.

La déclaration de la Coalition des cadres et forces vives du Poni est en définitive un sérieux amalgame entre le respect des droits d’un citoyen burkinabè face à la justice et le sentiment d’appartenance d’un groupe d’individus à une même région et partageant la même langue.

Le Faso que vous voulez «toujours en paix, dans la fraternité, l’unité nationale et le progrès continue», ne pourra jamais réaliser ce rêve si vous continuez, monsieur François Pooda, porte-parole de la Coalisation, à fabriquer des liens de sang là où il n’y a que des liens d’intérêts passagers. Votre déclaration est dangereuse parce que le fait de l’avoir pensée et dite peut éveiller de fausses consciences endormies. Elle est une bombe à retardement dont le Burkina n’en veut pas. Plus jamais ça!

Les Echos du Faso

2 commentaires

  1. Les organes de presse qui se sont fait le porte voix de cette coalition de fameux cadres et forces vives du Poni sont pires. Franchement il faut rechercher les auteurs de cette déclaration et leur appliquer la rigueur des lois républicaines.

    • Il faut éviter de publier certains articles même si il y a la liberté d’opinion.
      il faut chercher à comprendre les vraies raisons de l’arrestation de Mme SOME au lieu de développer une réflexion qui tend au régionalisme.
      Je suis aussi du Sud Ouest mais je ne partage pas l’écrit. nos écrits, nos gestes doivent promouvoir l’unité nationale. Merci

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *