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Décoration à titre posthume: faut-il s’en offusquer?

Depuis janvier 2016, le Burkina Faso est confronté à diverses actions terroristes qui endeuillent des familles dont celles des personnels des Forces de défense et de sécurité.

Ainsi, l’on assiste régulièrement au cimetière municipal de Gounghin à l’inhumation de soldats tombés, arme à la main. Ceux-ci reçoivent également presque toutes les fois des décorations à titre posthume: l’Ordre de mérite burkinabè, la Médaille d’honneur militaire, etc.

Compte tenu de la régularité de ces actes posés par l’autorité, certains Burkinabè se sentent agacés par les décorations à titre posthume et réclament plus de discrétion pour ne pas donner des motifs de satisfaction à l’ennemi et pour éviter de décourager les autres soldats burkinabè au front. Faut-il répondre favorablement à leur requête? Qu’en penser?

La bravoure de nos soldats ne doit pas passer inaperçue…

L’hymne aux morts est, sans aucun doute, un symbole de l’affliction de la Nation. Le faire retentir fréquemment au cimetière municipal de Gounghin, crée humainement une forte émotion et de la peine aux parents, proches, amis et collègues des victimes. De la sorte, l’ennemi pourrait gagner quelque chose en créant la psychose au sein des populations tout en décourageant les soldats.

Inutile de rappeler que quels que soient les honneurs accordés à nos militaires morts au champ d’honneur, ils sont peu de choses, comparés à la perte cruelle ressentie après le décès d’un frère, d’un père ou d’un ami. Les honneurs et les discours donc ne suffisent pas. Derrière les agacements et fulminations se cachent un appel à l’Etat: plus de moyens matériels pour combattre ceux qui veulent déstabiliser notre pays.

… mais les hommages funéraires et décorations sont peu de choses, comparés à la perte cruelle ressentie après le décès d’un frère, père ou ami

Sinon, «morts pour la Patrie», il n’y a rien d’illégal et d’anormal à décorer nos soldats à titre posthume. Cette distinction est une reconnaissance et une gratitude de la Nation à leur endroit. Pour ce faire, elle peut galvaniser les militaires qui sont sur les terrains des opérations parce qu’elle leur rappelle que les efforts consentis pour défendre la patrie ne passent pas inaperçus aux yeux des gouvernants.

A titre d’exemple, la Médaille militaire est destinée à récompenser les militaires non officiers des Armées de terre, de l’Air et de la Gendarmerie nationale, qui se seront distingués par leur dévouement à la nation, leur valeur professionnelle, la durée et la qualité de leurs services. Elle peut être décernée à titre normal, exceptionnel ou posthume. C’est dire que les décorations se méritent.

Dans le contexte sécuritaire difficile que le Burkina vit, il est nécessaire pour le gouvernement de pouvoir accorder des décorations à des militaires morts au champ d’honneur et dont le courage et les actions glorieuses sont reconnus. Leur bravoure ne doit pas passée imperceptible.

Seulement,  au-delà des décorations, la nécessité d’une prise en charge adéquate des ayants-droit s’impose. Fort heureusement, le Conseil des ministres a pris récemment un décret allant dans ce sens. Vivement donc qu’il soit appliqué et que personne ne s’offusque encore d’une décoration à titre posthume de nos vaillants soldats tombés au front. Engageons-nous plutôt à collaborer plus étroitement avec les FDS dans la lutte contre le terrorisme afin de sauver des vies.

Théophile MONE

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