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Au-delà des diplômes, la compétence

Après huit mois d’études scolaires dans les différents établissements d’enseignement, les candidats au BEPC, BEP et CAP (315.235 candidats cette année) sont soumis ce lundi 18 juin 2018 à la composition de leur examen de fin de cycle. C’est l’heure de vérité pour tous les élèves en lice. Mais au moment où les enfants se battent pour obtenir leur diplôme, il n’est pas inopportun de rappeler la nécessité d’adapter les diplômes aux exigences de l’emploi. Encore faut-il avoir le courage des réformes.

Des candidats au BEPC 2018 (photo Burkina 24)

Historiquement, les examens ont toujours accompagné les processus de formation, jouant également le rôle d’entrée initiatique dans la société du savoir, apanage des adultes, des anciens. Par la finalité qu’ils donnent à l’enseignement, par les limites qu’ils fixent pour la formation, par la reconnaissance sociale qu’ils apportent à l’action éducative et à ceux qui en bénéficient, leur place dans les systèmes éducatifs est essentielle.

Les examens du secondaire et leurs diplômes contribuent d’une part à légitimer la fonction éducative, d’autre part à assurer l’interface entre la sphère scolaire, et, parfois, la sphère du monde du travail.

Pour le jeune burkinabè, les examens du Brevet d’études du premier cycle (BEPC) et du baccalauréat représentent parfois un véritable passage vers plus d’autonomie. En effet, beaucoup de ceux qui obtiennent le BEPC se lancent dans les concours afin d’accéder au plus tôt au monde de l’emploi. Le certificat d’études primaires (CEP), dont les épreuves débutent demain 19 juin, périclitant lentement mais sûrement, du fait du manque de considération sociale, c’est le BEPC qui permet désormais de légitimer la scolarisation et de garantir en partie le marché du travail. Le bac, lui, permet, en principe, de sortir du cocon familial vers un monde d’incertitude et de compétition. Inutile de rappeler que dans notre société, terminer une bonne formation secondaire est devenue la condition pour aborder un marché de l’emploi exigeant en qualification.

Exemplaire d’un échantillon du diplôme du bac

Pour les enseignants, la période des examens est l’un des rares moments de reconnaissance sociale de leur fonction. Pour eux, le franchissement consiste à transformer le capital scolaire qu’ils ont contribué à constituer en un capital symbolique qui sera reconnu hors de la sphère scolaire.

Le prestige qui accompagne un examen est renforcé par l’attention que l’appareil d’État lui prête, au crédit qu’il lui accorde, aux moyens qu’il met en œuvre pour l’assurer.

Le politique s’est toujours montré très attentif au devenir des examens, surtout le bac; parce que l’on sait quel passeport il représente pour l’emploi, parce que les résultats sont un bon révélateur du fonctionnement de l’institution scolaire, parce qu’enfin le corps social attend de son école une pérennité et une sauvegarde de l’action éducative…

Ainsi, toute décision politique concernant les examens implique souvent un engagement à long terme: la gestion des flux qu’elle fait naître vers les études plus longues et l’emploi. C’est dire que toute légèreté ou démagogie en ce domaine ont rapidement des conséquences néfastes.

Mais en fait, la difficulté réside dans les nouveaux enjeux professionnels en rapport avec la finalité des examens. En effet, les objectifs de l’examen, les intentions des examinateurs, oscillent souvent entre la certification des compétences et des acquis scolaires présents et les aptitudes futures.

Pour ce faire, tôt ou tard, il faudrait un courage politique certain pour apporter quelques retouches et oser un réel bouleversement salutaire. Oui, beaucoup de jeunes obtiennent leur brevet ou réussissent au bac. Mais ils sont incapables de s’adapter aux exigences de l’emploi: leur niveau réel ne reflète pas toujours le diplôme en poche et bien de diplômés n’arrivent pas à répondre aux attentes des entreprises. Les voies professionnelles du secondaire et les certifications auxquelles elles aboutissent constituent donc une préoccupation croissante dans notre pays.

En définitive, quel bac ou quel BEPC faut-il pour être en adéquation avec les réalités de l’emploi? Pour répondre à cette question essentielle, il faut d’abord oser sortir du conservatisme ambiant et s’interroger ensuite sur le crédit et la valeur des diplômes aujourd’hui. Ce qui est certain, c’est que l’on constate que de nouvelles catégories des classes moyennes se détournent de plus en plus de la voie universitaire et s’orientent plus volontiers vers les filières professionnelles et technologiques du supérieur, mieux adaptées à affronter les réalités de l’emploi.

Les Echos du Faso

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